Diabète : la mal bouffe sur le banc des accusés

Depuis 1985, la prévalence du diabète a été multipliée par trois, et on estime que le nombre de diabétiques pourraient doubler d’ici 15 ans. Mauvaise alimentation, sédentarité et augmentation de l'obésité sont à l'origine de cette recrudescence.

L’hygiène de vie joue un rôle certain dans l’apparition du diabète : Le professeur Patrick Vexiau, chef de service à l’hôpital Saint-Louis à Paris, répond à nos questions sur l'impact du mode de vie sur le diabète.
- Quel est le rôle de l’hygiène de vie dans l’apparition et le développement du diabète ?
Surpoids et obésité jouent un rôle absolument prédominant dans la maladie. Actuellement on a une pandémie d'obésité dans le monde liée au fait que les gens ne bougent pas assez, ils ont une alimentation mal équilibrée et trop grasse. La pandémie de diabète suit la pandémie d’obésité et de surpoids. Récemment l’enquête Obépi a révélé qu’il y a maintenant en France plus de 45 % de la population âgé de plus de 18 ans qui est en surpoids ou obèse.
Le fait de rester mince, même en ayant une prédisposition génétique au diabète, permet de limiter le risque de développer un diabète ou au moins de retarder son apparition. Prenons l’image d’une voiture : si vous roulez à 130 km/h sur l’autoroute avec une Jaguar, vous n’aurez pas de souci avec votre moteur. Si vous roulez en 2 Cv, vous allez vite épuiser le moteur. Le diabète c’est un peu la même chose : les gens qui sont prédisposés au diabète épuiseront plus vite leur pancréas s’ils sont en surpoids.
Etre sédentaire, ne pas avoir assez d’activités physiques va aussi dans ce sens. L’activité physique augmente la sensibilité de l’organisme à l’insuline et diminue la masse grasse. L'activité physique permet de lutter contre le surpoids et de retarder l'apparition et l'évolution du diabète.
- D'autres facteurs sont-ils à prendre en compte dans le développement du diabète ?
Parmi les autres facteurs qui prédisposent et qui doivent être surveillés, on peut citer le syndrome métabolique : c’est l’association de plusieurs facteurs qui accroissent le risque de développer un diabète. On parle ici de surpoids et d’augmentation du tour de taille, donc surtout des gens qui ont une obésité abdominale.
Ils présentent aussi d’autres facteurs comme l’hypertension artérielle, les dyslipidémies avec l’hypercholestérolémie et l’hypertriglycéridémie, la diminution du bon cholestérol (dit HDL cholestérol) et une augmentation du mauvais (LDL cholestérol). On observe également un syndrome inflammatoire, qu’on peut mesurer en testant la protéine C dans le sang.
L’âge est aussi un autre facteur prépondérant pour le diabète de type 2 qu’on a longtemps appelé le diabète du sujet âgé. Sa fréquence augmente avec l’âge : 25 % des plus de 85 ans sont touchés par le diabète.
- Existe-t-il des populations qui présentent un risque plus important de développer du diabète ?
Les populations à risque de développer le diabète sont d’un point de vue génétique, ceux qui font partie de familles où le diabète est présent. Mais l’autre facteur de risque principal, c’est toujours le surpoids ou l’obésité. Et les deux facteurs peuvent être liés.
De fait on sait que le diabète est plus fréquent dans les couches socio-économiques de bas niveau de la population, et ce pour plusieurs raisons. Dans ces couches il y a plus de personnes qui sont à haut risque génétique. Par exemple on sait que dans la population du Maghreb, il y a 12 % de diabétiques, ce qui est énorme. Dans les DOM-TOM, en Guadeloupe, Martinique ou réunion, c’est là aussi 8 à 10 % de la population qui est diabétique. Cette proportion élevée est due à des facteurs génétiques et au mode de vie.
Dans les couches socioculturelles basses en France, on trouve beaucoup d’immigrés qui viennent de pays dans lesquels la prévalence du diabète est plus forte. Or dans ces milieux l’alimentation est moins bien équilibrée, on mange plus de gras. On n’arrête pas de nous répéter qu’il faut manger des fruits et légumes, mais on sait que cela coûte cher. Or ce qui coûte le moins cher ce sont les aliments de bas niveau, les aliments gras.
Alexandra Zawadzki, mis à jour le 30 décembre 2009





























