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Mercredi 17 Décembre 2008
Souvenez-vous...
Ce vengeur masqué de la gastronomie française existe bel et bien aujourd'hui, en chair et en sauces, si j'ose dire... Il s'appelle François Simon (enfin bien sur ce n'est pas son vrai nom...). C'est le Sacha Guitry du gueuleton, le surfeur d'argent des grands couverts. Le seul journaliste du Figaro à partir en tournée des grands ducs avec le chéquier de la direction...
Chaque semaine, ses chroniques gastronomiques mettent le feu aux mirotons. Mais aujourd'hui son livre est une sacrée salade... Voici Pique assiette, la fin d'une gastronomie française, le dernier livre de François Simon, publié aujourd'hui chez Grasset. Pourquoi la fin d'une gastronomie ? Et bien parce que tous nos grands chefs sont un peu au bout du rouleau, explique François Simon. Depuis qu'ils ouvrent des restaurants à la pelle à Melbourne, à Formentera ou à Tokyo, ils passent tellement de temps en avion qu'ils font tout sauf la cuisine.
Leur nom est une marque dans le monde entier, mais beaucoup de leurs plats mériteraient d'être dégriffés... Plus personne ne fait vraiment à manger pour les autres, explique François Simon. Mais tout le monde fait du gastro-karaoké...
Une sorte de remix de remix de saveurs, la grande bouffe en version téléchargée... Le problème, c'est qu'aujourd'hui la gastronomie française doit faire du chiffre, explique François Simon (et les grands restaurants ne rapportent pas assez).
Quel est le résultat ?
Les grands chefs ne dirigent plus des restaurants mais des musées, des cuisines conceptuelles, des auberges de luxe dont on va exporter l'image, la légende, le mythe jusqu'à la dernière goutte dans le monde entier. Et pas forcément à la bonne franquette... Désormais, plus c'est bidon, plus c'est cher, plus c'est snob. Et surtout, plus il n'y a rien à manger...
Faute d'une nouvelle génération de grands chefs, faute de relève, les grands chefs en sont réduits à copier la mode du dîner de poupée (inventée par le chef Catalan Feran Adria), ajoute François Simon. Les salades ressemblent à des timbres postes, les asperges sont des cotons tiges, les tomates des fameuses tomates cerises... Et les alcools servis dans des dés à coudre. On appelle ça la cuisine moléculaire. Et depuis tout le monde a très faim en sortant de table...
Curieuses coïncidence ? Plus on picore dans les grandes tables, plus on s'empiffre dans les petites chaumières. L'effondrement de la gastronomie française, explique François Simon, a un lien direct avec la généralisation de la graisse réchauffée qu'on nous sert si souvent à table.
On nous ment tellement, on nous prive tellement, que beaucoup aujourd'hui se vengent en mangeant n'importe quoi, n'importe comment... Mais en très grosse quantité.
A refuser de nous nourrir simplement, conclue François Simon, la cuisine française est peut en train de nous pousser à nous remplir massivement, industriellement, désespérement.
Si vous ne savez plus où diner dehors, si vous êtes toujours déçu par la carte (mais jamais par l'addition), alors lisez d'urgence ce livre. Ca s'appelle Pique Assiette, la fin d'une gastronomie française de François Simon aux Editions Grasset.
C'est beau, c'est drôle, c'est féroce. C'est un livre qui se dévore comme un mille-feuilles (ou une carte des vins après l'apéritif). C'est probablement l'un des textes les plus justes et les plus importants qu'ait jamais été écrit ces dernières années sur la cuisine et l'alimentation. Et surtout, c'est un livre qui donne envie de trinquer, qui donne faim, qui donne envie d'être à nouveau heureux à table. Ce qui n'arrive pas si souvent...
N'hésitez surtout pas à me donner votre avis sur ce livre et le sujet traité !
Olivier Malnuit
Mercredi 17 Décembre 2008
Souvenez-vous...
Ce vengeur masqué de la gastronomie française existe bel et bien aujourd'hui, en chair et en sauces, si j'ose dire... Il s'appelle François Simon (enfin bien sur ce n'est pas son vrai nom...). C'est le Sacha Guitry du gueuleton, le surfeur d'argent des grands couverts. Le seul journaliste du Figaro à partir en tournée des grands ducs avec le chéquier de la direction...
Chaque semaine, ses chroniques gastronomiques mettent le feu aux mirotons. Mais aujourd'hui son livre est une sacrée salade... Voici Pique assiette, la fin d'une gastronomie française, le dernier livre de François Simon, publié aujourd'hui chez Grasset. Pourquoi la fin d'une gastronomie ? Et bien parce que tous nos grands chefs sont un peu au bout du rouleau, explique François Simon. Depuis qu'ils ouvrent des restaurants à la pelle à Melbourne, à Formentera ou à Tokyo, ils passent tellement de temps en avion qu'ils font tout sauf la cuisine.
Leur nom est une marque dans le monde entier, mais beaucoup de leurs plats mériteraient d'être dégriffés... Plus personne ne fait vraiment à manger pour les autres, explique François Simon. Mais tout le monde fait du gastro-karaoké...
Une sorte de remix de remix de saveurs, la grande bouffe en version téléchargée... Le problème, c'est qu'aujourd'hui la gastronomie française doit faire du chiffre, explique François Simon (et les grands restaurants ne rapportent pas assez).
Quel est le résultat ?
Les grands chefs ne dirigent plus des restaurants mais des musées, des cuisines conceptuelles, des auberges de luxe dont on va exporter l'image, la légende, le mythe jusqu'à la dernière goutte dans le monde entier. Et pas forcément à la bonne franquette... Désormais, plus c'est bidon, plus c'est cher, plus c'est snob. Et surtout, plus il n'y a rien à manger...
Faute d'une nouvelle génération de grands chefs, faute de relève, les grands chefs en sont réduits à copier la mode du dîner de poupée (inventée par le chef Catalan Feran Adria), ajoute François Simon. Les salades ressemblent à des timbres postes, les asperges sont des cotons tiges, les tomates des fameuses tomates cerises... Et les alcools servis dans des dés à coudre. On appelle ça la cuisine moléculaire. Et depuis tout le monde a très faim en sortant de table...
Curieuses coïncidence ? Plus on picore dans les grandes tables, plus on s'empiffre dans les petites chaumières. L'effondrement de la gastronomie française, explique François Simon, a un lien direct avec la généralisation de la graisse réchauffée qu'on nous sert si souvent à table.
On nous ment tellement, on nous prive tellement, que beaucoup aujourd'hui se vengent en mangeant n'importe quoi, n'importe comment... Mais en très grosse quantité.
A refuser de nous nourrir simplement, conclue François Simon, la cuisine française est peut en train de nous pousser à nous remplir massivement, industriellement, désespérement.
Si vous ne savez plus où diner dehors, si vous êtes toujours déçu par la carte (mais jamais par l'addition), alors lisez d'urgence ce livre. Ca s'appelle Pique Assiette, la fin d'une gastronomie française de François Simon aux Editions Grasset.
C'est beau, c'est drôle, c'est féroce. C'est un livre qui se dévore comme un mille-feuilles (ou une carte des vins après l'apéritif). C'est probablement l'un des textes les plus justes et les plus importants qu'ait jamais été écrit ces dernières années sur la cuisine et l'alimentation. Et surtout, c'est un livre qui donne envie de trinquer, qui donne faim, qui donne envie d'être à nouveau heureux à table. Ce qui n'arrive pas si souvent...
N'hésitez surtout pas à me donner votre avis sur ce livre et le sujet traité !
Olivier Malnuit





