Cécile, 42 ans, mère de deux ados, a divorcé il y a maintenant plus de 10 ans. Son histoire ressemble a beaucoup d'autres, et en même temps elle est unique. Elle a bien voulu revenir sur cet épisode douloureux et nous raconter comment, alors que tout semblait idyllique, sa vie a pris une tournure qu'elle n'avait pas prévu...
" Mariage en grande pompe, les familles enthousiastes, les amis aussi, le premier enfant un an après, le deuxième trois ans plus tard, un garçon et une fille bien sûr, une vie aisée, le confort, l'amusement, le partage, les vacances au bout du monde, bref, c'était la belle vie ! Jusqu'au jour, ou plutôt jusqu'au matin, où subitement, je me suis réveillée avec l'idée que tout ça, c'était trop parfait et trop douillet. Je devais sûrement manquer quelque chose. Je vivais une belle histoire qui me faisait passer à côté d'une autre facette de l'existence...
J'avais tout juste trente ans et tout allait bien, ça n'était donc plus possible. Je n'ai plus eu alors en tête qu'une seule idée, celle de découvrir une autre vie, un autre mode familial, et au bout du compte un autre mari. Je ne supportais plus cette sensation que si je ne mettais pas fin maintenant à cette situation, alors ce seraient mes quarante ans, puis mes cinquante ans, puis mes soixante ans qui seraient toujours ainsi, parfaits, tranquilles, heureux, sans surprises.
" Je lui ai reproché de fuir "
Obsédée par cette idée qu'il fallait se frotter à un autre genre de vie pour ne pas mourir idiote, j'ai donc commencé à patiemment chercher des poux dans la tête de mon mari... J'ai démarré candidement un soir au moment d'aller se coucher en lui demandant s'il n'en avait pas marre de la routine. J'ai prolongé la discussion jusqu'à une heure du matin, sachant que bien sûr il travaillait le lendemain, tandis que moi j'allais juste assurer des cours particuliers de français l'après midi. Contrarié, le lendemain il a effectivement eu une journée difficile dans sa boîte, où sa fonction de responsable marketing n'était pas une sinécure. Deux jours après, j'ai recommencé en lui demandant s'il pensait que l'on était réellement un couple en profonde communication. La troisième fois, je ne sais plus sur quoi j'ai attaqué la discussion, mais toujours est-il que je n'ai plus cessé de vouloir décortiquer, analyser, démonter et disséquer notre relation.
Il a tenu plus de six mois sans se fâcher ! Le septième mois, il a décrété que ces discussions devenaient un venin dans notre couple, que les échanges et la sincérité étaient une bonne chose mais qu'à trop vouloir tout creuser on allait détruire l'essentiel. Et là, qu'est-ce que j'ai fait ? Je lui ai reproché de fuir, de se contenter de faux-semblants et d'adopter une façade !
" Les conversations ont été remplacées par des disputes "
Les trois mois suivants ont été sur ce mode : le reproche. Là, je commençais à sérieusement avoir les ennuis que j'avais cherchés. Prise à mon piège, je suis rentrée dans une douloureuse phase de doute, où j'ai remis en question tout ce que j'avais vécu avec mon mari. Face à son éloignement, car il ne supportait plus mon harcèlement verbal, j'ai petit à petit été convaincue par moi-même qu'il m'évitait et qu'il me cachait quelque chose. Je l'ai suspecté de me dissimuler une part de sa vie et de me considérer juste comme sa dame de compagnie pour la maison. Évidemment, en réalité, il se protégeait, las de mes assauts qui consistaient à vouloir abîmer ce qui était réussi entre nous.
De mal en pis, les conversations ont été remplacées par des disputes. Les repas pris à des heures différentes, la nuit chacun de son côté, la journée de travail de plus en plus longue, les enfants à qui l'on demande de faire moins de bruit alors qu'ils ne bougent pas... Le quotidien est bel et bien devenu contraire à tout ce que l'on avait connu. Six mois plus tard, mon mari n'en pouvait plus. "On devrait divorcer...." La phrase est tombée un dimanche soir après un weekend désastreux, lorsque les enfants étaient couchés.
" J’ai divorcé et je n’arrive pas à y croire "
La vie commune n'avait plus de sens. Mon mari était décidé à refuser de se laisser gâcher la vie. Il avait beaucoup souffert de mon changement sans pouvoir comprendre d'où il venait, et il avait tout simplement fini par se faire consoler par une autre femme, qui, elle, était décidée à connaître une vie tranquille, douillette et heureuse autant que possible. Un an après, le divorce était conclu. J'avais obtenu ce que je voulais, je connaissais une autre facette de la vie ! Tout cet acharnement à détruire ce que nous avions construit venait sans doute d'une insatisfaction personnelle que j'ai retournée contre mon mari. Je n'ai pas su comprendre cela ni l'empêcher et j'ai attaqué celui qui m'avait rendue heureuse. Caprice, immaturité... j'ai ensuite eu le loisir de m'adresser mes propres reproches, mais c'était trop tard.
J'aurais sûrement mieux fait de changer moi-même plutôt que de changer ma vie. Mon mari est toujours heureux mais désormais avec une autre femme, et quant à moi je vis avec un homme auquel je tiens mais avec lequel je ne risque pas de me lasser du bonheur, car ce que nous vivons est un partage du quotidien et un soutien mutuel empli d'affection, mais sans aucune commune mesure avec ce que fut le bonheur de mon mariage... Après ce sabotage minutieux, le seul gros lot de consolation est l'espoir que mes deux enfants désormais grands ados aient tiré la leçon : on ne défait le bonheur, même s'il comporte toujours quelques zones d'ombre, sous le prétexte de vouloir connaître autre chose, car le reste est toujours forcément en-dessous ! ".
Propos recueillis par Cassandre Bournat 15/11/11