Handicap au travail : les entreprises en pleine révolution

Il y a cinq ans, devant l’incroyable retard cumulé par la France sur la scolarité, l’accessibilité à la voirie et l’emploi des personnes handicapées, l’Etat a pris ses dispositions. Et s’est montré ferme vis-à-vis des entreprises. "Celles qui n’auront engagé aucune action en faveur de l’emploi des personnes handicapées entre 2006 et le 1er janvier 2010 verront leur pénalité passer à 1.500 fois le Smic horaire par bénéficiaire manquant."
L’objectif est clair : les entreprises ont l’obligation de devoir compter sur 6% de salariés handicapés parmi leur personnel. Pour y parvenir, elles ont trois options : embaucher directement (CDD, CDI, temps partiel ou complet), verser une contribution financière à l’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées), ou recourir à de la sous-traitance au secteur adapté et protégé (financement de prestations telles que l’artisanat, le conditionnement…). C’est un fait : à quelques mois de l’exécution des menaces financières, les entreprises ont fait des efforts notables pour intégrer ses salariés handicapés dans leurs équipes.
Les entreprises s’aménagent
Désormais, lorsqu’une entreprise veut recruter une personne handicapée, le processus s’est simplifié. Très souvent, elle passe par un cabinet de recrutement qui s’occupe de les mettre en relation avec des travailleurs handicapés. Grâce à ce relais, elle peut trouver la personne la plus compétente pour le poste recherché. Une fois le candidat sélectionné, le médecin du travail effectue un bilan médicale afin de pointer les besoins du futur salarié, et préconise également les éventuels aménagements à mettre en place.
A ce niveau-là, les entreprises ont compris le message. Pour les personnes à mobilité réduite, la construction de rampes, l’installation d’ascenseurs ou de toilettes adaptées sont des aménagements devenus courants. Concernant les salariés ne pouvant conduire, des voitures avec chauffeur ou des véhicules aménagés leur permettent de trouver une bonne alternative. Ces services étant financés par les entreprises via des organismes privés spécialisés dans l’insertion professionnelle.
Mieux encore : des personnes sourdes ou malentendantes peuvent dorénavant postuler à des postes liés à la vente, aux télécommunications… En effet, par le biais d’un service de visio-interprétation, le salarié peut comprendre et se faire comprendre grâce à une traduction instantanée. Bref, les avancées sont réelles même si les aménagements sont parfois lourds d’un point de vue financier.
Une plus grande solidarité
L’objectif des 6% fixés par la loi concernant la proportion de travailleurs handicapés est loin d’être atteint. Pour l’instant, seuls 2,7% des salariés français sont handicapés. Mais plusieurs indicateurs permettent de rester optimistes. Entre 2006 et 2007, les entreprises assujetties à la loi handicap ont employé 12% de travailleurs en plus et les initiatives des grands groupes se multiplient. Chez Sodexo, 200 recrutements sont prévus d’ici à 2011 ; du côté d’EDF, 60 salariés sont embauchés chaque année alors que l’ingénierie Ortec va rapidement engager 40 personnes.
D’autre part, les grandes firmes (Société Générale, La Française des Jeux, Nexter…) tentent d’unir leurs forces pour pallier leurs difficultés à recruter. Ainsi, ils ont rejoint l’association "Hangagés", née en 2006, afin de répondre aux entreprises qui font face à des problèmes au quotidien. "Comment recruter des personnes en situation de handicap ?", "comment leur faire connaître mon entreprise ?" ou encore "comment sensibiliser mes collaborateurs à l'intégration d'une personne en situation de handicap ?" sont des questions qui ne restent plus sans réponses.
Des idées reçues à bannir
Malgré cette vraie prise de conscience de la part des entreprises, le défi de l’emploi des travailleurs handicapés n’est pas encore relevé, loin s’en faut. Aujourd’hui encore, le taux de chômage chez les personnes handicapées est largement supérieur à la moyenne nationale : près de 20% ! Le problème vient de la source, c'est-à-dire du système éducatif qui reste inadapté. Près de 80% des handicapées ont le niveau CAP-BEP, et seulement 4% suivent des études supérieures. Ce qui créé, indéniablement, une pénurie de cadres.
Par ailleurs, les réticences des recruteurs à engager un handicapé restent palpables. Le cliché dominant reste, sans conteste, le suivant : un handicapé est en fauteuil roulant. Or, en France, huit infirmités sur dix sont invisibles et seulement 2% se déplacent en fauteuil. D’autres idées reçues continuent également de circuler : les salariés handicapés travaillent moins vite que les autres salariés, ils sont plus souvent absents, ils manquent de dynamisme…
Pour bannir ces stéréotypes, il faut prendre en compte l’étude de l’Agefiph. Selon celle-ci, près de 90% des employeurs sont satisfaits du travail et des compétences de leurs salariés handicapés. Preuve en est que le handicap est, au final, plus un atout qu’un obstacle pour les entreprises…
Stéphane Pocidalo
















