La question

Mai 68

13 mai 1968. C'est le début des grèves (SNCF en tête).J'habite le 91. Je travaille sur les marchés avec mes beaux-parents. J'attrape froid. Le médecin consulté diagnostique une rhino-pharingite. Deux jours plus tard, malgré les médicaments, j'ai plus de 40° de fièvre, et suis quasiment paralysée. Paniqué, le médecin m'adresse à l'Hôpital Claude Bernard à Paris car il craint une infection généralisée. En fait, on me diagnostique une angine qui a dégénéré et provoqué un rhumatisme articulaire aïgu. Me voici hospitalisée. J'ai la télé dans ma chambre. Et que vois-je sur l'écran : la guerre civile à Paris. Les pavés volent, les CRS chargent, les bombes lacrymogènes explosent, tout le monde court dans tous les sens. Moi, je suis immobile dans mon lit de souffrance, et j'avoue ne pas bien comprendre ce qui se passe. Lorsque des membres de ma famille viennent me rendre visite, c'est avec un visage catastrophé et on me parle des "événements" avec parcimonie pour ne pas m'inquiéter. Je sors au bout de dix jours. Surprise, l'hôpital ne m'établit pas de facture car le personnel est lui aussi en grève. Cela m'arrange bien car je n'ai aucune couverture sociale à l'époque. De retour chez moi, je m'informe enfin sur cette "révolution" que je n'ai vue que par écran interposé. Je rattrape mon retard en lisant tout ce qui me tombe sous la main. Mon éternel regret sera d'être passée physiquement à côté de ce bouleversement majeur de la société française à cause d'une mauvaise angine. Je me suis rattrapée ensuite en participant aux grands mouvements des femmes. Je suis tout de même une baby-boomer qui, même si elle a raté sa révolution, a pris le train des réformes en marche. Et j'en suis fière. J'ai d'ailleurs travaillé dans divers journaux féminins d'avant-garde. Et suis toujours prête à en découdre. Mamie Michèle (61 ans)
 


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