Pollution de l’air : quel impact pour notre santé ?
Il est évident que l’air pur est bon pour la santé. A l’inverse, il est difficile d’évaluer l’impact de la pollution sur la santé, que ce soit à court ou long terme.
Karine Léger, ingénieur a l’AIRPARIF, réseau de surveillance de la qualité de l’air en Ile de France, nous éclaire sur cette question cruciale.
- L’OMS estime qu’une exposition de longue durée à certaines particules présentes dans l’air réduit en moyenne de 8,6 mois la vie de chaque européen. Il serait donc prouvé que la pollution présente un risque sanitaire. Vous confirmez ?
Oui, je confirme. Ce qu’on appelle "les particules" entraînent près de 300 000 décès prématurés par an. Le problème est la mesure de l’impact de ces particules car elles sont innombrables, extrêmement variées. En fait, on mesure leur dangerosité en fonction de leur taille et les plus petites sont les plus néfastes car elles entrent plus facilement dans l’organisme humain par voie respiratoire.
Les différentes particules ?
On ne sait donc pas très bien comment agir contre car il y a de multiples sources : il n’y pas que le diesel mais aussi les industries, le chauffage, des transferts de particules à travers l’Europe et la réaction chimique de gaz entre eux qui forment les particules.
Compte tenu de leur complexité : multitude de leurs sources et donc des mesures de réduction à mettre en œuvre, effets sur la santé, les particules focalisent bon nombre de débats, comme ceux de la dernière directive européenne.
La pollution en France
- Quelles sont les deux ou trois sources de pollution les plus dangereuses aujourd’hui en France ?
Il y a d’abord tous les transports qui, à eux seuls, rassemble 50% des quantités d’oxyde d’azote émises. Puis, dans certaines régions à composante industrielle forte, le rejet de dioxyde de souffre reste important. Mis à part ces deux sources majeures, il ne faut pas oublier l’habitat, les commerces et les entreprises, notamment à travers le chauffage.
- Les indices de la qualité de l’air sont-ils vraiment fiables ?
Il y a en France tout un débat sur les indices de qualité de l’air. Les indices « ATMO » ont été élaborés il y a 10 ans et leur objectif était de présenter et de quantifier la pollution atmosphérique avec aussi le souci de sensibiliser les gens. Aujourd’hui, lorsqu’on fait le bilan, la sensibilisation a très bien fonctionnée mais il est impératif d’actualiser les pratiques et de les faire évoluer.
Les facteurs de pollution
- Qu’est-ce qui est le plus dangereux : la pollution de l’air, des sols, les transferts de déchets ou produits chimiques ?
Malheureusement, les 3 sont liés car certains polluants passent très facilement du sol à l’air et inversement. L’eau est également un vecteur qui facilite la circulation et la propagation des polluants. C’est cela qui rend si difficile la surveillance de l’air…. Puis il y a aussi la météo et la chimie atmosphérique qui compliquent encore les choses.
- La pollution exerce-t-elle un impact immédiat ou à long terme sur la santé ? Peut-elle aggraver certaines pathologies ou favoriser leur apparition ?
Oui. Elle a d’abord des effets à long terme comme le benzène qui est cancérigène mais il y a aussi des effets immédiats sur les personnes sensibles, notamment en cas d’épisode de pollution : pour ceux qui sont déjà atteintes d’asthme par exemple, les enfants et les personnes âgées.
A moyen terme, la pollution que l’on respire tous les jours déclenche ou aggrave des pathologies essentiellement respiratoires et cardiovasculaires.
Les personnes les plus exposées
- Certaines personnes sont-elles plus sujettes que d’autres ?
Oui, les gens ayant des problèmes cardiovasculaires ou respiratoires mais aussi les enfants dont l’appareil respiratoire est encore en formation (jusqu’à 8 ans). Les personnes âgées sont aussi très vulnérables face aux effets de la pollution atmosphérique.
- A la montagne, l’air est-il totalement préservé comme beaucoup le croient ?
Oui et non. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas "une" pollution mais "des" pollutions. En fait, à la montagne et à la campagne, il y a plus d’ozone qu’ailleurs. L’ozone est un gaz irritant qui attaque les yeux et les poumons.
Cette ozone se concentre donc dans ces lieux en été principalement mais en contrepartie, on y trouve beaucoup moins d’oxyde d’azote et de benzène qu’en ville. Alors au final, l’un dans l’autre, l’air est quand même beaucoup plus saint en montagne qu’en ville.
La chaleur et la pollution
- Comment distinguer, par exemple, les effets de la chaleur de ceux de la pollution ?
C’est assez difficile mais l’INVS (Institut de veille sanitaire) a insisté sur cette séparation lorsqu’elle a rendu son rapport sur l’évaluation de l’impact de la canicule de 2003. Dans ce rapport, ils expliquent que les modes d’action ainsi que les pathologies liées d’une part à la chaleur et d’autre part à la pollution, ne sont pas les mêmes. C’est démontré.
- Mauvaise odeur ou odeur forte ne veut pas forcément dire air pollué… A l’inverse un air fortement pollué et donc nocif, n’est pas forcément perceptible grâce à l’odorat ?
Oui, des molécules de très mauvaises odeurs ne sont absolument pas néfastes pour la santé, en revanche, il y a des intoxications au monoxyde de carbone avec les gazinières, et des pesticides sont présents dans les produits d’entretien ou de jardinage…et tout ça ne sent rien.
Les risques pour notre santé
- Et quelles sont les solutions à mettre en œuvre pour minimiser les risques pour notre santé ? Comment responsabiliser les acteurs ?
Il n’y a pas une solution miracle, ni un seul fautif. La sensibilisation doit absolument être globale. Il s’agit de faire avancer la population, les professionnels, les élus et les médias dans le même sens. Je voudrais dire aussi qu’on parle énormément du réchauffement climatique et de ses méfaits depuis un certain temps. Il y a énormément de communications axées autour des méfaits du CO2 et souvent, les gens font l’amalgame entre pollution et réchauffement climatique et c’est une erreur.
Je rappelle que le CO2 a un effet à l’échelle planétaire sur le changement climatique mais il n’y a pas d’effet direct sur la santé, contrairement à des polluants comme les particules, l’ozone, le benzène et le dioxyde d’azote qui agissent également au niveau local. Ces deux enjeux doivent être pris en compte simultanément puisque des mesures visant à réduire l’un peuvent avoir des effets antagonistes sur l’autre.
Notre mode de vie
- Comment l’action publique peut-elle agir devant un problème si intimement lié à notre mode de vie (la voiture) et à nos économies contemporaines ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, des choses sont faites. La France s’est transposée aux normes européennes pour les véhicules et il y a aujourd’hui moins de polluants. La pollution a clairement baissée mais le problème c’est qu’en même temps, le trafic continue d’augmenter et les industries ne sont pas très clientes pour changer.
Un autre exemple d’avancée : le niveau de dioxyde de souffre s’est vu divisé par 20 en 50 ans, suite à des mesures strictes prises sur les problèmes d’émission… Donc, nos économies contemporaines, malgré ce qu’elles peuvent y perdre, agissent parfois dans le bon sens mais il ne faut pas oublier aussi d’initier des mesures sur les incinérations de déchets, sur le chauffage, les transports en commun etc.
La directive de l'air
- En avril dernier, la Commission Européenne se félicitait qu’ait été adoptée la directive "qualité de l’air". En quoi consiste-t-elle ?
On revient là au problème des "particules" qui est très complexe. L’objectif de cette directive a été de regrouper en un seul texte, les centaines de textes existants sur les différents polluants. La nouveauté est que jusqu’à présent, n’étaient réglementées que les particules d’une certaine taille et maintenant, on s’intéresse aussi à ce qu’on appelle les "particules fines" (de la taille d’un globule rouge) et ça c’est une avancée car ce sont elles les plus dangereuses.
Autour de cette directive, il y a conflit entre les pays qui sont censés l’appliquer et qui demandent plus de temps, moins de restrictions, puis de l’autre côté il y a les médecins et professionnels de santé qui voudraient que les normes soient encore plus strictes…. Donc on trouve des accords, des directives sont adoptées mais on remarque quand même que les médecins sont de plus en plus inquiets pour la santé publique.
La France, une bonne élève ?
- La France est-elle une bonne élève en matière de maîtrise de la pollution et donc dans la prévention de la santé de ses citoyens ? Y a-t-il un équivalent d’Airparif dans des villes comme Londres, Tokyo, Bangkok, Mexico ?
Paris et la France en général est impliquée dans les travaux européens. AIRPARIF est une structure associative qui existe exclusivement en France dont la particularité est de rassembler au sein de son conseil d’administration tous ceux qui sont concernés par la pollution : à la fois les émetteurs de polluants (entreprises, industries…), ceux qui les subissent (associations de protection de l’environnement et des consommateurs) et enfin les gestionnaires (les collectivités de l’Etat).
Ailleurs, dans les autres pays, des structures surveillant la qualité de l’air dépendent soit du ministère de l’environnement ou des municipalités. Il s’agit vraiment là d’une exception française qui permet d’apporter une information claire et transparente au public. D’ailleurs, tout ce qui est produit par l’association et mis à disposition du public sur son site internet. Le budget des associations n’est toutefois pas très élevé.
- Que font les autres pays ?
D’abord il faut dire qu’il n’existe malheureusement pas de solution miracle. La seule manière d’avancer, c’est d’instaurer des mesures simultanées sur l’industrie, le trafic routier, le trafic aérien, le chauffage, et sur le mode de vie de chacun…
Certains pays sont plus inventifs ou plus motivés que d’autres. On a l’exemple de Berlin qui, pour lutter contre les particules, a décidé que son centre ville était désormais une "zone de basse émission" donc tous les véhicules polluants y sont interdits.



