Ce que désirent les femmes... : vaste sujet ! En 2008, une enquête Ipsos a été réalisée sur le désir féminin sous l'impulsion du gynécologue Sylvain Mimoun. Interview.
Mêlant physiologique, psychologique et éducationnel, le désir féminin est une chose mystérieuse. Sylvain Mimoun, dans son livre "Ce que les femmes préfèrent", révèle avec justesse les notions troubles que sont l'orgasme, la révolution sexuelle et ses diktats érotiques, ou plus simplement la différence entre le plaisir et le désir...
- Qu’est-ce qui a inspiré la rédaction de votre ouvrage ? Vouliez-vous faire passer un message ?
Je voulais mener une enquête sur le désir féminin, jamais menée jusqu'ici. Le trouble sexuel numéro un de la femme est celui du désir. Et puis, je voulais faire passer plusieurs messages. D’abord, pour régler le problème du désir, il faut que la femme se focalise sur elle-même et non pas sur son conjoint. Et ensuite, pour les femmes privées de désir, je voulais montrer que leur meilleur allié était précisément leur plaisir. C’est en cultivant leur plaisir qu’elles retrouveront le chemin du désir. Il ne faut pas attendre d’avoir envie pour avoir du plaisir mais cultiver le plaisir pour avoir envie…
- Comment définir le désir ?
Il n’y a pas de définition précise du désir. Les psychanalystes parlent d’un manque qui nous pousse à aller vers l’autre. La difficulté est de faire la différence entre le désir et le besoin. C’est la grande difficulté dans le dialogue homme/femme : certaines femmes reprochent aux hommes d’avoir des besoins et non du désir... Une femme fonctionne quand elle sent qu’on a envie d’elle. Quand un homme dit qu’il a besoin de faire l’amour, il scie la branche sur laquelle il est…
- Est-ce que l’étude que vous avez mené avec Ipsos offre de grandes révélations ?
Sur ce point de la distinction entre le désir et le besoin, oui. J’ai appris que certaines femmes découvraient la notion de besoin. Une femme m’a dit, "je comprends enfin ce que disent les hommes quand ils disent qu’ils ont besoin et peu importe avec qui". Ce qui m’a le plus agréablement surpris, c’est de me rendre compte que les femmes, pour la première fois, voulaient du désir pour elles-mêmes. C’est un grand changement. Jusqu’à même il y a dix ans, c’était très courant qu’une femme dise "je n’ai plus de désir, c’est important pour mon couple que j’en retrouve". Le désir était vécu pour l’entité et pas pour elles-mêmes…
- A quand remonte la dernière étude menée sur le désir féminin ?
Il n’y en a eu aucune ! Beaucoup d’études sur la
sexualité ont été menées mais n’étaient pas focalisées sur le
désir féminin.
- Dans votre livre vous parlez des diktats érotiques… Quels sont-ils ?
La révolution sexuelle a débouché sur une banalisation de l’acte sexuel et par petites touches, on a demandé toujours plus, et on a abouti à certaines inhibitions. Aujourd’hui la sexualité est banale. Tout le monde fait l’amour souvent. Les médias en ont fait une norme. Les journaux sont édifiants, avec en titre : "Suis-je un bon coup ? Quelle idée de la sexualité prône t-on ?" L’idée d’une performance, classique chez l’homme a insidieusement contaminé les femmes ! Cela est regrettable… On assiste à l’avènement d’une dictature du plaisir.
Les femmes, surtout les jeunes, ont récupéré un certain nombre de valeurs typiquement masculines. L’idée de base est, par exemple, de séparer l’affectif du sexuel, ce qui est très masculin. Pourquoi pas ? Mais malheureusement elles prennent aussi le mauvais côté, c’est-à-dire les inquiétudes de l’homme par rapport à la performance. Et l’angoisse ou l’anxiété de la performance devient à force inhibitrice.
- Vous pensez que 68 a fait du mal à la sexualité en la banalisant ?
Non, pas tout à fait… La société de 68 a beaucoup aidé les femmes en premier lieu, les hommes également car on ne fait pas l’amour tout seul jusqu’à nouvel ordre… Sauf qu’il y a eu dans ce grand bouleversement des gens qui sont restés sur le carreau. Je parle notamment des personnes qui n’ont pas su ou pas pu s’adapter. Certains hommes se rangeaient même du côté des femmes au MLF. Pour autant, les femmes leur demandaient de ne pas oublier leur virilité… Les femmes ne veulent pas d’hommes machos mais des hommes virils !
- Vous parlez de législation de la sexualité (procès abusifs par exemple), pouvez-vous développer ? Quelles seraient les dérives de ce cadre ?
Notre société donne l’illusion d’une sexualité facile mais est, en fait, une société répressive sur le plan de la sexualité. C’est comme si l’on avait dit : faites ce que vous voulez mais vous allez en payer les frais.
- Je voudrais revenir sur une des phrases de votre livre que je cite ici précisément : "certes la façon dont se comportaient les hommes autrefois ne faisait pas du bien aux femmes mais force est de constater que ce que font les femmes aujourd’hui aux hommes sans toujours s’en rendre compte, ne vaut guère mieux", pouvez-vous expliquer ce que "font les femmes aux hommes" ?
Certaines femmes, quelque soit leur âge ou leur origine sociale, appuient leur critère de choix et de rencontre sur des critères sexuels. "Est-ce qu’il fait bien l’amour ? Est-ce qu’il est à la hauteur ?". J’ai rencontré des femmes qui me demandaient si c’était normal que l’homme n’ait pas d’érection lorsqu’elle se déshabillait devant lui… C’est selon moi assez agressif. L’homme n’est pas un robot. Les femmes sont à l’affût et cherchent en leur compagnon qu’il réponde à des représentations. Mais ces représentations sont parfois déformées ou créés par la société elle-même sans rapport à la réalité. Les conclusions hâtives de certaines femmes peuvent blesser les hommes… Lorsque l’on croit que les partenaires doivent réagir tous de la même façon, cela devient assez tyrannique !
- Avez-vous d’autres exemples ?
Oui, l’exemple le plus typique, c’est une femme qui, lors de préliminaires, remarque que son partenaire n’a pas d’érection, sa première réaction spontanée est de dire "il n’a pas envie de moi", ce qui est faux car désir et érection sont deux choses différentes. Deuxième réaction : "il n’aime pas les femmes", ou alors qu’il est peut-être homosexuel, sans le savoir… Arrêtons les frais ! C’est assez redoutable cette psychanalyse de "Prisunic" et cette perversion ! Un homme doit d’abord être rassuré puis stimulé, si la femme est à l’affût de son érection assorti d’un jugement de valeur, c’est assez problématique. Ce qui va pousser l’homme à venir nous demander à être performant dans tous les cas… Ce qui revient à le robotiser…
- Pouvez-vous décrire en quelques mots l’évolution de la sexualité féminine ?
On a découvert en 1975 avec le rapport Hite que les femmes avaient du plaisir plutôt par le clitoris que par la pénétration. Cela a été une vraie révolution, pour les femmes d’abord, pour les hommes ensuite et cela a rendu la pénétration un peu caduque… L’effet secondaire a été que les hommes ont été à l’affût de cette jouissance clitoridienne, ce qui fût inhibiteur pour elles.
- L’orgasme vaginal "pur" existe-t-il ? Est-ce que toutes les femmes peuvent avoir un orgasme vaginal ?
80 % des femmes sont clitoridiennes. Les physiologistes diront que les orgasmes vaginaux sont des orgasmes clitoridiens indirects.... Toutes les femmes peuvent avoir un orgasme vaginal, oui. Il faut juste lâcher prise. De toute façon, le clitoris est le starter de l’orgasme, même pour un orgasme vaginal. Mais l’essentiel est de profiter de l’orgasme et non de se poser la question de son origine.
- Pour reprendre le titre de votre livre… Qu'est-ce que les femmes préfèrent ?
Elles préfèrent et aiment être en phase avec l’autre. Dans le rapport amoureux, elles ne recherchent pas la technique mais des attentions. Elles détestent les modes d’emploi !
Léa Chauvel-Lévy
mise à jour 12/11