Apprendre et comprendre l'homosexualité de son enfant
Malgré l'évolution des mœurs et des mentalités, apprendre l’homosexualité de son enfant est toujours une petite révolution pour des parents... Beaucoup de parents traversent des sentiments divers qui vont du doute et de la culpabilité à la honte, la colère, voire même au rejet de leur enfant.
Comment évoquer en famille cette délicate question de l’identité et de l’orientation sexuelle de nos ados ou jeunes adultes ?
quel est le degré d'importance à venir en aide aux jeunes homosexuels souvent en rupture de ban familial ?
C’est une véritable urgence ! Il y a un vrai travail à faire sur les problèmes liés à l’homophobie dans l’éducation nationale etc.
Eric Verdier, psychologue et psychothérapeute, chargé de mission à la Ligue française pour la santé mentale, nous éclaire sur ce sujet.
Le regard de la société sur l’homosexualité a-t-il vraiment évolué depuis 1968 ?
Oui et non, ce qui est une source de désarroi pour beaucoup de jeunes. Depuis 68, c’est évident, il y a eu de grandes avancées, surtout depuis quelques années. Il y a 5-6 ans, on ne relevait pas spécialement le fait de tenir des propos homophobes publiquement, aujourd’hui, ce n’est plus admis.
Mais c’est une avancée en surface, parce qu’on ne change pas les mentalités, les réflexes et vécus, en quelques années. S’il y a de vraies avancées, c’est triste à dire, mais c’est lié à la communication autour du sida. Aussi, la mise en place du PACS, parce que ce n’était plus tolérable de laisser des gens mourir dans des conditions terribles sans avoir un droit à vivre librement avec leur conjoint.
Est-ce qu’aujourd’hui en France, l’homosexualité aujourd’hui peut-être vécu librement sans tabous, partout et pour tous ?
Dans les milieux plutôt favorisés culturellement et socialement, on le vit plus librement aujourd’hui. Mais on oublie souvent,que pour la grande majorité des français, ce n’est pas le cas. Un gamin de banlieue sait bien que déclarer son homosexualité dans son entourage sera très mal perçu, qu’il pourrait être rejeté.
Globalement, les femmes en comparaison aux hommes ont évolué beaucoup plus rapidement. On retrouve plus de femmes que d’hommes militant au sein de l’association Contact par exemple (NDLR : sujet du reportage).
Les apparences et les discours de tolérance en société sont très superficiels finalement. Dés qu’on commence à parler d’enfants, d’adoption etc… le sujet est beaucoup plus délicat. La tolérance c’est "On est ok pour que vous soyez différents, mais restez-le."
Globalement, les femmes en comparaison aux hommes ont évolué beaucoup plus rapidement. On retrouve plus de femmes que d’hommes militant au sein de l’association Contact par exemple (NDLR : sujet du reportage).
Les apparences et les discours de tolérance en société sont très superficiels finalement. Dés qu’on commence à parler d’enfants, d’adoption etc… le sujet est beaucoup plus délicat. La tolérance c’est "On est ok pour que vous soyez différents, mais restez-le."
A l’adolescence, comment vit-on sa « préférence » homosexuelle ?
L’environnement social joue un rôle très important dans la manière dont seront vécues les préférences sexuelles d’un jeune. Je préfère dire préférence affective et sexuelle et non "orientation" sexuelle. C’est un jeune d’ailleurs qui m’en faisait la remarque "je ne suis pas une girouette" et l’homosexualité est souvent trop pensée sur le plan de la sexualité.
C’est d’abord dans les termes et vocabulaires employés que l’on retrouve beaucoup de violence et de discrimination à l’égard des homosexuels. On ne trouve pas un collège / lycée où l’insulte "Pédé", "Enculé" ne circule pas.
Les deux environnements principaux pour un jeune ado, c’est les copains et la famille. La famille est à mettre en n°1. Il est essentiel que les parents mesurent l’importance de leur propos.
Le problème ce n’est pas tant d’accepter son homosexualité, c’est la discrimination, qui fait souffrir. Le taux de suicide chez les jeunes homosexuels est très élevé.
C’est d’abord dans les termes et vocabulaires employés que l’on retrouve beaucoup de violence et de discrimination à l’égard des homosexuels. On ne trouve pas un collège / lycée où l’insulte "Pédé", "Enculé" ne circule pas.
Les deux environnements principaux pour un jeune ado, c’est les copains et la famille. La famille est à mettre en n°1. Il est essentiel que les parents mesurent l’importance de leur propos.
Le problème ce n’est pas tant d’accepter son homosexualité, c’est la discrimination, qui fait souffrir. Le taux de suicide chez les jeunes homosexuels est très élevé.
Annoncer son homosexualité à sa famille, c’est une étape indispensable ?
Oui, c’est évident. Ce qui a évolué, c’est surtout l’âge auquel on l’annonce à ses parents. En 68, le tabou était extrêmement fort, les homosexuels de cette génération l’ont annoncé plutôt vers 40 ans…
De plus en plus de jeunes, l’annonce à leur parent pendant leur adolescence aujourd’hui. Le dire et la manière est une étape très importante. Il y a un avant et un après. Parce que ce qui est insupportable, c’est de vivre avec le faux soi.
Bien que l’on admette l’homosexualité chez les uns et les autres, qu’en est-il lorsqu’il s’agit de ses propres enfants ? Par quels sentiments passe-t-on généralement ?
Les parents réagissent d’abord par rapport à eux, leur vécu et expériences. Le modèle de proximité fonctionne pour tout le monde. L’idée du regard des autres est souvent un poids, ce qui est crétin finalement, on devrait plutôt en être fier.
Pour ceux pour qui cela se passe mal… Il y a toujours un 1er choc, la peur du jugement des autres. En général, les mères culpabilisent, les pères sont dans le rejet, si on est basic. Mais tout dépend du rôle de chacun dans le couple (autorité, etc…). Il y a également la notion d’écho personnel, lorsqu’on fait le lien de sa propre histoire avec celle de son enfant. Le parent réalise que son enfant ne lui est pas si étranger…
Le comble, c’est des parents homosexuels qui ont une réaction négative lors de l’annonce de l’homosexualité de leur enfant ! C’est leur propre échec qui fait écho, le challenge qu’ils s’étaient lancés face à la société qui est remis en cause. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’homosexualité d’un enfant n’a rien à voir avec l’éducation des parents.
Pour ceux pour qui cela se passe mal… Il y a toujours un 1er choc, la peur du jugement des autres. En général, les mères culpabilisent, les pères sont dans le rejet, si on est basic. Mais tout dépend du rôle de chacun dans le couple (autorité, etc…). Il y a également la notion d’écho personnel, lorsqu’on fait le lien de sa propre histoire avec celle de son enfant. Le parent réalise que son enfant ne lui est pas si étranger…
Le comble, c’est des parents homosexuels qui ont une réaction négative lors de l’annonce de l’homosexualité de leur enfant ! C’est leur propre échec qui fait écho, le challenge qu’ils s’étaient lancés face à la société qui est remis en cause. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’homosexualité d’un enfant n’a rien à voir avec l’éducation des parents.
Les parents évoquent souvent leur grande déception : ne pas avoir de petits enfants… les perspectives offertes par l’homoparentalité ne sont-elles pas en train de changer la donne ?
Je tiens à vous préciser que pour moi, le terme d’"homoparentalité" est un terme homophobe. Je préfère parler de parents homosexuels. Parler d’homoparentalité, c’est en faire une catégorie à part. Alors que l’homoparentalité, ce peut-être lié à une adoption, une séparation, toutes sortes de compositions familiales etc…, lorsqu’au moins un des parents est homosexuel.
Pour en revenir à la question des petits enfants, c’est absolument faux. Les statistiques montrent que la majorité des homosexuels, spécialement les lesbiennes, désirent des enfants. Pour l’adoption néanmoins, c’est plus compliqué pour un homme…mais là on parle d’un clivage entre les sexes. Ce qui est sûr, c’est que c’est plus équilibrant pour un enfant d’être élevé par un couple que par un parent seul.
Pour en revenir à la question des petits enfants, c’est absolument faux. Les statistiques montrent que la majorité des homosexuels, spécialement les lesbiennes, désirent des enfants. Pour l’adoption néanmoins, c’est plus compliqué pour un homme…mais là on parle d’un clivage entre les sexes. Ce qui est sûr, c’est que c’est plus équilibrant pour un enfant d’être élevé par un couple que par un parent seul.
Des conseils à donner aux parents désorientés ?
La première chose, c’est d’éviter les paroles définitives. Les parents sont des êtres humains, mais les premières réactions sont parfois violentes. Au contraire, parfois les enfants sont surpris de la réaction très positive, voire neutre de leurs parents.
Pour certains, c’est plus compliqué. Dans ce cas, le psychologue n’est pas le bon interlocuteur, ou ce n’est pas l’essentiel de la démarche vers l’acceptation. Ce qui est très important c’est de rencontrer des personnes qui vivent la même chose. C’est le travail de l’association Contact et de beaucoup d’associations homosexuelles.
Comment la relation peut-elle évoluer positivement au sein de la famille ? (aimer son enfant pour ce qu’il est…)
Une situation qui n’évolue pas, c’est souvent parce qu’il s’agit d’un règlement de compte d’une autre nature. Et quand on a tendance à cristalliser le conflit sur l’homosexualité de l’enfant, c'est que le problème est ailleurs.
Pour certains, c’est plus compliqué. Dans ce cas, le psychologue n’est pas le bon interlocuteur, ou ce n’est pas l’essentiel de la démarche vers l’acceptation. Ce qui est très important c’est de rencontrer des personnes qui vivent la même chose. C’est le travail de l’association Contact et de beaucoup d’associations homosexuelles.
Comment la relation peut-elle évoluer positivement au sein de la famille ? (aimer son enfant pour ce qu’il est…)
Une situation qui n’évolue pas, c’est souvent parce qu’il s’agit d’un règlement de compte d’une autre nature. Et quand on a tendance à cristalliser le conflit sur l’homosexualité de l’enfant, c'est que le problème est ailleurs.
quel est le degré d'importance à venir en aide aux jeunes homosexuels souvent en rupture de ban familial ?
C’est une véritable urgence ! Il y a un vrai travail à faire sur les problèmes liés à l’homophobie dans l’éducation nationale etc.
Le taux de suicide chez les garçons (ados – de 25 ans), qui serait lié à l’homosexualité, est au minimum de 25%. Soit ¼, ou proche de la moitié des jeunes qui se suicident. C’est un véritable fléau. Chez les filles, c’est un peu moins, parce que la société juge moins durement leur homosexualité, même si dans la durée, elles peuvent également en souffrir.


