Tout ce qu'il faut savoir sur l'orgasme féminin

Alain Héril, sexothérapeuthe, explore ce que Freud appelait le "continent noir" qui n'est autre que l'orgasme. Il nous livre une version métaphorique de la jouissance féminine.
L'orgasme est multiple
"L’orgasme féminin est cérébral avant toute chose. C’est un mécanisme psychologique particulier à l’intérieur duquel la femme décide d’accepter son ressenti et ses montées de plaisir. La femme se "donne l’autorisation" à la jouissance. On peut comprendre les mécanismes de l’orgasme masculin. C’est, d’ailleurs, un orgasme qui se voit ! L’éjaculation en est la marque, le signal et le symptôme. Le lien avec la procréation est évident. L’émission de sperme qui porte les spermatozoïdes a une visée, normalement, reproductrice. Jouir, pour un homme, c’est, toujours, consciemment ou inconsciemment, tenter de continuer l’espèce.
Pour la femme, il en va autrement. Sa jouissance ne s’accompagne pas de manifestations physiques extérieures directement visibles (sauf pour les femmes-fontaines, mais les cas sont relativement rares). Et puis, la femme ne jouit pas qu’avec ses centres génitaux. C’est tout le corps qui semble engagé dans le processus.
L’orgasme féminin est déclenché autant par l’excitation clitoridienne, que vaginale, anale, labiale, mammaire ou mentale. Plusieurs lieux du corps sont des "gâchettes" possibles !
Cette multi-orgasmie est déroutante pour les hommes. Elle l’a toujours été. Ce "continent noir" dont parlait Freud laisse entendre qu’à un moment donné les commentateurs n’ont plus de mots, d’idées, de concepts pour dire ce que c’est.
L'orgasme est indescriptible
Lorsque j’interroge des femmes sur ce qui se passe pour elles au moment de l’orgasme, les mots manquent. C’est le regard qui parle ou le corps entier qui cherche à faire comprendre à travers des mimiques souvent suggestives comment cela est ! Et, toujours, c’est le regard qui part vers le ciel comme si l’orgasme était une manière d’interroger un monde placé en haut ou de participer à ce monde ou d’y entrer. On pourrait dire aussi que l’orgasme féminin, c’est justement ce monde-là : un ciel du dedans projeté au dehors. Ou un ciel du dehors intégré, ingéré.
On peut dire aussi que l’orgasme féminin, ou tout au moins la recherche de l’état orgasmique chez les femmes, commence après le premier orgasme. Cela est dur à accepter pour beaucoup d’hommes qui pensent avoir terminé une relation sexuelle après leur premier (et, parfois, seul) orgasme à eux. Le premier orgasme féminin est l’entrée dans la lisière, c’est ensuite que commence l’aventure.
Là où l’homme dit "cessons !" la femme dit "encore" !
Alain Héril
Le Journal du sexologue d'Alain Héril / Courrier du Livre / octobre 2003 / 20 €















