Tantra, tentera pas ? A vous de choisir...
Vous souhaitez (re)trouver une harmonie entre votre corps et votre esprit ? Tentez le Tantra, une tradition spirituelle à la mode qui reste assez mystérieuse.
Alain Héril, psychothérapeute et sexothérapeute, auteur du "Dictionnaire des fantasmes érotiques" et du très apprécié "Aimer", paru aux Editions Flammarion vient de publier "Continents féminins". Il répond à nos questions pour comprendre le Tantra, la sexualité sacrée et certains sujets encore tabous.
- Alain Héril, pourquoi parle-t-on à la fois de Tantra et de tantrisme ? Existe-t-il une différence entre les deux ?
Il n’y a pas de différence fondamentale entre le Tantra et le tantrisme. Le terme tantrisme est surtout utilisé en Occident. La tradition veut que l’on parle plutôt de Tantra.
- Qu’est ce que le Tantra ? Quelle est sa vertu ? Depuis quand et où est-il apparu ?
Le Tantra est une tradition spirituelle que les historiens situent loin dans le temps. Le texte le plus ancien remonte au VIème siècle avant Jésus-Christ. Il s’est développé en Inde, puis en Chine et au Tibet. Le Tantra est une forme de yoga qui associe la méditation, la danse et des rituels sensuels et sexuels afin d’atteindre un état de béatitude appelé "la porte du ciel" ou "la claire lumière". On peut rapprocher cet état de la notion de Nirvana propre au bouddhisme. La grande vertu du Tantra est de réconcilier le corps et l’esprit dans une démarche spirituelle.
- Comment est-il pratiqué en Occident ? Depuis quand ? Est-il "démocratisé" ?
Le Tantra a d’abord été réservé en Occident à des initiés. Il fait partie de ces traditions qui ne peuvent être transmises qu’à des personnes prêtes à les recevoir. Depuis environ une trentaine d’années, il est présent de façon naturelle dans beaucoup de propositions de stages dits de "développement personnel". Les interrogations occidentales sur la sexualité, issues des années soixante et l’intérêt pour le corps ont démocratisé l’usage du Tantra. Mais on trouve plus de pratiques tantriques adaptées aux occidentaux que de pratique tantrique traditionnelle. Sous le nom Tantra, beaucoup de choses se font qui ne sont en fait que des approches fades et adaptées du Tantra des origines.
- Les stages et différents modes d’apprentissage du Tantra sont-ils efficaces ? En quoi consistent-ils ?
On trouve de tout sous l’appellation "Tantra". Il est toujours utile d’être prudent et de savoir si on a affaire à de véritables professionnels. Lorsque les animatrices et animateurs sont compétents, les stages de Tantra apportent toujours un plus tant au niveau de son rapport à la sensorialité que du rapport à soi, à l’autre et à l’univers de la sexualité.
- Existe-il des dérives sectaires ?
- Quelle est la différence entre un sexologue et un sexothérapeute ?
Par convention tacite, le terme sexologue est plutôt réservé aux médecins. Celui de sexothérapeute est utilisé par des psychothérapeutes qui se sont spécialisés dans l’étude de la sexualité et de ses dysfonctionnements. La sexothérapie étudie la problématique sexuelle en fonction de l’histoire personnelle du patient en tentant de donner un sens aux symptômes.
- Que sait-on aujourd’hui sur l’orgasme féminin ? Quelle science étudie le plaisir féminin ?
On sait décrire les mécanismes bio-neuro-physiologiques d’un orgasme que celui-ci soit féminin ou masculin. La question n’est pas dans la description mais plutôt dans la compréhension de son "utilité", de sa fonction. Cette compréhension n’est pas simple car la sexualité humaine s’inscrit dans un vaste champ d’études qui regroupe aussi bien la psychologie que l’anthropologie, la psychanalyse ou la médecine et la philosophie. Ce qui est sûr, c’est que l’homme et la femme ont des fonctionnements radicalement différents et que, contrairement aux idées admises il y a encore un siècle et demi, la femme est un être beaucoup plus sexuelle que l’homme. Le seul organe uniquement dédié au plaisir est le clitoris et, jusqu’à preuve du contraire, il est typiquement féminin et la femme est fondamentalement multi-orgasmique ! Il reste encore des sujets tabous en matière de sexualité, notamment la masturbation féminine malgré l’essor des sex toys et certains "mystères" restent entiers. Je pense par exemple aux femmes fontaines notamment.
- Peut-on dire qu’un couple qui rencontre des troubles de la sexualité est un couple qui va mal ?
Non, on ne peut pas le dire de façon absolue ! Tout dépend de ce que représente la sexualité pour ce couple. L’absence de sexualité peut être momentanée et certains couples sont très heureux dans un rapport fraternel ou dans un surinvestissement de la parentalité qui leur fait mettre la sexualité au second plan de leurs préoccupations.

Les continents féminins d'Alain Héril / Editions Jean-Claude Gawsewitch / nov 2008 / 19, 90 €
















