Prête pour le club échangiste ?

Rencontre avec Marc Dannam, auteur de collection aux éditions La Musardine, pour un tour d’horizon, histoire de démêler le vrai du faux.
- Qu’est-ce qu’un club échangiste ?
Ce sont les terrains de jeux de personnes à la recherche de partenaires sexuels pour une consommation immédiate. Discothèques ou saunas, ils proposent – en plus des pistes de danses ou des hammams – des espaces séparés pour faire l’amour. Ces coins confortables, équipés de matelas et d’accessoires destinés aux ébats des clients.
- Quels équipements trouve-t-on dans une boîte échangiste ?
Les matelas sont revêtus de matière imperméable. On trouve aussi des grands lits à baldaquins pouvant accueillir plusieurs personnes. Des darkrooms, des cages et des croix de Saint-André pour des pratiques SM. Les glory holes sont des salles équipées de trous pour que les hommes y glissent leur sexe en érection tandis qu’un(e) occupant(e) lui fait une fellation. Dans certains endroits, il y a des petites salles de cinéma où sont projetés des films pornographiques, des barres d’exhibition sur les pistes de danse pour que des filles dansent en s’inspirant de la gestuelle de strip-teaseuses, des salles équipées de miroirs partout ou de miroirs sans tain pour que les spectateurs puissent en observer le contenu, et parfois des douches, souvent collectives et mixtes.
- Comment faut-il s’habiller pour rentrer à coup sûr ?
Certaines soirées à thème imposent parfois un code vestimentaire précis. Il n’est pas rare alors de se faire refouler à l’entrée du club pour non-conformité avec l’ambiance du moment : noir, latex et cuir pour les soirées fétichistes ou SM, soirée romaine ou soirée piercing ! Beaucoup d’établissement refusent l’entrée aux femmes, le port du pantalon, même fendu de partout et destiné à être rapidement ôté.
- Comment se déroule une soirée dans ce genre d’établissement ?
De la manière la plus banale qui soit dans un premier temps. Les clients dansent, boivent, bavardent. Lorsque des couples ou des individus décident qu’il est temps de passer à des rencontres plus sensuelles, ils se dirigent vers les espaces prévus pour faire l’amour. Des spectateurs peuvent les entourer et même être appelés à participer aux ébats. Mais on peut aussi leur demander de s’éloigner et de "ne pas toucher". Tout le monde obéit, au nom d’un code de bonne conduite. Certains clubs proposent même des pièces qui ferment à clé.
- Quels sont les principaux commandements de ce code de bonne conduite ?
La seule règle de bonne conduite à suivre est de respecter le désir de l’autre, de ne jamais prendre d’initiative vis-à-vis de l’objet de son désir sans autorisation de l’intéressé(e) ou de son conjoint ! Ces principes n’ont aucun mal à s’appliquer dans les boîtes ne recevant que des couples ou restant très sélectives avec les "hommes seuls".
- Qui rencontre-t-on dans les clubs échangistes ?
Des gens de tous les milieux – avec une prédominance des classes moyennes, en tout cas à Paris – de tous les âges (majeurs évidemment), mais avec souvent une majorité de quadragénaires, seuls ou en couples. Certaines boîtes attirent une clientèle plus jeune, comme le sauna, le Moon City ou l’Overside.
- Une femme est-elle obligée de particper ?
Jamais ! Ce serait du viol. Il faut compter sur la vigilance des patrons de boîtes, très surveillés par la police qui guette la présence éventuelle de prostituées, pour éviter tout débordement. Dans les clubs échangistes, une femme qui danse à demi nue parmi la foule, court moins de risque que lorsqu’elle déambule habillée dans un discothèque traditionnelle…
- Où faudrait-il aller pour une première fois ?
L’atmosphère d’un club échangiste pur et dur au-delà de minuit peut surprendre les plus déluré(e)s... Pour découvrir les choses progressivement, je conseille de choisir un grand club, pour se fondre dans la masse, pour pouvoir observer, se décider à son rythme, voire ne pas se décider du tout… Une soirée réservée aux seuls couples, pour éviter la pression traumatisante pour des débutant(e)s des voyeurs agglutinés à la porte du salon où on "se lance" ; une belle boîte enfin, pour que la soirée, quoi qu’il advienne par la suite, reste un bon souvenir. L’idéal serait d’aller à Dammarie-les-Lys pour découvrir l’Acanthus. À Paris, Le Nautilus et Les Chandelles pour la déco, L’Overside pour l’entrain populaire et la présence de nombreux débutants, Le 2 plus 2, le Dream Studio... Ce ne sont pas les solutions qui manquent.
- Quelles sont les nouveautés dans les clubs ?
Mis à part des tentatives originales, comme celle du Moon City qui intègre l’esthétique des temples hindous à nos fantasmes, ou de sérieux progrès constatés ici ou là dans la qualité de la déco, l’ambiance est souvent encore très eighties. Personne n’a encore tenté d’imaginer un concept et un lieu libertin original, contemporain et moderne, qui pourrait s’inspirer de notre nouvelle référence en la matière, le Short Bus, la boîte échangiste hétéro-gay-trav-SM où se déroule une grande partie de l’action du film de John Cameron Mitchell sorti en 2005.
Maggy Galichet
Marc Dannam / éditions La Musardine / mai 2009 / 9,90 €
D'Hélène Barbe / Eds La Musardine / mars 2004 / 7 €














