L’égalité professionnelle et les femmes en 2011

Depuis 1982 et l’instauration de la journée des femmes en France, le 8 mars est l’occasion de rappeler à quel point les disparités existent entre les sexes. Qu’en est-il au niveau de l’ égalité professionnelle ? Interview.
Elisabeth Ferro-Vallé, ingénieure à l'action régionale Afnor (Association Française de Normalisation) et auteure du livre "Egalité professionnelle entre les femmes et les hommes" nous éclaire sur la question de l’ égalité professionnelle .- La construction des droits des femmes s’est faite lentement en France. Peut-on réellement dire qu’en 2011, l’égalité homme-femme est respectée dans les textes ?
Oui, la France dispose d’un arsenal juridique conséquent. Mais, dans les faits, l’ égalité professionnelle homme-femme n’est pas du tout respectée. Il suffit de regarder les statistiques pour constater des différences notoires.
- Au sein des grandes entreprises, constate-t-on encore le fameux plafond de verre – phénomène qui entrave la carrière des femmes – et ses parois (filières moins centraux et stratégiques) ?
Bien sûr, il suffit de constater la récente loi sur l’accès des femmes dans les conseils d’administrations pour comprendre le problème. Sur les dix dernières années, il y a seulement eu une progression de 1% des femmes dans les organes de décisions des entreprises. Cette loi ne comprend que les entreprises cotées en Bourse – soit 900 structures – mais c’est déjà une avancée. Les femmes ne sont, de toute façon, pas assez présentes dans les postes de "top management".
- Quelles étaient, en 2010, les principales difficultés rencontrées par les femmes dans le marché du travail ?
Dans la crise économique que l’on traverse actuellement, les femmes sont les premières touchées. D’ailleurs, les difficultés qu’elles rencontrent sont toujours les mêmes : multiplication des contrats à temps partiel, secteurs d’activités moins porteurs en termes de rémunération et de promotion professionnelle…. Aujourd’hui, il y a trop de points bloquants pour qu’une femme puisse réaliser le parcours professionnel qu’elle souhaite dans une entreprise.
- Souffrent-elles encore de stéréotypes qui nuisent à leur intégration professionnelle ?
Oui, il y a les stéréotypes liés aux métiers, comme par exemple celui de dire que les femmes ne peuvent pas faire des métiers dits "d’homme". Il y a aussi des stéréotypes comme quoi les femmes sont moins disponibles, plus sensibles… Cela les enferme dans des comportements dont elles ne peuvent sortir, alors qu’il est possible de rencontrer des femmes managers et des hommes qui préfèrent être à temps partiel pour profiter de leurs enfants.
- Pour les femmes qui se retrouvent au chômage après 40 ans, est-ce un double handicap pour elles et si c’est le cas, peut-on parler de discrimination à l’embauche de la part des patrons ?
Je ne suis pas sûre. Le problème des femmes de 40 ans qui se retrouvent au chômage est peut être de retrouver un emploi après un long congé de maternité. Mais il y a un point où les hommes et les femmes sont pratiquement à égalité , c’est au niveau du chômage des seniors. Il est pratiquement aussi fort. En revanche, l’écart le plus criant entre les deux sexes se situe pour les personnes de moins de 25 ans. Les femmes sont beaucoup plus touchées au moment d’entrer sur le marché du travail.
- Pourquoi certaines entreprises préfèrent aujourd’hui payer les sanctions financières plutôt que d’embaucher le nombre de femmes imparti à la parité ?
Malheureusement, il n’y a pas encore de sanctions financières car la loi de 2006 qui devait normalement faire atteindre l’égalité salariale à la fin 2010 ne progresse pas beaucoup. Mais il y a de nouvelles négociations qui vont s’ouvrir prochainement pour rétablir une vraie parité .
- Pensez-vous que la féminisation dans le langage professionnel (dire, par exemple, une avocate pour un avocat) est un préalable indispensable pour l’égalité entre les sexes ?
Tout ce qui fait apparaître des noms de femmes dans la sphère public participe, dans l’imaginaire collectif, à les rendre visible de façon concrète. Comment une petite fille peut se projeter dans l’avenir si elle voit tout écrit au masculin ? Ce n’est pas anodin et cela participe à la construction des représentations stéréotypées.
- Certaines entreprises - d’automobile notamment - privilégient l’embauche des femmes. Ces dernières semblent utilisées comme des arguments de vente. N’est-ce pas une façon de les rabaisser ?
Je ne crois pas que les entreprises françaises pensent de cette façon-là. Par exemple, une entreprise comme PSA (Peugeot Société Anonyme) qui a été la première à obtenir le label égalité professionnelle , a réalisé un excellent travail de recrutement auprès des femmes. Elle a pris en compte les conditions de travail des femmes enceintes et a mis en place une organisation de travail qui a été bénéfique à tous les salariés. Elle a réalisé un travail de fond et c’est pour cela qu’elle a reçu le label égalité.
- L’Afnor attribue un label égalité professionnelle à toutes les entreprises qui s’engagent dans une politique durable envers les femmes. Quel est le processus d’une entreprise jusqu’à l’obtention du label ?
Pour obtenir ce label égalité, l’entreprise doit mettre des actions en place. Ensuite, elle doit remplir un dossier et répondre à 15 critères répartis en trois parties. La première concerne la culture de l’organisme, elle permet de déterminer une feuille de route entre les partenaires sociaux pour savoir vers où on va et de sensibiliser toutes les parties en présence. La deuxième concerne le travail des ressources humaines et du management. La troisième est l’élément de fidélisation de l’attractivité. C’est l’ensemble des actions menées par l’entreprise. Une fois le dossier rempli avec toutes les preuves, on l’évalue à plusieurs reprises en commission.
- Postuler pour obtenir un tel label est-il le meilleur moyen pour une entreprise française de prouver à tout le monde qu’elle respecte la parité entre les sexes ?
C’est surtout le meilleur moyen pour s’en assurer. On ne maîtrise pas des humains comme on maîtrise des machines mais ce label est une vraie sécurité. Aujourd’hui, 41 entreprises sont labélisées, ce qui représente 800.000 salariés. C’est pas mal en 5 ans.
- Enfin, pensez-vous qu’un jour, on ne soit plus obligé d’inventer un tel type de label pour que l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes soit respectée ?
Mais, dans l’absolu, ce label ne devrait pas exister ! Aujourd’hui, ce genre d’outil permet de faire progresser les mentalités même s’il y a encore des entreprises pour qui le mot " égalité " est une notion abstraite, voire inaudible. Il faut que le changement soit total.
Stéphane Pocidalo, mis à jour le 08 mars 2011
... Comprendre et Agir / Ed. Afnor / Nov.2009 / 181 pages / 34 €

















