L’obésité, une épidémie mais pas une fatalité

En 1997, l' obésité humaine a officiellement été reconnue comme une maladie par l'Organisation Mondiale de la Santé. Elle définit alors "le surpoids et l' obésité comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé".
Depuis, elle ne cesse de gagner du terrain en France : on comptait 8,5 % d'obèses à l'époque, contre 14,5 % aujourd'hui ! Un phénomène inquiétant mais réversible, selon le professeur Serge Hercberg, directeur
de recherche en nutrition à l'Inserm et président du comité de pilotage
permanent du "Programme National Nutrition Santé" (PNNS).- Qu’est ce qui définit l’obésité ?
Nous utilisons le rapport du poids sur la taille qui est multipliée par elle-même. Nous obtenons ainsi l'indice de masse corporelle (IMC) qui permet de classer les individus en différentes catégories : maigreur (IMC inférieur à 18,5), corpulence normale (IMC entre 18,5 et 24,9), surpoids (IMC entre 25 à 29,9) ou obèse (IMC supérieur à 30).
- Peut-on parler "d'épidémie d'obésité" ?
A la différence d’une maladie infectieuse l’ obésité n’est pas contagieuse, elle ne s’attrape pas. Mais l’augmentation de sa prévalence est tout à fait considérable, et se développe à un rythme tel qu’en effet le concept d’épidémie est tout à fait adapté.
- Comment expliquer cette épidémie d’obésité ?
Il est très difficile de connaitre les causes réelles de l’ obésité . C’est un ensemble de circonstances qui ne sont pas simplement du domaine du médical mais aussi de la société. Nous savons que le surpoids ou l’ obésité apparaissent quand il y a une inadéquation entre ce que nous mangeons, les apports en termes de calories, et nos dépenses énergétiques.
La sédentarité de nos sociétés ainsi que de nouvelles habitudes alimentaires déséquilibrées expliquent en partie cette épidémie. Le grignotage, est un phénomène qui augmente le risque, tout comme une alimentation caractérisée par des aliments moins bruts, plus préparés, et aussi plus riches en calories.
- Certaines personnes présentent-elles plus de risques de devenir obèse ?
Il existe des phénomènes génétiques, et vraisemblablement l’expression de l’ obésité n’est pas la même d’un individu à un autre ou d’un enfant à un autre. Mais ce n’est pas un facteur sur lequel il est possible d’agir, à contrario du facteur nutritionnel.
Certaines caractéristiques socio-économiques sont également très liées au surpoids et à l’ obésité . Les problèmes de poids sont deux fois plus fréquents dans les populations plus défavorisés. C’est un marqueur social.
- Connait-on les gènes responsables de l’obésité ?
Non. Nous savons qu’il y a un certain nombre de gènes qui semblent être associés, mais nous n’avons pas la capacité de dépister chez un enfant sa probabilité de devenir obèse plus tard. De toute façon cela présente peu d’intérêt, car quelle que soit sa prédisposition il faut absolument avoir une hygiène de vie, un mode alimentaire sain.
Ce qui n’empêche pas de se faire plaisir, car garder le côté convivial de l’alimentation est important. En fin de compte certaines personnes peuvent ne pas être porteuses d'une prédisposition génétique d’obésité, mais devenir obèse malgré tout en raison de leur comportement alimentaire.
- Cette prévalence de l’obésité dans les milieux sociaux populaires est-elle dut au fait que bien manger coûte cher ?
Il y a sans aucun doute des raisons de type économique. Les aliments qui n’apportent pas trop de calories et fournissent des nutriments et vitamines intéressants sont souvent plus cher. L’accessibilité des populations défavorisées sur le plan socio-économique à des aliments de bonne qualité nutritionnelle, explique en partie le fait que l’obésité soit plus fréquente dans ces populations.
- Hommes et femmes sont-ils égaux devant l’obésité ?
Il peut y avoir une légère prévalence chez les femmes, dans le surpoids et dans l’ obésité , mais les différences entre hommes et femmes sont relativement faibles. Globalement toute la population est concernée.
Nous observons tout de même aujourd’hui des phénomènes encourageant chez les enfants, avec depuis quelques années une tendance à la stabilisation. Cela peut s’expliquer par les actions de santé publique mis en place en France.
- Est-il réellement possible d’inverser le déséquilibre nutritionnel qui touche les pays industrialisés à l’heure actuelle, et freiner cette épidémie d’obésité ?
C’est possible si nous disposons de réelles bases scientifiques et de vraies connaissances sur les habitudes alimentaires de la population. Des données utiles pour la mise en œuvre de politiques aussi bien au niveau de l’offre alimentaire proposée par les industriels, de l’offre de restauration dans les lieux publics, mais aussi pour adapter les villes à l’activité physique ou pour former et informer.
Pour cela nous avons besoin de recherche et d’études. Nous savons que lorsque sont mises en œuvre des politiques de santé publique, l’efficacité est au rendez-vous. Nous avons besoin de ces recherches en amont, mais nous avons la certitude que nous ne sommes pas encore dans une fatalité. C’est particulièrement vrai en France où nous ne sommes pas au niveau des pays anglo-saxons. Nous pouvons espérer améliorer grandement la situation dans le futur.
Alexandra Zawadzki, mis à jour le 20 mars 2010

















