Femmes, je vous aime
Aujourd'hui, la publicité dicte les références en terme de beauté mais comment sortir de ce diktat ? Régine Lemoine-Darthois, sociologue et auteur d'Un âge nommé désir : Féminité et maturité, revient sur cette situation.
- "La femme multiple" et fière de ses différences, vous y croyez à ça ?
Je pense malheureusement que les femmes n’y sont pas prêtes. Le premier pas serait déjà d’arriver à comprendre qu’elles ne finiront pas par être "belles et heureuses" en se privant de manger, en ayant recours à la chirurgie esthétique, en se conformant au soi-disant modèle de beauté. Puis ensuite, il faut qu’elles arrêtent d’être obsédées par la jeunesse, qu’elles acceptent que le temps passe et que le vieillissement et les changements physiques font partie de la vie.
- Vous dites que les femmes n’ont jamais été autant esclave des diktats de beauté.
Avant, les complexes féminins étaient très localisés et très momentanés. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus pernicieux car tout cela touche les apparences et les comportements. Je dirai que ça fait entre 10 et 15 ans mais il y a eu une nouvelle impulsion vers 2000 à cause d’Internet. Le réel doit désormais se rapprocher le plus possible du virtuel. Les femmes des magazines n’existent pas, leurs photos sont retouchées et personne n’est comme elles. Pourtant, les femmes essayent de correspondre à cette "norme impossible".
Canons et diktats
- Qui fabrique les canons de beauté ? Les artistes, la pub, l’industrie de la minceur ?
Je parle d’abord des journalistes qui sont très sensibles "au nouveau" qui vient des créateurs et qui communiquent au plus grand nombre les dernières tendances. Puis il y a ensuite les industries qui ont un pouvoir considérable sur la publicité puis sur ce qui est transmis à la population par la télé et les magazines. Mais toutes ces choses nous atteignent de plein fouet car il existe un terrain très propice et favorable : ce "terrain", c’est notre société. Il existe donc un "socle favorable" qui aliène les esprits, sans oublier "l’idéologie de la jeunesse" qui est de plus importante et de plus en plus présente dans les esprits.
- Les petites filles d’aujourd’hui sont aussi très réceptives aux diktats ? Futures victimes des canons elles-aussi ?
Les mères mettent elles-mêmes en place cette dictature avec leurs propres filles. Les femmes (mères) sont les premières à imposer à leurs filles de porter un appareil dentaire pour avoir des dents parfaites, de pratiquer tel sport pour parvenir à avoir un corps svelte, à leur reprocher de trop manger et d’avoir quelques kilos en trop.
Prédisposition à la réussite ?
- Une femme belle, grande, mince réussit mieux dans la vie ?
Une enquête d’un groupe de psys américains a montré que lorsque vous êtes beau, vous trouvez plus facilement un job, vous êtes en général plus récompensé, vous êtes considéré comme plus doué à l’école. Ils montrent donc que la beauté est sans conteste, un atout incontestable dans la vie sociale. Mais je veux quand même faire remarquer que parmi les femmes aux pouvoirs, les femmes dirigeantes, la beauté n’est pas forcément un point commun flagrant, donc il y a quand même des limites.
- Et les hommes dans tout ça ? Ils sont un peu responsables aussi ?
Je ne crois pas. Cette dictature est quand même celle des médias et s’applique à des femmes qui sont co-responsables du phénomène car elles l’acceptent très aisément. Les hommes ne sont finalement que modérément partie prenante. Les femmes veulent être belles pour être aux normes, et secondairement pour plaire aux hommes.
- Elles sont parvenues à s’émanciper des hommes, sont-elles aujourd’hui capables de s’émanciper des canons de beauté ? En ont-elles seulement envie ?
J’ai envie de dire que "s’émanciper des hommes", elles en avaient envie et même besoin ! Or, en l’occurrence, par rapport aux canons de beauté, je pense qu’elles sont encore très loin d’en être arrivée là. Je pense qu’aujourd’hui, les femmes n’ont pas encore pris conscience de leur comportement. Elles ne considèrent pas du tout être dans un comportement extrême, dans une manipulation qui se nourrit d’elle-même.


















