L'hypnose comme anti-douleur

Longtemps considérée comme une discipline "paranormale", l’hypnose fait aujourd’hui partie de l’arsenal thérapeutique des médecins. Ces derniers y ont de plus en souvent recours, y compris à l’hôpital. En particulier pour soulager la douleur ou même pour anesthésier un patient le temps d’une intervention.
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Rencontre avec le Dr Jean-Marc Benhaiem qui pratique l’hypnose qu’il pratique depuis vingt-cinq ans. En 2001, il crée  le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (seul diplôme en Europe). Actuellement, il travaille dans un centre hospitalier de traitement de la douleur à Paris.


- Quelle est votre définition de l’hypnose ?

Un acte banal. La capacité de changer des perceptions en vue de mieux s’adapter au monde. C’est un processus naturel qui nous permet de réduire la distance entre une chose et sa représentation…


- Depuis combien de temps le pouvoir de soigner la douleur par l’hypnose est reconnu ?

L’hypnose est pratiquée depuis un bon moment puisque c’est un phénomène naturel mais elle n’a été reconnue officiellement qu’à la création du diplôme universitaire d’hypnose médicale à la Pitié-Salpêtrière, c'est-à-dire en 2001. Mais l’hypnose était pratiquée en hôpital avant même d’être reconnue officiellement, en particulier avec le professeur Charcot ou même avec Freud. Il faut alors remonter à une centaine d’années.


- Sur quelles pathologies ou phénomènes observables l’hypnose peut-elle agir ?

Les grandes lignes de l’action de l’hypnose sont la douleur, les migraines, les céphalés, les douleurs aigües,  les dépressions, les phobies, les addictions (tabac, alcool, alimentation). Elle soigne aussi des enfants qui ont des difficultés scolaires, des personnes souffrants de victimologie… L’hypnose peut intervenir à chaque fois qu’un individu a perdu sa liberté.



- Quelles sont les techniques utilisées par l’hypnose pour contrôler la douleur ?

On utilise le principe de la suggestion : on propose à une personne un autre point de vue pour l’aider à guérir. Par exemple si quelqu’un dit que pour lui c’est un plaisir de fumer, on lui fait alors la suggestion de rentrer en contact avec une partie de son corps qui n’aime pas ça pour l’amener à découvrir qu’il n’aime pas fumer.
Pour réduire la douleur, on peut évoquer un curseur imaginaire "on a plus ou moins mal…" mais aussi la substitution de la douleur par une autre sensation. Mais le plus important c’est de changer de contexte !
Car dans un contexte de vie agréable pour le patient, la douleur est interprétée autrement, elle est moins inquiétante. Par exemple pour une personne âgée qui souffre de problèmes de dos et qui a du mal à se pencher, on peut lui suggérer quelle se baisse pour prendre son petit enfant. Généralement, elle aura moins mal que si elle fait le mouvement normalement.



- Comment se déroule une séance d’hypnose ?

C’est une consultation médicale habituelle avec un déroulé original dans le sens où il faut, pour commencer, des exercices qui installent une sorte de confusion afin que la pensée arrête de fonctionner. On met en veilleuse la raison pour pouvoir rouvrir différemment tous ses sens. En pratique le patient est dans le vague, il est comme une marionnette : tout tendu au début et se relâche au fur et à mesure. Quand la personne retrouve son corps, normalement la vie lui revient différemment. Parfois ce n’est pas le cas, la vie revient exactement comme avant, cela signifie que la séance n’a pas pleinement fonctionnée.



- Par exemple dans le cas de migraines et céphalés, vous expliquez agir sur les métaphores utilisées par les patients pour décrire leur douleur. Expliquez-nous.

Puisqu’on travaille sur les sensations, on part de l’image que le patient donne. Lorsque j’entends : "Je me sens comme dans un étau. Je sens comme une vis qui ne peut pas tourner parce qu’il y a de la rouille", je propose au patient par des suggestions de mettre de l’huile pour modifier sa perception, débloquer la situation.


- L’hypnose est aussi utilisé dans le cas de douleurs aigues, comme lors d’interventions chirurgicales qui ne nécessitent pas d’anesthésie générale. Dans ce cas comment fonctionne l’hypnose ?

L’hypnose fonctionne alors comme une façon d’être absent de son corps, un principe de distanciation envers la douleur se met alors en place. Le corps dispose de processus antalgique naturel et le but est qu’il utilise ses processus antalgique naturellement. Alors si le patient à recours à l’hypnose c’est que ces processus ne se mettent plus en place tout seuls.


- Par rapport à l’action d’un médicament comment agit l’hypnose ? Est-ce qu’elle intervient sur les mêmes récepteurs ?

Non, l’hypnose n’agit pas sur les mêmes récepteurs que les médicaments, elle agit sur tout le cerveau. Et puis ce qui est important de savoir c’est qu’un des objectifs de l’hypnose est de permettre au patient de diminuer sa prise de médicament, qu’il puisse retrouver son autonomie.



- Pourquoi certains patients vont préférer l’hypnose pour se soigner ?

Il faut déjà préciser que l’hypnose ne supprime pas un symptôme mais soulage le patient. Les patients préfèrent l’hypnose parce qu’ils ont le sentiment que tout ce qu’ils ont fait avant pour soigner leur problème n’était qu’une fuite. Alors que l’hypnose agit directement, prend moins de temps qu’une psychanalyse parce qu’on ne cherche pas à comprendre l’origine du mal-être ou de la douleur mais au contraire à agir directement dessus. On traite le mal plus que les causes du mal.


- Tout le monde est-il hypnotisable par un tiers ?

Oui bien sûr puisque l’hypnose est un phénomène naturel. Les patients consultent lorsqu’ils n’arrivent plus à se mettre tout seul dans un état hypnotique, quand ils n’arrivent pas à digérer ce qui leur arrive parce que c’est trop cruel, trop injuste.



- Nous parlons essentiellement de succès et réussites dans le traitement avec l’hypnose, mais l’échec est-il possible ?

Bien sur que l’échec est possible. Un bon nombre de personnes a de réelles difficultés pour changer des choses dans leur vie, ces personnes ont perdu la souplesse pour changer leur comportement et puis il     arrive aussi que le thérapeute ait du mal à entrer en contact avec son patient. Plus on est jeune, plus on est souple et plus on peut facilement changer.

                                                      
Flore Vigneron

 

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