Maigre à tout prix : qui sont ces ados anorexiques ?

Dans une société où l'idéal féminin fait rarement plus de 55 kilos, nos ados rêvent de corps longilignes, minces et musclés dérivant parfois vers le squelettique... Véronique Keatley psychologue et présidente de ABA - Association
Boulimie Anorexie (Lausanne), se penche sur ce problème.
Du phénomène de mode au véritable mal être, qui sont ces jeunes qui ne veulent plus se nourrir ?- A partir de quel âge observe-t-on des troubles dans le comportement alimentaire ?
De nos jours, les troubles alimentaires ou du moins les comportements quelques peu étranges avec la nourriture débutent très tôt. Il a été observé que dès 7-8 ans, voire avant, certains enfants refusent de manger des aliments d’une certaine couleur ou trient dans leurs assiettes… S’il y a une différence entre « ne pas aimer" et "ne pas vouloir grossir", il est tout de même important de rester attentif dès que ce comportement devient répétitif.
- Comment expliquez-vous que ces troubles se manifestent de plus en plus tôt ?
Actuellement, il y a toutes sortes de pressions qui poussent les adolescents à se fondre dans la masse :
- Ils sont exposés très jeunes à tout ce qui est télé, magazines, Internet … par conséquent ils sont de moins en moins protéger du culte de la minceur qui est prépondérant dans les sociétés dites occidentales.
- La société actuelle cultive un esprit de compétition : réussir à l’école, au sport … cela ajoute un stress supplémentaire pour l’adolescent qui sans cesse sous pression, tente parfois de contrôler certains éléments de sa vie, comme la nourriture.
- Adolescence est-elle une période à haut risque ?
L’adolescence est synonyme de quête d’identité et dure de plus en plus longtemps. Actuellement (selon les individus) elle débute autour de 11 ans pour ne réellement se finir qu’a 28 ans. Cela veut dire que les jeunes sont dépendants de leurs parents financièrement et émotionnellement plus longtemps. Par conséquent leur entrée dans l’âge adulte est repoussée. A défaut d’avoir leur autonomie, les adolescents, individus fragilisés et en quête d’une identité ont tendance à "troquer" la dépendance parentale contre une autre forme de dépendance comme le trouble alimentaire.
- Vous voyez donc l’anorexie comme une forme de dépendance ?
Tout à fait, c’est comme une addiction. Les malades sont pris dans une espèce de cercle vicieux, avec des périodes pendant lesquelles ils vont tenter de contrôler leur nourriture et d’autres pendant lesquelles ils vont lâcher un peu le contrôle et ainsi de suite. A force de restriction, ils deviennent finalement dépendants de ce comportement.
- Filles et garçons vivent-ils l'anorexie de la même façon ?
Il semblerait que l’ anorexie touche plus les filles que les garçons. Pour vous donner un ordre idée, on parle d’un peu près 1 garçon pour 10 filles. L’anorexie est un problème essentiellement féminin. Cela est dû à l’image de la femme véhiculée par la société : sexy, mince, belle, parfaite, bonne épouse, travailleuse dynamique… en bref des sortes de "super woman" ou plutôt des "supers Barbies". Je pense que tout cela met une pression assez importante sur les épaules de ces femmes en devenir… Enfin et sans vouloir présenter une vision trop clichée, les filles ont tendance à intérioriser leurs émotions, d’où un mal-être qui peut aboutir à l’anorexie, tandis que les garçons eux arrivent à extérioriser plus facilement. Chez les garçons, la maladie est beaucoup moins visible. Leur trouble alimentaire ne consiste pas forcément à maigrir à tout prix, mais d’avantage à augmenter leur masse musculaire. Les garçons anorexiques ont donc tendance à se réfugier dans le sport ou l’hyperactivité. En générale, ils prennent également soin d’éliminer un maximum de graisse de leur alimentation.
- L'anorexie existe-elle dans toutes les couches de la société ?
Même si l’anorexie existe dans toutes les couches de la société, on retrouve plus de cas chez les adolescents issus de milieux aisés et vivant dans un environnement compétitif. Pour preuve, on ne rencontre pas ou peu de cas dans les pays en voie de développement où l’accès à la nourriture est souvent une lutte quotidienne. Toute personne qui fait attention à son poids n’est pas forcément anorexique. Au début, il est assez difficile de distinguer l’anorexie de la simple coquetterie. Dans tout les cas, il est nécessaire de commencer à s’inquiéter lorsqu’une personne fait davantage attention à la valeur calorique des aliments plutôt qu’au plaisir de les déguster.
Faustine Aziavi, mis à jour le 8 mars 2010
















