Décret Bertrand : une loi qui revient chère !

En première ligne face a la législation anti-tabac, les bars-tabacs ont joué le jeu. Respect des interdictions, baisse de fréquentation, maintien de la consommation tabagique : les enseignements sont multiples.

Didier Hauris, gérant du bar-tabac Le Square Bleu dans le 17ème arrondissement, nous fait part, désabusé, de l'impact de cette loi dans son activité.
- Après un an de mise en application du décret Bertrand, dite loi anti-tabac, quel est l'impact de cette législation sur votre activité ?
Au niveau de la vente de tabac, il n'y pas eu de changements. Par contre, pour l'activité bar, l'influence s'est nettement ressentie. J'ai perdu 15 % de clientèle. Et encore je peux m'estimer heureux car j'ai un emplacement privilégié. J'ai d'autres collègues qui connaissent de plus grosses difficultés pour maintenir leur établissement ouvert. Le manque à gagner peut être énorme selon la situation du bar-tabac. Cette loi nous a grandement pénalisés. Un des mes fournisseurs de bières m'a dit qu'il y avait un million d'hectolitre de bière vendu en moins au niveau de la France.
- Au niveau de votre clientèle, comment a été perçue cette législation ?
C'est une loi qui ne respecte pas la liberté individuelle. Pourquoi selon vous j'ai eu une baisse de fréquentation dans mon établissement ? Car mes clients ne pouvaient plus prendre leurs cafés ou leurs consommations en fumant. Ce qui était leur plaisir du matin ou de l'apéro a disparu. Boire un café, ils peuvent le faire au bureau. Là où j'avais une clientèle fidèle le matin et pour l'apéro, je me retrouve avec des gens qui ne font que passer, sans rituel. Alors oui, les fumeurs respectent la loi, mais à quel prix...
- N'êtes vous pas d'accord avec l'objectif de protéger les fumeurs passifs ?
Ce n’est pas normal d'imposer une interdiction aussi absolue. Le dispositif précédent était complètement efficace. Quand les clients rentraient, il y avait un accueil pour guider les clients. Il y avait un espace fumeur et un espace non-fumeur dans la salle de restaurant et un dispositif d'aération au-dessus du comptoir qui évitait à la fumée de stagner. Tout le monde était gagnant. C'était la situation idéale. Et il faut arrêter avec les clichés de la clientèle familiale. Ils ne constituent pas une clientèle fidèle. Quand ils viennent en famille, seuls les parents consomment tout en prenant beaucoup de place.
- (Madame Hauris) : par contre, je dois avouer qu'au niveau des pathologies respiratoires, il y a une nette amélioration. Ma fille, qui a de l'asthme, a arrêté d'utiliser des aérosols au bout de trois semaines d'application de la loi. En tant que mère de famille, c'est une bonne loi. En tant que gérante, c'est un problème. Et en plus, le chien est beaucoup plus propre. (Rires)
- Que pensez-vous d'une possible tendance au durcissement des politiques publiques pour endiguer le fléau du tabac ?
C'est complètement hypocrite de la part de l'Etat. Je vous rappelle, à vous qui êtes trop jeune pour vous en souvenir, que ce sont les pouvoirs publics qui ont facilité cette dépendance tabagique. Quand on arrivait, on nous donnait des rations alimentaires mais aussi des cartouches de cigarettes. Ces incitations étaient bien réelles. Et maintenant, ils retirent une liberté aux fumeurs en les envoyant fumer sur la rue où ils respirent d'autres sortes de gaz. Et qu'ils ne viennent pas me dire qu'ils se préoccupent de la santé des fumeurs. Je vous rappelle qu'ils taxent les paquets de cigarettes à 86 % et ils ne reversent pas pour autant dans le budget de la santé.
- Quels seraient, selon vous, les aménagements permettant de concilier la protection des fumeurs passifs et les intérêts?
Qu'ils laissent les gérants choisir si leurs établissements doit être complètement fumeurs ou pas. Cela existe dans d'autres pays européens. Pourquoi pas en France ?
Et maintenant il est question de supprimer les terrasses chauffantes. Je voulais installer des parasols chauffants. Mais au final, j'ai fait le calcul que cela me revenait à un coût d'exploitation supplémentaire de 4.000 à 5.000 euros par an. Avec mon chiffre d'affaire qui baisse, c'est une loi qui me revient chère.
Faustine Aziavi





