Comment faire les poubelles en étant à la mode ?

Encore assez méconnu, le freegannisme gagne les mentalités du vieux continent. Qui sont ces nouveaux militants qui font les poubelles alors qu’ils ne sont aucunement nécessiteux ? Des altermondialistes un peu particuliers qui luttent pour vaincre la faim dans le monde bien à leur façon…
Né en 2003 dans la Grosse Pomme, le mouvement des "déchétariens" se transforme peu à peu en phénomène de mode et fait l’objet d’une médiatisation substantielle. Contraction du mot "free" (libre) et "vegan" (végétarien), le terme freegan caractérise tout à la fois un état d’esprit, une idéologie, une éthique, une action politique se traduisant par une condamnation plurielle. Condamnation de la consommation post-moderne, du gaspillage agro-alimentaire, du capitalisme, du libéralisme sauvage, et de la torture animale.
Un slogan fort : Nous mangerons vos ordures mais nous n'en achèterons pas !
Leur slogan est bien connu : "we will eat your scrap but we won’t buy your crap", ce qui signifie en français dans le texte, on mangera vos détritus mais on ne les achètera pas ! Toute une terminologie est née de cette tendance : le "dumpster diving" ou "plongeon dans les ordures", et les "trash tours" pour les tours des poubelles. Tout est fait pour contourner le système en se salissant les mains mais sans se salir. L'acte n'est plus dégradant mais au contraire revendiqué avec fierté.
Rapidement devenu un phénomène de mode plus que de société, cet anti-système est venu peuplé quelques esprits européens et en 2000, en France, Agnès Varda s’attelle à traiter ce sujet à travers son documentaire Les glaneurs et la glaneuse. Un site naît peu après : freeganisme.fr qui s’ouvre sur une description dont la charge est explicitement politique : Le Freeganisme est un mouvement né aux états-unis d'Amérique. Rejoignant beaucoup de philosophies (écolo, anarko, altermondialisme, anticapitalisme, porkisme, ... ... ...), les freegans se caractérisent cependant par leur régime alimentaire déchétarien. Rien de plus sain en effet que de bouffer dans les poubelles : gratuité de la nourriture pour tous, réduction du gaspillage alimentaire.
Les poubelles, un nouveau marché ?
Certaines personnes disent déjà avoir vécu cinq ans sans avoir acheté une seule denrée en dans une grande surface.... Chef de file de mouvement, Adam Weissman souhaite que l’on se rende à l’évidence : si 40 % de la nourriture produite est jetée aux ordures pourquoi continuer à en produire plus que raison ?
La question est de savoir si ces actions peuvent changer en profondeur les habitudes de consommation des populations qui vivent dans l’opulence. A en pressentir et observer les réactions des dirigeants de supermarché qui cadenassent les poubelles jusqu’à parfois les inonder de produits toxiques pour les rendre définitivement non comestibles, on en doute fort.
Hypermarchés et pouvoirs publics
Les représentants des grandes surfaces se défendent et font jouer le droit en leur faveur car il est en effet interdit de faire don de la nourriture périmée, avariée, abîmée, jetée aux ordures. Pourtant, en droit civil, la nourriture trouvée sur la voie publique tombe sous la catégorie "res nullius" et le premier qui s’en empare en devient le propriétaire.
















