La "vendredite" est devenue un mal courant

Depuis quelques années, la "vendredite" - la maladie de la baisse de productivité le vendredi – est devenu symptomatique. Selon une enquête menée par Monster, près de deux salariés sur trois en souffrent. Mais, derrière cette constatation se cache le problème de la surcharge de travail et du stress. Et si le remède était de laisser libre le vendredi après-midi ?
"Et toi, quel est ton programme ce week-end ?" ; "Vivement ce soir !" ; "Une dernière petite pause ?"… Ces phrases récurrentes, vous les avez surement prononcées au travail le vendredi. A tel point que, dans ces moments-là, vous avez bien du mal à vous concentrer sur vos tâches et à être productif. Ce mal a un nom : "la vendredite".
Un moyen pour évacuer le stress…
Selon une enquête menée en septembre 2009 par Monster, 59 % des salariés français interrogés reconnaissent moins travailler le vendredi à l’idée du week-end. Pour 22 % d’entre eux, ce constat est hebdomadaire tandis que les autres ne souffrent de "vendredite" que de temps en temps. Les symptômes de cette "pandémie" sont nombreux : pensée unique et contagieuse sur les activités des deux jours à venir, pauses multipliées ou encore sourire récurrent inexpliqué alternant avec des soupirs répétés.
Ce mal est bien cerné par des grandes entreprises, financières notamment. Ainsi, certaines proposent à leurs salariés le "Friday wear", une façon de troquer le vendredi le traditionnel costume-cravate par le jean-baskets. Selon certains patrons, cette rupture du code vestimentaire permet d’évacuer le stress accumulé dans la semaine et d’améliorer les relations entre collègues et supérieurs.
Et un moyen pour motiver les salariés !
Mais cette "vendredite" indirectement encouragée par certains patrons cache une réalité bien calculée. En effet, "en favorisant une atmosphère plus conviviale et donc un meilleur échange entre les collaborateurs, la direction peut instaurer (…) une motivation croissante des salariés pour venir à nouveau travailler le lundi", explique Bruno Brémond, directeur général de Monster France et Europe du Sud.
Ainsi, cette souplesse de façade est un bon moyen d’augmenter la cadence de travail aux salariés les quatre premiers jours de la semaine. Heures supplémentaires, pauses déjeuners fortement réduites : certaines situations peuvent générer une surcharge de travail et, de ce fait, un stress conséquent.
Travailler moins pour travailler mieux ?
Alors, devant cette "vendredite" qui semble, finalement, arranger certains patrons, une question se pose : et si on laissait libre le vendredi après-midi ? Cette solution, qui ne semble absolument pas dans les plans du gouvernement actuel puisque ce dernier incite les salariés à travailler plus, n’est pas dénuée de sens. Car le stress, ressenti par 41 % des salariés français (*), est généré, en partie, par l’organisation du travail (**). Et les personnes se déclarant stressées par celle-ci invoquent la surcharge de travail à 36%. Avec une demi-journée supplémentaire de libre, les salariés auraient la possibilité de mieux décompresser et, surtout, de ne plus souffrir de "vendredite".
Quant au problème de la baisse de productivité qu’engendrerait une telle solution, il ne serait pas dramatique. Evidemment, les Français travaillent moins d'heures par an que le reste du monde. Selon une étude d’USB, les salariés des grandes villes françaises travaillent moins de 1.600 heures par an contre 1.902 heures aux Etats-Unis.
Mais, si on compare le PIB par habitant au nombre d'heures travaillées, la France est le pays le plus productif au monde avec un revenu de 25,10 dollars par heure travaillée et par habitant contre 24,60 dollars pour les Américains. D’où cette remarque : il vaut mieux travailler intelligemment que durement. Et sans stress !
Stéphane Pocidalo
(*) : Selon un sondage réalisé par le réseau ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) et le CSA en avril 2009.
(**) : Selon le même sondage, 40% des salariés répondent que l’organisation du travail génère du stress et 48% des salariés d’entreprises entre 150 et 999 salariés.

















