Patricia Kaas va-t-elle gagner l’eurovision ?

Avec une huitième position (meilleur classement depuis 2002), qui permet a la France de sortir la tête haute de cette 54ème édition de l’eurovision, Patricia Kaas s’est illustrée le 16 mai dernier a Moscou. Une cérémonie riche en émotions, pendant laquelle l’artiste a fièrement défendue les couleurs de France avec "S’il fallait", titre tiré du single de son dernier album "Kabaret". Une victoire ratée de peu, pour cette artiste dont la renommée dépasse pourtant très largement nos frontières. Vivolta revient sur un parcours hors norme.
La diva de l’Est : retour sur les origines
Encouragée par ses parents, Patricia commence très jeune à donner des concerts : "dès neuf ans, j'avais un groupe avec lequel je jouais le samedi soir, sans obligation ni cachet. A l'époque, c'était plus un jeu qui rapidement est devenu une passion, comme un besoin. Tous les bals, les cabarets que j'ai faits là-bas ont été ma meilleure école de scène, et ce sont ces années qui ont forgé ma personnalité" (1), raconte l’artiste. Elle chantera par la suite dans les bals populaires et les fêtes familiales, où elle deviendra une véritable professionnelle. A 13 ans, elle est engagée dans un cabaret allemand de Sarrebruck, où elle chantera tous les samedis soirs pendant sept ans.
Elle est remarquée en 1985 par un architecte lorrain, Bernard Schwartz. Séduit par cette jeune interprète, il lui obtient une audition à Paris chez Phonogram. L'acteur Gérard Depardieu entend, par un de ses amis, la bande de l'audition et craque sur la voix de la jeune fille. Il décide alors de produire son premier album, Jalouse. Bien qu’écrit par Elisabeth Depardieu, Joël Cartigny et François Bernheim, l’album ne remportera pas le succès tant attendu... Terriblement déçue, la chanteuse résignée se confie : "Je m'étais résolue à retourner chanter dans des bals du samedi soir, en attendant de voir ce que la vie me réserverait.(2)" Mais c'est à ce moment-là que sa mère tombe malade. "Elle m'avait dit qu'elle souhaitait par-dessus tout me voir grande. Ses mots m'ont décidée à me battre, à être à la hauteur de l'ambition qu'elle avait pour moi. Je me suis prise en main, suis remontée à Paris.(3)"
Elle rencontre alors Didier Barbelivien qui lui propose d’interpréter la chanson Mademoiselle chante le blues. Les débuts sont difficiles : les médias n’accrochent pas à la chanson, jugée pas assez commerciale. Mais Patricia ne désespère pas : "Je me suis accrochée en donnant énormément d'interviews, en allant dans les radios demander aux programmateurs de passer mon disque. Le public a suivi, il appelait les radios et leur demandait de rediffuser la chanson.(4)" Ce disque vaudra à la chanteuse le Prix de l'Académie Charles Cros, en 1988.
Patricia Kaas, icône des Russes
De Moscou à Vladivostok, Patricia Kaas a conquis la Russie. Elle chante pour Vladimir Poutine, fait salle comble à chaque spectacle au Kremlin… depuis 20 ans, le public russe vénère la chanteuse comme une icône de la chanson française.
Mais c’est grâce à son talent scénique et ses origines lorraines que l'artiste doit son histoire d’amour avec le peuple russe. Depuis de nombreuses années, accompagnée de son chien Téquila, Patricia sillonne ce pays où elle passe en moyenne près de 250 jours en tournée.
D’après la star, la chance, les circonstances favorables sont les raisons de son succès : "Je crois que je suis arrivée ici au bon moment avec les bonnes chansons. Physiquement, je ressemble aux filles d’ici. Ils aiment aussi mon histoire. J’ai commencé à chanter très jeune, je me suis battue dans ma vie, j’ai perdu mes parents… Ce sont des gens qui n’ont pas une vie très facile.(5)"
Etonnée de sa notoriété en Russie, Patricia Kaas ne rate plus une occasion de retourner leur rendre visite. Ses origines lorraines, son sentiment fort d’appartenance à ses régions de l’Est l’aident à comprendre ce peuple qui s’identifie tant à son personnage : une voix cassée chargée d’émotion, un visage sibérique…
C’est donc en véritable vedette nationale que la chanteuse est accueillie : "Je me souviendrai toute ma vie de mon arrivée à Chérémétiévo, l'aéroport de Moscou. Tout ce monde, ces caméras de télé, les journalistes, les photographes... Et ces gens qui m'arrêtaient sans arrêt pour me demander des autographes...(6) "
Elle est également depuis peu l’égérie de la marque de cosmétiques L’Etoile, une des plus grandes chaînes de distribution en Russie. Dans le pays, la marque possède près de 580 magasins et une campagne publicitaire dont le montant s’élève à 15 millions d’euros. C’est pourquoi L’Etoile a déjà commandé et préacheté 500.000 exemplaires de l’album Kabaret et l’offrira à ses clients.
Alors qu’elle vit l’amour avec Yannick Alléno, un grand chef cuisinier, celui de l'hôtel Le Meurice, la chanteuse Patricia Kaas tente son grand retour, après une absence de plus de cinq ans.
L’Eurovision, un enjeu symbolique
Choisi par les internautes, « S’il fallait » est la onzième chanson sur les douze que compte l'album Kabaret, disponible en CD depuis mars 2009. Comme le reste de l’album, ce titre nous plonge directement dans l'univers des années 30’. Fière malgré tout d’avoir représentée la France, la chanteuse lorraine reprendra bientôt sa tournée en Europe de l’est en commençant du 21 au 28 mai par quatre concerts en Moldavie et en Ukraine.
Sources :
(1) Fran cité (ru) - mars 2002
(2) Fran cité (ru) - mars 2002
(3) Fran cité (ru) - mars 2002
(4) Fran cité (ru) - mars 2002
(5) Le Parisien - le 15 décembre 2008
(6) Fran cité (ru) - mars 2002





