Mon enfant ne serait-il pas anorexique ?

Parce que l’adolescence est une période de troubles, très peu de parents arrivent à déceler l’anorexie de leur enfant. Inquiète pour sa ligne, elle compte les calories, s’extasie devant des mannequins squelettiques et ruse pour échapper au repas… De la simple coquetterie à la véritable anorexie, où se situe la limite ? Quelles sont les facteurs déclencheurs de ces régimes qui deviennent une véritable pathologie ?
Véronique Keatley psychologue et présidente de ABA - Association Boulimie Anorexie (Lausanne) répond à nos questions. - Il y a-t-il des symptômes précurseurs qui doivent alarmer les parents ?
Oui bien sûr. Je pense qu’il faut redoubler de vigilance dès lors qu’un adolescent commence à s’isoler pour éviter les repas, qu’il devient irascible au moment de passer à table ou lorsqu’on lui parle de nourriture. Evidemment si on surprend l’adolescent en train de vomir, mieux vaut agir immédiatement. Enfin, certaines hyperactivités peuvent aussi être un signe : quand il prépare trop souvent les repas pour les autres sans les goûter, ou quand il fait du sport d’une façon quasi obsessionnelle.
- De manière générale, comment les adolescents en sont-ils arrivés là ?
Il n’y a pas d’anorexique type. Il s’agit d’une maladie qui touche le plus souvent les personnes fragilisées. D’après mon observation, l’adolescent anorexique à tendance à :
- Avoir une assez basse estime de lui- même
- Etre perfectionniste au point d’en devenir un peu "obsessionnel"
- Avoir des dispositions à l’anxiété
- Etre fragilisé par un fond de dépression.
- A être préoccupé par leur poids, à cause d’une adolescence précoce, cela entraine des régimes compulsifs jusqu’à la dérive.
Les pressions sociales et culturelles jouent également un rôle important dans le développement de cette pathologie si :
- L’un des parents souffrent ou a souffert de ce genre de troubles.
- L’anorexie peut être assimilée à une compétition : arriver à un certain poids, c’est aussi une façon de tester les limites de son corps. C’est pourquoi, sans vouloir faire de généralisation, on rencontre plus souvent des cas d’anorexie chez les adolescents qui font du sport à haut niveau où de compétition : gymnastique, natation, danse, patinage, équitation …
- S’il s’avère que l’adolescent souffre d’anorexie, comment réagir en tant que parents ?
Dans le cas ou il n y a pas d’hospitalisation, il est préconisé d’opter pour une approche multi disciplinaires. C'est-à-dire que l’adolescent ne consultera pas uniquement un psychiatre ou un psychanalyste mais également un nutritionniste / diététicien et un généraliste.
En somme, il faut associer au suivi médical régulier, un accompagnement psychologique afin de traiter le corps et l’esprit. Idéalement, il faudrait que les trois spécialistes travaillent en collaboration, pour un meilleur résultat.
Généralement, l’anorexie est la manifestation de maux plus profonds, qui n’arrive pas à être exprimés. Aussi, en ce qui concerne la relation parent adolescent, mieux vaut essayer d’encourager le dialogue sans pour autant le forcer à la confession. Il ne faut surtout pas faire une focalisation sur la nourriture, l’enfant risquerait de se braquer. Il n’existe pas de mode d’emploi d’une attitude "spéciale anorexie", je ne peux que conseiller aux parents, de rester calme, d’être à l’écoute, de déculpabiliser et de prendre soin d’eux. Ils doivent en aucun cas se décourager car en moyenne il faut 7ans pour se remettre d’une crise trouble alimentaire.
- Le corps médical s'accorde à qualifier l’anorexie de "maladie psychique", l’initiative de suivre une thérapie doit-elle venir des parents ou faut il attendre une demande de l’ado ?
Les troubles alimentaires s’accompagnent souvent d’un déni. Les malades sont souvent convaincus d’avoir une parfaite maîtrise de la situation.
Dans la mesure où la motivation est un des critères essentiel à la guérison, Il est assez difficile de forcer un adolescent à suivre une thérapie. Je préconise de le conduire dans un premier temps, dans un lieu de transition (association). De cette façon, la prise de conscience sera encouragée. Le choix des professionnels est primordial. S’ils sont habiles, ils ouvriront plus facilement l’adolescent au dialogue.
- Conseilleriez des consultations en famille, ou faut-il traiter les problèmes individuellement ?
La thérapie familiale peut parfois s’avérer très efficace surtout avec les enfants de moins de 18 ans, après quoi, elle devient plus difficile. Cette méthode permet entre autre de dénouer les conflits familiaux sous-jacents. C’est également un excellent moyen d’aider les parents à trouver les clés d’une meilleure compréhension de leur enfant. Contrairement aux idées reçues, les ados sont souvent rassurés par la présence de leurs parents pendant les consultations. Il est rare que ces jeunes, qui ne sont finalement encore que des enfants, entament ce genre de démarches seuls.
Faustine Aziavi, mis à jour le 8 mars 2010



