S'occuper seule de ses enfants au quotidien n'est pas toujours chose facile pour un parent. Pourtant, les femmes dans ce cas là sont de plus en plus nombreuses, à l'instar de Jocelyne, 38 ans, mère de deux filles de 11 et 13 ans. Elle nous livre son histoire, simplement et sincèrement.
"La clé, c'est savoir ne pas perdre de temps"
Deux filles de onze et treize ans, un mari qui vit avec une autre femme, le travail et le reste... Je suis dans cette situation depuis deux ans et il a fallu très vite s'y adapter, gérer l'organisation et rester à peu près zen. La clé, c'est savoir ne pas perdre de temps. Quand la pause arrive, il faut impérativement se prélasser et respecter le moment du répit, sinon tout en sera bousculé. Si je suis en déséquilibre, très vite la conséquence se fait ressentir. Par exemple, si je reviens trop tard du travail, Zoé et Carla n'auront peut-être pas fait leurs devoirs, le dîner en sera retardé et le coucher aussi, le réveil sera plus dur, etc etc ! Je veille donc tout simplement à maintenir des horaires et cela permet de vivre au mieux les difficultés d'être mère seule au foyer.
Étant bibliothécaire, côté travail, je peux généralement être ponctuelle. Mes deux enfants étant au collège, elles ont acquis une bonne indépendance au quotidien mais c'est désormais la surveillance scolaire qui exige beaucoup d'attention. En attendant mon retour, elles sont à la maison ou chez des camarades. Je connais tous leurs amis ainsi que la plupart des parents. Cela me permet d'avoir confiance si elles vont chez l'un ou chez l'autre, et pour ça, le téléphone portable est très utile. Je leur téléphone toujours quand elles sont censées quitter l'école, pour savoir ce qu'elles font.
"Je veille toujours à dialoguer au moment où il le faut"
Le soir, l'une met la table, l'autre la débarrasse. Les petites tâches domestiques sont réparties et là aussi, il faut s'en tenir à ce qui a été décidé, parce que seule je ne pourrais pas tout faire... Je leur ai très clairement expliqué la situation et j'ai fait preuve de fermeté tout en acceptant toujours le dialogue. Il est important que chacun mène sa vie en protégeant évidemment l'essentiel, c'est à dire le bien-être des enfants.
La mésentente avec mon mari ne permettait pas de poursuivre la vie commune et j'ai la chance qu'il soit fiable concernant la garde de nos filles (les weekends et une partie des vacances). Il n'a pas modifié nos règles d'éducation, mais étant en concubinage, il a dû recréer une sorte de nouvelle famille. Sa compagne n'a pas d'enfants, elle est apparemment plutôt dérangée par la situation et cela est l'aspect le plus pénible de ma vie de mère célibataire. Je ne parviens pas facilement à profiter de mon temps libre quand je m'inquiète concernant mes filles. Heureusement, leur père semble vouloir harmoniser au mieux les choses et Zoé et Carla me racontent souvent le déroulé du weekend à leur retour. Cela permet d'apaiser les tensions s'il y en a eu. Je veille toujours à dialoguer au moment où il le faut, sans laisser s'installer un problème.
"On apprend à multiplier les rôles"
Je pense qu'il est nécessaire de faire passer en priorité la confiance et la sécurité affective. Cela permet à chacun de prendre du recul quand il y a de l'orage dans l'air. Car
il m'arrive d'avoir le blues, de me sentir seule, tout comme il arrive que mes filles soient opposantes ou difficiles. Dans la mesure où ces moments sont acceptés comme étant les hauts et les bas qui ne remettent pas en question la base de l'amour, tout cela devient surmontable.
Au final, la mère célibataire devient une femme très souple ! Elle apprend à passer de l'autorité au câlin en un clin d’œil, elle finit par savoir boucler un dossier au travail en téléphonant à la mère d'une copine, elle organise une séance cinéma en étant dans son bain et se relaxe en regardant ses filles jouer ! La vie a plus de facettes et on apprend à multiplier les rôles autour de ce qui est la seule chose qui compte, le bonheur d'être ensemble.
Propos recueillis par Cassandre Bournat, le 17/02/2012