Dolto mythe de l'enfant roi : autonomie de l'enfant selon Dolto
Pour plusieurs générations de parents, les méthodes d'éducation prônées par Françoise Dolto ont été des règles sacrées pour éduquer les enfants.
Et pourtant, ces théories font aujourd'hui l'objet de nombreuses controverses. A-t-elle encouragé le sacre des enfants rois, dont le narcissisme ferait des ravages dans les familles et la société d’aujourd’hui ?
Dans son livre, "Génération Dolto", paru chez Odile Jacob, Didier Pleux s’en prend au mythe Dolto, dont les préceptes novateurs en leur temps auraient aujourd’hui trouvé leurs limites. Explications avec l'auteur.
Le message de Françoise Dolto : obsolète ?
- Déjà en 2004, vous souteniez que si les jeunes étaient démotivés à l’école, c’était parce que leurs parents avaient trop lu Dolto. Un point de vue très mal perçu dans la profession. Et aujourd’hui ?
Les choses n’ont pas tellement changées. On continue de me prendre pour un "réac", il y a vraiment confusion. Les gens ne comprennent pas que je suis convaincu qu’il faut garder certaines choses dans le message de Françoise Dolto, c’est juste un certain nombre de ses enseignements qui ne conviennent plus du tout à l’éducation en 2008 !
- Dolto s’est appuyée sur des situations observées chez des enfants nés entre 1950 et 60. C’est ce décalage qui rend selon vous ses préceptes obsolètes ?
Absolument. A l’époque, l’enfant avait des problèmes d’inhibition. Au quotidien, il n’entendait que le credo "travail, famille, patrie"… Aujourd’hui, le problème de l’enfant est qu’il est guidé par les principes de plaisir, de consommation, de liberté. Son problème n’est plus du tout d’apprendre comment parler, comment exprimer ses propres émotions (comme à l’époque), il faut qu’il soit cadré car il a développé une forte intolérance aux frustrations.
Lorsque j’étais moi-même petit, la parole et l’audace de Dolto ont révolutionné les mentalités et c’était une très bonne chose. Aujourd’hui dire à un enfant : "fais ce que tu veux, quand tu veux"…Ça ne peut pas fonctionner.
- D’après vous, avec son "mode d’emploi éducatif permissif", Dolto a donc participé à créer toute une génération "d’enfants rois" ?
A l’époque, il fallait être permissif car il y avait de l’autoritarisme, c’était approprié. Aujourd’hui, son discours est dévoyé. En 2008, ça n’est pas possible ! Dire à un enfant : "manges ce que tu veux, tu peux sentir ce qui est bon pour toi"… avec la multiplicité de produits qu’un enfant peut trouver dans la maison, ça ne va pas. Lui dire : "va te coucher et surtout il faut dormir..." alors que tous les enfants ont aujourd’hui une télé et des consoles de jeux vidéos dans leur chambre, ça ne va pas non plus. J’essaye de montrer que Françoise Dolto a été formidable pour développer le côté "expression de soi" de l’enfant mais pour ce qui est de l’éducation en 2008, ça ne correspond plus !
- Vous dîtes que Dolto a suscité une éducation "hors réalité". Vous allez jusqu’à affirmer qu’elle était contre l’éducation ?
Pour moi, des conseils qui ne donnent aux enfants que des droits et aux parents que des devoirs, correspond à une éducation "hors réalité". Dolto disait elle-même que tout ce qui était "éducateur" était castrateur. Mais encore une fois, ça correspondait aux besoins de l’époque. Il fallait que les choses changent brutalement mais aujourd’hui, on est plus du tout dans le même schéma. Intelligente et lucide sur l’interprétation que certains parents pourraient donner de ses propos, Dolto mettait même en garde ceux qui mettent l’enfant sur un piédestal. Le problème c’est qu’elle avait du mal avec "la réalité éducative".
- Si pour Dolto le seul véritable interdit est celui du désir incestueux, vous pensez que les interdits doivent être multiples et pas seulement symboliques ?
Bien sûr que les interdits doivent être nombreux et surtout formulés, expliqués. Pour moi, l’interdit, ça n’est pas la fessé ou la sanction sur le moment mais plutôt une explication en amont. On doit faire comprendre aux enfants que certaines choses ne se font pas, que certaines choses sont dangereuses pour eux. On ne peut pas se permettre de rester dans le "symbolique", il faut bien que l’enfant comprenne les interdits et les limites par un moyen et ce moyen c’est la communication entre les parents et l’enfant.
Dolto ou l'autonomie de l'enfant
- Un autre reproche : trop autonomiser l’enfant. Pour vous, Dolto considère-t-elle trop facilement que l’enfant "comprendra" ?
Françoise Dolto disait que "si l’enfant est respectueux et autonome, il se socialisera"… mais malheureusement aujourd’hui, ce type de philosophie aboutit à toute une génération "d’enfants rois". Dolto ne l’a pas voulu, encore une fois, mais le processus est là. Pour moi, l’enfant est certes un être humain dans son "ressenti" mais il n’est pas une personne autonome capable de gérer la réalité. S’il expérimente tout, tout seul, ça devient très dangereux. Il a besoin qu’on lui dise : "je suis adulte et je sais certaines choses. C’est pourquoi tu dois ou tu ne dois pas faire telle ou telle chose. Même si tu ne comprends pas. C’est comme ça. Plus tard tu comprendras…".
- Quel type d’autonomie laisseriez-vous aux jeunes enfants ?
L’apprentissage de "ce que l’on est", est très important. C’est pourquoi je conseille aux parents de bien écouter ce que j’appelle "les demandes existentielles" ou "les demandes singulières" de l’enfant. Il faut que les parents s’y intéressent pour trouver ce qui "signe" la personnalité de leur enfant. Ils doivent aussi déceler ses centres d’intérêts, ses attentes pour parvenir à l’aider dans sa quête de soi. L’idéal est que les parents accompagnent l’enfant dans une direction qui "lui" ressemble. Il doit se découvrir et s’affirmer en tant qu’individu unique (donc être autonome) mais les parents ont un rôle d’aide à jouer.
- Vous souhaitez que l’on arrête de faire de l’autorité une source de doutes et de culpabilité pour tout simplement la considérer comme quelque chose de normal ?
Oui, l’autorité est "normale". Tout simplement parce que la frustration construit un enfant. Il ne s’agit pas de le sanctionner mais de lui mettre des limites puis aussi de lui parler des "autres". Dolto ne parle jamais des autres, du monde extérieur. Elle se focalise sur l’enfant et par ce biais, ce dernier se focalise sur lui-même, inévitablement. A la différence de Dolto, je pense qu’éduquer, c’est un métier ! Aujourd’hui, on est dans un principe de plaisir outrancier et il faut absolument faire le nécessaire pour "remettre le curseur au milieu" entre amour et frustration.
Laurence Nyer

Génération Dolto de Didier Pleux / Odile Jacob / Octobre 2008 / 298 pages / 22,90 €


