Obésité infantile : prévenir sans interdire

Le professeur Serge Hercberg, directeur
de recherche en nutrition à l'Inserm et président du comité de pilotage
permanent du "Programme National Nutrition Santé" (PNNS), nous explique comment prévenir et appréhender l'obésité de son enfant.- Faut-il mettre ses enfants au régime dès l’enfance ?
Surtout pas ! Il ne faut pas intégrer une dimension de régime ou de restriction chez l’enfant. C’est quelque chose qui peut poser des vrais problèmes. Les parents doivent appliquer des règles de bon sens : apprendre à l'enfant à réguler ses prises alimentaires, à ne pas se priver mais à manger au moment des repas, de façon structurée et équilibrée.
Les enfants ne doivent pas se voir imposer une pression telle qu'ils vont ensuite compenser en mangeant des aliments interdits en cachette. Sûrement pas de régime, mais des règles d’hygiène de vie, même chez un enfant en surpoids ou obèse . Et il essentiel d'éviter à tout prix de stigmatiser ou de culpabiliser les enfants. Il faut jouer sur la compréhension, sur l’activité physique, et montrer que l’hygiène de vie peut concilier santé et plaisir.
- Cette éducation nutritionnelle doit-être faite par l’école ou par les parents ?
La nutrition est un phénomène de société, qui doit être pris en considération à tous les niveaux. L’école est un vecteur d’informations, la cantine scolaire doit être un exemple pour fournir une alimentation la plus favorable possible. L’activité physique à l’école ou le fait d’avoir supprimé les distributeurs de friandises dans les écoles le montrent.
Mais une part très importante revient à la famille, lorsque l’enfant est à la maison. Là encore ce sont des règles d’hygiène de vie qui doivent relever du bon sens, sans être trop normatives et contraignantes. Un enfant de 12 ans peut manger deux religieuses au chocolat, du moment que ce n’est pas tous les jours. Il ne faut pas culpabiliser autour des aliments.
- La mention "Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé" a t-elle vraiment un impact sur les enfants ?
Le "Programme National Nutrition Santé" à l’initiative du ministère de la santé, développe un ensemble de mesures. Les tests qui ont été faits ont montré que les enfants y étaient sensibles et retenaient bien les informations véhiculées.
Bien évidemment, il ne suffit pas de savoir pour bien faire. Il faut éduquer, informer, communiquer, et faire beaucoup d’autres actions pour que l’offre alimentaire soit en cohérence avec ces messages.
- A côté de l’aspect nutritionnel, l’obésité infantile ne nécessite t-elle pas également un suivi psychologique pour aider l’enfant à s’accepter ?
Il y a une conséquence psychologique de l’obésité liée à nos sociétés : il est indispensable d’améliorer la tolérance vis-à-vis d’images corporelles diverses, et un enfant obèse ne doit pas souffrir de son excès de poids. Il faut lutter contre toute forme d’intolérance et de discrimination que ce soit chez les adultes ou les enfants.
Mais le malaise psychologique peut aussi être non la conséquence mais la source des troubles alimentaires des enfants obèses. Il appartient aux professionnels de santé de déterminer si la prise de poids est liée à des troubles du comportement alimentaire banals, que l’on peut prendre en charge par un nutritionniste voir un animateur sportif, ou si l’origine de l’obésité est plus complexe.
Une prise en charge psychologique peut dans ce cas apporter une aide non seulement dans l’acceptation de l’image corporelle, mais aussi dans à la source de ces troubles.
- Quels conseils donner à des parents pour faire face à l’obésité de leur enfant ?
Il est important d’avoir une attitude cohérente : ne pas être dans l’obsession ou la culpabilisation permanente, et ne jamais prendre un enfant obèse ou en surpoids sous l’angle de l’accusation.
Il faut essayer de comprendre et de donner des règles de bon sens sur l’alimentation et l’activité physique, en parler avec un professionnel de santé pour savoir à partir de quand il doit y avoir une prise en charge.
Cela passe aussi par une bonne information des parents avant l’apparition du surpoids ou de l’ obésité. Il y a aujourd’hui des guides alimentaires que l’Institut National de la Prévention et de l’Education Pour la Santé a sorti dans le cadre du PNNS. Ces guides s’adressent aux parents et donnent des conseils de bon sens pour réduire le risque de surpoids chez l’enfant.
Ces règles d’hygiène de vie n’ont rien à voir avec la diététique à l’ancienne, du style poisson en papillote et légumes à la vapeur. On peut très bien avoir une hygiène de vie favorable à la santé, réduire le risque d’obésité, tout en se faisant plaisir, en ayant le côté gastronomique, convivial et terroir que l’on retrouve dans l’alimentation.
Alexandra Zawadzki, mis à jour le 19 mars 2010
















