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L'obésité infantile en question

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obésité infantile

18 % d'enfants en surpoids, et près de 4 % qui ont franchi le cap de l' obésité : en l'espace de 20 ans, l' obésité infantile est passé d'une pathologie ordinaire à un problème d'éducation et de santé publique.



altQu'est ce que l' obésité infantile ? Quels risques court un enfant obèse ? Rencontre sous le signe de l'équilibre avec le professeur Serge Hercberg, directeur de recherche en nutrition à l'Inserm et président du comité de pilotage permanent du "Programme National Nutrition Santé".


- Comment définit-on l’obésité infantile ?


C’est une notion plus difficile à définir chez l’enfant que chez l’adulte puisque la taille varie beaucoup avec l’âge. Nous utilisons un indicateur dérivé de celui de l’adulte, le poids sur la taille au carré, mais nous reportons ce résultat sur des courbes qui permettent grâce à des standards internationaux de définir un enfant en surpoids , obèse ou à l’autre extrême, maigre.



- L’obésité infantile est-elle une problématique nouvelle ?


L’ obésité infantile a accompagné l’histoire de nos civilisations. Nous avons des témoignages historiques qui montrent l’antériorité du phénomène. Ce qui est nouveau c’est qu’au cours des 20 dernières années, la fréquence du surpoids et de l’ obésité chez l’enfant a beaucoup augmentée, d’abord dans les pays industrialisés, puis maintenant dans les autres. Cette évolution a surtout été observée entre les années 70 et 90. Une véritable augmentation qui fait parler d’épidémie d’ obésité, qui se prolonge encore dans certains pays.



- Comment expliquer cette augmentation de l’obésité infantile ?


Au cours des dernières décennies, la sédentarité a augmentée. Nous dépensons beaucoup moins d’énergie donc de calories dans nos vies quotidiennes. Ce phénomène est flagrant chez les enfants qui ont des activités devant la télé ou l’ordinateur, et ont moins l’opportunité de jouer dans les cours d’école ou en bas de leurs immeubles pour des raisons de sécurité. Cette tendance à la sédentarité est couplée avec une alimentation de plus en plus déstructurée.



- Un enfant qui a un, voire deux parents obèses le deviendra t-il forcément ?


Non, l’ obésité n’est pas une fatalité. Mais le risque est plus grand dans certains terrains génétiques prédisposés. Si dans la famille il y a une tendance à l’ obésité chez les parents, le risque est accru chez l’enfant. Ce n’est pourtant pas irrémédiable : le mode de vie permet d’éviter l’expression de cette obésité.

Mais cela nécessite en effet une surveillance et un dépistage, de manière à ce que le problème soit pris en compte suffisamment tôt. La difficulté est que lorsque l’ obésité est constituée il est beaucoup plus difficile de revenir en arrière. Heureusement chez les enfants c’est toujours possible.



- Existe-t-il un stade crucial à partir duquel il faut surveiller un enfant ?


Il est important de surveiller tous les enfants. Cela passe par le contrôle de la croissance de l’enfant à travers la courbe de corpulence. Il y a des âges de la vie où être potelé est tout à fait normal pour un enfant. Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure, il faut juste suivre l’évolution de la courbe de corpulence, pour voir si l’enfant ne s’éloigne pas trop du "couloir de valeurs normales".

On ne cherche pas à ce que tous les enfants pèsent le même poids au même âge, une variabilité est acceptée. Il faut en parler avec son pédiatre qui a l’habitude d’utiliser ses courbes présentes dans les carnets de santé des enfants.

A partir de cette évolution, nous pouvons proposer que soit pris en charge un certain nombre de recommandations sur le plan alimentaire, sur le plan de l’activité physique, pour revenir dans les définitions de normalité en ce qui concerne la corpulence.



- L’adolescence est-elle une période plus risquée ?


Il ne faut pas faire de l’ obésité une obsession, ni durant l’enfance ni durant l’adolescence. Il faut avant tout promouvoir des comportements favorables à la santé : éviter de grignoter, manger des fruits et légumes. Ce sont des dispositions valables pour tous les âges de la vie : que nous ayons des prédispositions génétiques ou pas, c’est bon pour la santé.

Il existe des âges cruciaux durant la petite enfance, mais il y a rarement des rebonds d’adiposité durant l’adolescence. Certains adolescents peuvent par contre présenter des comportements transgressifs, comme des troubles du comportement alimentaire, dont certains peuvent favoriser une obésité.



- Il a beaucoup été question dernièrement de l’influence des spots publicitaires alimentaires sur la santé et le poids des enfants. Pensez-vous que ces spots soient néfastes et incitent les enfants à une surconsommation alimentaire ?


Nous sommes ici en face d’un vrai problème de cohérence. On ne peut pas expliquer d’un côté aux enfants qu’il ne faut pas manger trop gras ou trop sucré, et d'un autre côté les exposer à une promotion excessive de ces produits mal équilibrés.

Il n’est pas question de diaboliser ou de condamner certains aliments, mais il ne doit pas y avoir un matraquage publicitaire qui pousse les enfants à la consommation. De nombreux travaux montrent que les enfants sont très sensibles à la publicité, et que ces spots les poussent à modifier leur comportement alimentaire. Il est important de réguler, réglementer voire peut-être interdire ces influences excessives.



- La télévision est-elle en quelque sorte un facteur d’obésité infantile ?


Il ne s’agit pas du tout de condamner la télévision, qui a beaucoup d’autres avantages en termes éducatifs. Elle peut même être un vecteur d’information nutritionnelle. Mais la télévision ne doit pas être une barrière à l’activité physique, ni l’information présentée entraîner la surconsommation d’aliments nutritionnellement insatisfaisants. Certains spots sont représentés par des sportifs emblématiques ou des vedettes qui véhiculent une image sur-positive de ces produits qui ne sont pas les mieux adaptés dans le cadre d'une alimentation équilibrée.



- Quels sont les séquelles médicales encourues par un enfant obèse ?


Un enfant obèse s’expose à de vrais problèmes médicaux. La conséquence de l’ obésité de l’enfant est bien sûr d’être obèse à l’âge adulte, avec tout ce que cela implique : les maladies cardio-vasculaires, le diabète, l’hypertension, des problèmes osseux ou ostéo-articulaires, voire le développement de certains cancers. Prévenir l’ obésité de l’enfant, c’est donc éviter ces complications sur le long terme.



Alexandra Zawadzki, mis à jour le 19 mars 2010


NOS INFOS

Serge Hercberg est récemment intervenu dans le cadre de la première édition du Prix du livre santé/bien-être qui s'est tenu le 4 mars 2010.

Ce prix littéraire et scientifique récompense chaque année un ouvrage à valeur pédagogique qui favorise l’analyse, la réflexion sur les nouvelles découvertes scientifiques, médicales et sociétales, ainsi que la revalorisation des idéaux humanistes dans le domaine de la santé et du bien-être.

Pour plus de renseignements : www.lirelapolitique.com

NOTRE SELECTION

Jusqu'à février 2010, allez visiter en famille l'exposition "Bien s'alimenter" à la cité des sciences : www.lesgrandsparents.com/activite-pour-enfants/expositions-enfants/bien-s-alimenter-a-la-cite-des-sciences.html

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