Et pour nous expliquer comment fonctionne ce dépistage et ce qu’on en attend, le Dr Jérôme Viguier, responsable du département dépistage à l’Institut National du Cancer, répond à nos questions.
Le cancer du colon en France : état des lieux
- Dans le monde, chaque année, 437.000 personnes meurent d’un cancer du côlon. Qu’en est-il en France ?
C’est le troisième cancer le plus répandu avec celui du sein et celui de la prostate. En 2005, on dénombrait 37.500 nouveaux cas par an. En 2008, ils devraient être 39.000. Chaque année, environ 17.000 personnes meurent de ce cancer en France mais il faut faire savoir que nous disposons de moyens de détection précoce. On peut vraiment baisser de 20% cette mortalité !
- Qui sont les sujets les plus touchés ?
C’est d’abord un cancer de la "2ème partie de la vie", il survient la plupart du temps vers 70 ans. Seuls 4 à 6% des cas arrivent avant 50 ans. Il concerne les hommes un peu plus que les femmes. Certaines maladies d'origine génétique, ainsi que des antécédents familiaux et personnels peuvent considérablement augmenter le risque. Si vous êtes porteur de polypes (verrues à l’intestin), vous êtes aussi plus exposé.
Le but de la campagne
- Les gens de 50 à 74 ans vont donc recevoir un courrier dans peu de temps. Ils vont être invités à participer au dépistage du cancer colorectal grâce à un test facile. De quoi s’agit-il concrètement ?
Ils vont recevoir un courrier de la structure de gestion de leur département qui s’occupe de coordonner le dépistage. Ce courrier va les inviter à se rendre chez leur médecin traitant pour retirer le test en question. Le médecin profitera de cette visite pour faire un point sur les symptômes éventuels et les antécédents digestifs familiaux. S’il ne font rien, ils seront relancés par courrier.
S’ils acceptent, ils ramèneront chez eux le fameux test et devront y déposer un prélèvement de selle de la taille d’un grain de riz 3 jours de suite qu’ils devront renvoyer avec une enveloppe T au laboratoire pour analyse. Quelques jours plus tard, ils recevront les résultats par courrier. Attention, si le test s’avère positif, cela ne signifie pas que vous êtes atteint par ce cancer, vous devrez juste passer à la seconde étape.
- Pour la campagne, vous avez pris le parti d’innover. La méthode de communication sort de l’ordinaire. Pouvez-vous nous en expliquer les grandes lignes ?
Le 1er objectif est de réussir à parler de ce cancer avec des mots simples et surtout de dédramatiser. Le cancer du colon est vu comme sournois et aussi comme incurable.
Ensuite, comme ce cancer a une "très mauvaise presse" et que les gens croient qu’il n’est pas traitable, nous voulons insister sur l’idée que, s’il est pris à un stade débutant, il est facile de le combattre. C’est possible de traiter le problème rapidement et de tout oublier ensuite…
- Comment les gens reçoivent-ils ce genre "d’incitation au dépistage" ? Son-ils réticents ? Si oui pourquoi ?
Ces incitations ne laissent pas les gens indifférents, de là à ce qu’ils se déplacent tous, on en est pas encore là. Il y a une réticence, les gens se défendent souvent en disant : "mon médecin ne m’en a pas parlé"… et c’est pour cette raison que nous essayons d’impliquer le plus possible les médecins, c’est essentiel.
Disons que les hommes sont moins clients pour sauter le pas. S’ils sont en couple, l’incitation de leur épouse ou compagne joue beaucoup. Puis il y a la peur du résultat qui en bloque beaucoup. Enfin, l’idée que l’on recherche des signes dans les selles, c’est quelque chose qui rebute de nombreuses personnes.
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