Michèle Bernier : "Et pas une ride !"

A l'occasion de la sortie du DVD de son dernier spectacle "Et pas une ride", Michèle Bernier a répondu à nos questions sur les femmes et le temps qui passe... Et avec Michèle, pas question de s’apitoyer, il est plutôt question de se marrer !
Présentez-nous votre spectacle « Et pas une ride » ?
"Et pas une ride", c’est un peu une claque au temps qui passe ! Comme dirait l’autre, mieux vaut avoir à en rire qu’à en pleurer ! Comme à 50 ans, a priori on ne va pas vers le positif, on s’est dit qu'il fallait faire un spectacle qui soit plutôt pour déconner et arrêter de se prendre la tête avec le fait de vieillir, parce que de toute façon on ne peut pas y faire grand-chose.
"On ne voudrait pas avoir l'air d'une vieille morille"
On est dans une société où les produits cosmétiques qui se vendent le plus sont les crèmes antirides, c’est quand même angoissant… Vieillir est devenu une obsession. On sait que l'on va vivre de plus en plus longtemps, donc on ne voudrait pas avoir l’air d’une vieille morille quand on aura 122 ans. Et on fait le bilan d’une vie de 50 années : où on en est, est-qu’on est fière de ce que l'on a fait, comment vont être les 50 prochaines années ? Qu’est-ce qu’on a apporté, comment faire pour que les 50 prochaines soient aussi bien et ou que l’on rectifie le tir ? Et puis, il y a évidemment des bouleversements...
Quand on a eu des enfants, ils quittent le nid, c’est une nouvelle vie ! Parfois la perte des parents s'installe comme un orphelinat tardif. On se dit, dans quelques années, est-ce que je serai toujours en forme, est-ce que je serai quelqu’un de bien ? Est-ce que je serai indigne, est-ce que je serai folle ? On aurait envie d’être en bonne santé et de s’amuser jusqu’au bout.
L’humour, ça part souvent de choses tristes, alors le spectacle part d’un constat, pour les femmes surtout, d’un truc physiologique : la ménopause. Cette espèce de moment où l'on sait qu’on ne sera plus mère, qu’on ne pourra plus l’être : on sait qu’on passe un autre cap. Tout ça, ce sont des bouleversements à la fois psychologiques et physiologiques.

Comment vous est venue cette idée du thème du « temps qui passe » ?
Je crois que le départ de ma fille de la maison a été un vrai moment bizarre pour moi. C'était comme un retour dans le temps, où l'on se rappelle le moment où soi-même on est parti, où on se dit " tiens, j’avais pas vu tout ça comme ça" ! Heureusement d’ailleurs… Et puis ce chiffre fatidique des 50 où ça y est, on vous envoie vers la décennie qui suit ! C’est vraiment des conversations, des questions qui nous interpellent : est-ce qu’on fête ses 50 ans ou pas, qu’est-ce que ça représente, faut-il se réjouir ? Voilà comment est venue l'idée...
Le spectacle est assez autobiographique. Avez-vous pensé à la réaction de vos proches ? Qu’en ont-ils pensé ?
" Je ne règle aucun compte, à part peut-être avec moi-même !"
Oui il y a des choses autobiographiques... J’ai fait très attention à ne blesser personne, d’ailleurs je n’ai aucune raison de blesser quiconque ! Je ne pense pas avoir de problème particulier avec qui que ce soit ! Il y a une partie où je parle de mes enfants, mais c’est toujours pour être drôle et ils sont dans le même état d’esprit. Sinon je parle de personne en particulier, à part de mes parents qui sont au cimetière, et je ne permettrais jamais de dire du mal d’eux. Je ne règle aucun compte à part peut-être avec moi-même ! Mais avec personne d’autre je vous rassure...
Vous pensez que le regard des autres et de votre public a changé depuis ces fameux 50 ans ?
"On se suit parce qu'on se ressemble"
Je crois que ce qui fonctionne dans le spectacle pour ceux qui me suivent depuis le théâtre de Bouvard (et qui ont à peu près mon âge), c'est qu'il y a quelque chose qui se passe d’assez complice parce que je reste qui je suis et que je n’essaye pas de me mentir. Peut-être que cette relation là s’est faite comme ça : on se suit parce qu’on ressemble, il y a quelque chose de cet ordre là...
"Je ressemble certainement à beaucoup de femmes, peut-être plus que d'autres !"
« Le démon de midi » (ndlr : le précédent spectacle), c’était le moment de la quarantaine chez une femme, quand on se fait plaquer, qu’on ne comprend pas ce qui nous arrive. On s’est rendu compte que c’était un sujet universel. J’avais l’impression qu’on en avait parlé 50 000 fois, mais le fait de l’incarner moi avait encore une autre signification parce que je ressemble certainement à beaucoup de femmes, peut-être plus que d’autres on va dire !
Aujourd’hui, à vouloir vous protéger, on arrête pas de vous dire qu’il faut faire une mammographie, des coloscopies, qu’il ne faut pas fumer et pas boire pour vivre le plus longtemps possible. En même temps qu’est-ce qu’on va faire de tout ces gens qui auront 120 ans ? On ne sait pas. Je me moque de ça mais à travers moi. Avec Marie-Pascale Osterrieth (metteur en scène et coauteur), on essaye de ne pas être dans le « donneur de leçons », nous ne sommes pas supérieures, il nous arrive juste les mêmes trucs.Et le plus beau compliment que l’on puisse nous faire, c’est lorsque les gens nous disent « j’ai l’impression que vous racontez ma vie », « vous êtes venus dans ma cuisine écrire l’histoire ? », « vous me connaissez ou quoi ? ».
Ça vous fait peur de vieillir ?
Mais grave ! Je suis angoissée comme tout. Je voudrais surtout rester en bonne santé. Mais bien sûr ça fait peur !
Un conseil pour bien passer ce cap ?
Il faut trouver du plaisir quelque part. Il ne faut pas se laisser entraîner dans le "à partir de tel âge on s’interdit des choses". Il faut être généreux, s’intéresser aux autres, ouvrir les portes et ne pas se refermer, se dire je vais emmerder les autres, je ne vais pas faire ça... Ça, c’est mal vieillir et les gens n’ont plus envie de vous voir finalement !
Vous vous voyez comment dans 10 ans ?
Pareille ! Dans 10 ans je serai la même et je n’aurai pas pris une ride ! Non, j’espère que je serai toujours en train de faire une interview avec vous...
Nous aussi Michèle, on espère que l'on sera encore en train de faire une interview avec vous !
Michèle Bernier revient avec son spectacle "Et pas une ride" du 24 au 29 janvier 2012 à l'Olympia et le DVD est dans les bacs !

Propos recueillis par Cassandre Bournat, 29/11/11















