Accros aux jeux vidéo : il existe des solutions...

Depuis un certain temps, vous avez remarqué que votre enfant s'est isolé. Il passe son temps à jouer aux jeux vidéo et vous ne savez plus quoi faire. Voici comment agir devant cette situation délicate.
Depuis plus de 15 ans, le business des jeux vidéo ne cesse de prendre de l'ampleur. En France, un habitant sur cinq joue à un jeu sur console ou sur ordinateur au moins une fois par mois. Consommée avec modération, cette pratique est une vraie source de plaisir et de divertissement. Pourtant, certains jeunes adolescents tombent dans l'excès et deviennent accros à tel point qu'ils se coupent de la réalité. Face à cette situation, les parents manquent souvent de solutions.
En remarquant que les problèmes liés aux jeux vidéo se multipliaient, le Docteur Olivier Phan, pédopsychiatre à l'Institut Mutualiste Montsouris, a décidé de d’y intéresser de plus près. Il a ainsi ouvert une cellule "ados et conduites addictives." En compagnie de Nathalie Bastard, il a sorti un guide, "Jeux vidéo et Ados", qui aide les parents à trouver les clés du problèmes. Son leitmotiv : ne pas diaboliser cette pratique pour mieux accompagner ses enfants.

- Certains parents se sentent impuissants face à la dépendance de leur enfant aux jeux vidéo ? Quels conseils leur donnez-vous ?
Le conseil, c’est de dire que, généralement, la ou les mesures que prennent les parents sont bonnes. Le problème est de bien les appliquer. La question est : comment je crée avec mon adolescent une relation de qualité, de sorte que le courant puisse passer ? C’est vrai que chez l’adolescent, on va arriver à une explosion émotionnelle. La maturation intellectuelle arrive après. Ce qui fait que l’adolescent réagit émotionnellement, pas intellectuellement. Vous avez beau expliquer par A plus B que le jeu est nocif. Si, émotionnellement, il est fermé, vous pouvez lui expliquer tout ce que vous voulez, cela ne passe pas.
- Est-ce que les parents qui s’investissent avec leur enfant dans le jeu représente une bonne technique pour reprendre le contact ?
Tout à fait. Cela veut dire qu'on ne considère pas le jeu comme étant le diable. Cela peut être très intéressant même si le problème réside dans l’excès de jeu. Il faut jouer avec la personnalité de l’adolescent et c’est un peu plus compliqué. Les cas qu’on a ont tous 14-15 ans et leurs parents, même s’ils essaient d’imprimer une pratique, se font envoyer aux plates par leur ado.
Je vais vous révéler une anecdote par rapport à ça. J’avais des parents dont l'enfant jouait 10 heures par jour et ils étaient dans la notion d’interdiction. Le problème, c’est que, pour l’adolescent, c’était devenu une passion. L’enfant disait : "allez vous faire voir ; le jeu, c’est ma passion." Toute la technique de l’entretien a été de dire : est-ce qu’il n’y aurait pas, d’un côté, l’œnologue du jeu vidéo et de l’autre, l’alcoolique du jeu vidéo ? Et on a commencé à définir ce que pouvait être l’œnologue du jeu, et un alcoolique. Mais au fond, si l’ado devient un passionné du jeu qui se décale de l’écran, qui analyse le jeu, qui porte un regard critique tout en lisant des journaux, pourquoi on ne pourrait pas voir cela comme une passion ? L’alcoolique, lui, aime le goût du vin, s’abrutit comme un adolescent devant son jeu. A ce moment-là, l’adolescent n’a plus de décalage avec le jeu. Donc, on s’est dit que s’il souhaitait être programmateur de jeu, il fallait qu’il fasse des études car être testeur de jeu n’est pas vraiment un métier en France.
- Comment les parents doivent s'y prendre pour convaincre leur enfant d'aller voir un spécialiste ?
Lorsqu'on s’aperçoit que le jeu a des conséquences sur son quotidien, on dialogue et on essaie de faire quelque chose. Mais, si ça coince, il faut alors faire intervenir un tiers en disant à l’adolescent : "bon, ok, j’ai vu que tu jouais, ça t’intéresse mais moi, je m’inquiète pour ton avenir car il y a un instinct de survie que je ne repère pas. Je ne vois pas comment tu vas faire pour t’en sortir. Et cela m’inquiète. La passion, c’est la vie privée ; l’instinct de survie, c’est la vie familiale. Alors, comme tu es en train de bousiller ta vie, 1) je suis obligé d’intervenir et 2) si t’es malheureux, je serai malheureux."
- Et ensuite, comment vous faites ? Vous prenez les parents d’un côté et les enfants de l’autre ?
Lors de la première consultation, je les vois ensemble pour fixer le problème. Les parents m’expliquent les causes et les conséquences et me disent : "cela ne peut plus durer." Après, je vois l’adolescent seul et je lui demande qu’est ce qu’il pense des inquiétudes de ses parents. On trouve un point commun en disant : "moi, je ne peux pas vous laisser comme ça car vos parents ne veulent pas non plus. Qu’est ce qu’on fait ? Eux n’y arrivent pas. Moi, je peux vous proposer une aide, apprendre à contrôler le jeu et de faire en sorte que la communication soit restauré pour qu’il y ait une transmission des règles et ainsi pouvoir avancer."
Après, je vois les parents seuls après pour vérifier leurs dires, et éventuellement pour qu’ils m’en disent plus. Et ensuite, je réunis tout le monde pour définir le contrat de soin. Le but est d'essayer de trouver la meilleure pratique parentale possible compte tenu du contexte, de l’adolescent, de ce que les parents sont ou ont été, l’histoire…
- Au final, combien de temps prend ce processus ?
En général, les thérapies sont sur six mois. Cela dépend des situations. Il y a des choses qui se règlent en quelques séances, et puis des choses qui se règlent plus longuement. Au-delà de six mois, voire un an, c’est qu’il y une pathologie psy. C’est qu’il y a quelque chose d’autre. Nous, on est centrés sur la conduite, le jeu, on voit ce que l’on peut faire mais, s’il y a quelque chose de trop lourd derrière, on va passer la main.
- Avez-vous eu des parents qui ont eu des problèmes avec un enfant majeur ? Cela se passe aussi bien ? Comment on fait pour réunir tout le monde dans ces cas-là ?
Oui, on en a eu. Pour les réunir, c’est plus difficile. Je me rappelle d’une situation où un adolescent n’allait pas très bien ; il loupait ses études et, comme beaucoup d’adolescents ou de jeunes adultes que j’ai vu sur Paris, il se rendait compte qu’avec son niveau d’études, il n’allait pas atteindre le niveau social des parents. Alors, l’ado ne sortait plus de chez lui car il se sentait protégé et le jeu lui servait à fuir la réalité. Il n’avait pas eu son bac, était serveur chez McDo et vivait dans un 100 m2 dans le 6e. Du coup, les parents sont coincés car ils ont un grand gaillard à la maison de 20 ans qui ne fout plus rien. En même temps, ce n’est plus possible pour eux. L’ordinateur l’empêchait de se rendre compte de sa propre situation. Donc, là, il a fallu faire toute une accroche et créer une confiance pour dire : "même si tu es serveur chez McDo, ce n’est pas grave" Il faut la confiance des parents pour dire : "nous, on te soutient, tu peux très bien vivre dans un petit appartement de banlieue, mais au moins, tu est indépendant". En travaillant la peur de l’extérieur avec les parents, cela a fonctionné. J’ai vu, pendant quatre mois, les parents toutes les semaines avant que le gaillard de 20 ans ne daigne venir. Il y avait un long travail à effectuer avec les parents avant que le jeune n’accepte de venir.
- Quelles sont les chances de guérison et les facteurs de récidives ?
Les grands facteurs de récidives, c’est soit des problématiques familiales anciennes, lourdes (la maltraitance par exemple), soit des facteurs personnels de l’adolescent, d'ordre psychologique. Sinon, les chances de guérison sont aussi très grandes. Le problème de l’addiction au jeu est récent mais il y a beaucoup d’espoirs...
Dorothy Glaiman
















