Les conseils pour restaurer sa maison
Les vieilles pierres ont un charme bien particulier mais ont aussi un prix. La restauration d’une vieille bâtisse peut coûter très cher...
Yves Baret, auteur de "Restaurer sa maison", guide d’intervention sur le bâti ancien, donne les bons réflexes à adopter.
Pour rénover intelligemment sa maison
- Aujourd’hui, il y a une grande volonté de la part des gens d’acheter des maisons en ruine pour les retaper. Cette demande a-t-elle participé au boom de l’immobilier que l’on connaît aujourd’hui ?
D’abord, je préfère aux termes "rénover" et "retaper" celui de "restaurer". Il y a là un gros problème d’attitude, on fait de la cavalerie, de l’imposture lorsqu’on rénove ou retape car on ignore totalement la "réalité" du bâtiment. Trop souvent, les gens ont des projets immobiliers qui ne tiennent pas compte du patrimoine et qui n’ont donc aucune cohérence. Cette déferlante participe évidemment au boom de l’immobilier et à son enchérissement. Les entreprises reçoivent de plus en plus de demandes et augmentent sans arrêt leurs prix. Ils font payer cher des interventions qui ne devraient pas l’être.
- Granges, étables, pigeonniers… Comment faire de ces lieux de nouveaux lieux de vie, respectant le rural et le terroir ?
Ces lieux, c’est un vrai cadeau pour un architecte car ce sont des terrains d’ouverture formidables qui s’éloignent des modèles que l’on connaît. On peut en faire des "loft à l’ancienne" ou des cabanes très travaillées et pleins d’autres choses… Certains de mes collègues travaillent exclusivement sur la question : comment habiter et aménager les combles ?
- Comment trouver un maître d'œuvre compétent ? Est-il nécessaire de travailler avec un "local" qui connait les matériaux et constructions typiques de l’endroit ?
Justement, il faut faire attention à ce que j’appellerai le "régionalisme" qui véhicule des images stéréotypées d’une rénovation. Aujourd’hui, chaque région semble se construire un modèle type de restauration avec la "touche" ou l’objet à ne pas oublier… je trouve ça un peu folklorique. Ce qui est important, c’est "le diagnostic patrimonial" de la maison. La personne qui a acheté doit pouvoir se renseigner sur la valeur patrimoniale de son bien. Il doit savoir ce qui la caractérise techniquement pour connaître sa "vraie réalité". Cette phase préalable est donc essentielle, après ça, le propriétaire prendra ses décisions, mais en connaissance de cause.
Conseils environnementaux pour la restauration
- Que faut-il examiner en priorité ?
La première précaution est de regarder comment la maison est "posée" sur son terrain par rapport aux vents, au soleil, aux arbres environnants. Ensuite, on s’approche et on observe la structure extérieure de la maison : les pierres sont-elles en bon état, en manque-t-il, y a-t-il ou non de l’enduis, les fissures éventuelles. Puis on passe à la toiture : est-elle plate ou déjà gondolée, manque-t-il des tuiles, des ardoises, les gouttières sont-elles arrachées, y a-t-il des problèmes d’étanchéité au niveau du toit. On passe ensuite à l’intérieur de la maison : en 1er lieu, tenez compte de la sensation olfactive : cela sent-il les champignons, la pourriture, l’humidité. Vérifiez ensuite l’état des planchers, des murs, des moisissures, toujours sans rien toucher ! Il faut aussi observer la manière dont la lumière circule et pour ça tout ouvrir. Il faut aussi prêter attention à l’électricité, à la plomberie. Pour finir on fait ce qu’on appelle des sondages du sol, du mur, du plancher, pour connaître l’état sanitaire de la maison.
- En matière de protection de l’environnement, y a-t-il des choses simples à recommander ?
Ce qui est très intéressant, c’est que les techniques traditionnelles d’architectures pratiquées dans ces lieux sont elles-mêmes favorables à la protection de l’environnement : d’abord les matériaux sont prélevés et extraits du site lui-même donc on a la matière première sur place. Ensuite, ces maisons ne peuvent pas être plus saines car elles ont été conçues pour "respirer" par elles-mêmes car elles ont leur propre régulation. On n’y a pas utilisé de solvant, de peintures chimiques, on y utilise quasiment que des matériaux naturels. On se rend d’ailleurs compte aujourd’hui qu’il y a une grande cohérence entre les maisons HQE (Haute Qualité Environnementale) à la mode et ces vieilles bâtisses. En somme, les techniques traditionnelles que nous essayons de perpétuer sont finalement une source de références, un vivier de solutions pour construire aujourd’hui dans le respect de l’environnement.






