Pourquoi mon ado me rejette-t-il ?
Question d’équilibre et de narcissisme parental, on rêve nos enfants autonomes, sûrs d’eux et prêts à conquérir le monde. Pourtant, lorsque le passage fatidique à l’adolescence arrive, beaucoup de parents troqueraient volontiers le besoin de liberté de leurs jeunes et le chaos conflictuel qu’il engendre, contre la relation fusionnelle d’antan.
Les enfants grandissent et veulent plus de liberté, les parents quant à eux s’inquiètent et se sentent rejetés. Ariane Morris, écrivain et spécialiste de la famille tente d'expliquer aux parents ce phénomène de rejet.
- Pourquoi l’enfant prend-il des distances et rejette ses parents à l’adolescence ?
L'adolescence est la période de la vie qui se caractérise par l'évolution de la personnalité enfantine vers la personnalité adulte. Elle débute avec la maturité sexuelle, ou puberté, et prend fin avec la maturité sociale. Dans ce cheminement vers l'âge adulte, la prise de distance avec les parents est une étape nécessaire pour la construction de l'enfant. Beaucoup de psys affirment qu'il s'agit d'une répétition de la période du non, qui intervient entre 2 et 4 ans. Cette phase de rejet, permet à l’enfant d'acquérir une autonomie de pensé et d'action en évoluant en dehors de la structure familiale. Le rejet des parents est inévitable. Il est donc préférable que cela survienne à 14 16 ans plutôt qu'à 30 ans. L’adulte qui n’a pas "coupé le cordon ombilicale" avec ses parents et qui n’est pas passé par cette phase, risque d’avoir des réactions vives et d’être incapable de faire des compromis.
- Quand et comment se manifestent les premiers signes de rejet ?
Il est difficile de donner un âge exact. Aujourd'hui les enfants sont de plus en plus précoces. Alors que l’adolescence débute vers 11 ans, il arrive que la phase de rejet se déclare plus tôt. Il est impossible d'expliquer cette précocité. La relation parent/enfant varie en fonction des individus, du vécu, de l’éducation, de la personnalité... il faut savoir que certaines étapes sont toutefois décisives. Le changement d’environnement, le divorce, un décès… ou simplement le passage de l’école primaire au secondaire. En entrant au collège, l’enfant élargi son réseau social et découvre les possibilités d’épanouissements qui s’offrent à lui en dehors du foyer d’où le rejet.
- Existe-t-il plusieurs formes de rejet ?
Aucune histoire familiale n’est semblable, chaque adolescent agit différemment avec ses parents. Cependant, les formes basiques de rejet sont le mutisme, le refus d'obéir, les transgressions, la recherche constante du conflit ou encore la tentative d’évoluer de façon marginale (via des mouvements gothiques ou émo… par exemple). Le jeune est alors dans la phase où il considère ses parents comme des interlocuteurs inintéressants. Nul besoin de s’affoler pour autant, car dans les cas classiques, ce mutisme ne dure pas très longtemps. On assiste plutôt à une alternance avec des périodes pendant lesquelles le jeune déverse un flot de parole quasi interrompu et va jusqu'à demander des conseils auprès des adultes. Dans d’autres cas enfin, le rejet peut se manifester par une violence de l’adolescent, ce qui est plus inquiétant et nécessite une prise en charge plus sérieuse, notamment par un professionnel.
- Est-ce que le rejet intervient plus dans les familles monoparentales ou s’agit-il d’une étape inévitable pour tous ?
Prendre de la distance avec ses parents est inévitable, inutile donc de chercher désespérément des astuces pour éviter cette évolution. Mais il est vrai que l’on trouve plus de cas de grosses crises de rejet dans les familles monoparentales. Ceci s’explique très simplement : prenez l’exemple d’une femme, active, séparée, qui a la garde de son adolescent. Etre seule et mener de front vie de professionnelle et familiale implique certains sacrifices. Si cette femme a un emploi prenant, tôt ou tard son adolescent se sentira livré à lui-même. Ce sentiment d’abandon qu’il soit justifié ou non, crée de nombreuses tensions dans le couple parent/enfant.
Sorti du besoin d’autonomie, les enfants rejettent souvent leurs parents de peur ou parce qu’ils pensent l’être. Un adolescent, même lorsqu’il est en colère, a surtout besoin d’être aimé et encadré, c’est une question d’équilibre.
- Le rejet exprime t-il un mal être qui nécessite de consulter ?
L'adolescence rime souvent avec crise, mal-être, évolution et affirmation de la personnalité etc. Il n’est donc pas rare que le jeune s’oppose à ses parents, qu’il ne soit jamais d’accord avec les adultes, qu’il refuse d’obéir, qu’il essaye de grignoter du temps sur son couvre feu, qu’il se révolte à la moindre contrariété, qu’il soit irritable, qu’il soit à fleur de peau, et ressente toute interdiction comme une véritable atteinte à sa liberté... Il n y a rien de pathologique dans cela. Le mal-être lié à l’adolescence n’implique pas de consultation lorsqu’il n’y a pas de comportements dangereux ou incontrôlables. Etre en colère et attaqué le cadre qu'on lui impose est une des principales caractéristiques de l’adolescent. Cela n’est pas directement causé par un mal-être ni par une volonté de provoquer les parents. Reste à ces derniers la lourde tâche de trouver les mots et les bonnes attitudes, pour rassurer sans trop couver car l’absence de cadre et donc d’équilibre engendre les pires crises de rejet.
Faustine Aziavi


















