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Grand-mère en 2010 : complice et authentique

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Parce que l’espérance de vie s’est allongée; à 50 ans, on ne ressemble plus à des vieillards. Et fêter les grands-mères peut paraître désuet, tant leur image s’est modifiée au cours des dernières années : plus jeunes, plus dynamiques et autonomes. 

Les grands-mères prennent une place très différente qu’auparavant, tout en étant les garantes des valeurs familiales. Qui sont ces nouvelles grands-mères ? Quelle est leur place dans la famille ? Quel rôle jouent-elles dans l’éducation de leurs petits-enfants ? Explications.


Des grand-mères encore plus jeunes


Jeunes, dynamiques, disponibles, les grands-mères issues du "mamie boom" révolutionnent l’univers de la grand-parentalité. Pour beaucoup de Français, elles tiennent une place cruciale dans la famille. Encore actives professionnellement, elles partagent plus d’activités avec leurs petits-enfants, les gardent plus souvent et sont plus à même d’écouter leurs confidences.

Mais l’autonomie de ces dernières n’est pas le seul fait majeur de cette évolution. Les grand-mères sont avant tout un pilier de la famille contemporaine. Ainsi les femmes de plus de 50 ans, la " génération pivot ", apportent un soutien inestimable à leurs enfants et leurs petits-enfants. Un rôle par ailleurs renforcé dans les cas de ruptures. Enfin, si la relation est suivie depuis l’enfance, elles sont un soutien matériel et psychologique pour les adolescents.

Néanmoins, être une bonne grand-mère n’est pas forcément être dévouée corps et âme à sa famille. Bon nombre d’entre elles ne culpabilisent pas de vivre leur vie et ne veulent en aucun cas la sacrifier au nom de la grand-parentalité : elles portent des jeans, prennent des verres avec des amis, travaillent, voyagent à l’étranger… pas étonnant que la "mamie sitter" ne soit plus ce que l’on pensait. " Il n'y a aucun souci, je la fais manger, je la douche, je la promène, je l'amène au café avec mes copines. J'aime bien l'amener à droite et à gauche ", explique Rose Marie Thieblot, 72 ans, grand-mère d’une petite fille. Elle se définit cependant comme une grand-mère gâteau : "je lui achète des cadeaux, des jouets. D'ailleurs mon fils m'a dit : "faut arrêter, elle en a trop!"". Une émancipation largement soutenue par près de 83 % des Français… de quoi les déculpabiliser !


Nouvelle place, nouveau statut



L’investissement et l’émancipation des grands-mères, en dépit de l’affirmation des normes d’indépendance entre générations, contribuent largement à la relation parents / enfants. Pour une femme, confier son enfant à sa mère est une action à double signification : cela rend service à la mère mais représente aussi un cadeau, un don qui est fait à la grand-mère. "Quand je suis triste, je m’en vais chez ma fille et la tristesse disparaît. Le week-end passe sans que je me rende compte. Je joue avec eux, je me jette par terre et on joue aux cartes ou aux playmobil et pour moi c’est le bonheur", explique Nuñez Milagre, 59 ans. C’est aussi ce qui explique les rivalités classiques entre les lignées maternelles et paternelles pour recevoir les petits-enfants en vacances.

Bien sûr ces comportements se renouvellent avec les générations et les baby-boomeuses devenues mamie-boomeuses, ont supprimé les barrières entre les générations. C’est le cas de Monique Grémond, 58 ans qui envisage d’avoir une relation forte avec sa petite-fille : " il y a des fois où j’ai l’impression que c’est ma fille. C’est comme si c’était l’image de ma petite à moi qui revient. Ça c’est amusant ". D’ailleurs elle a toujours été proche de sa fille : "C’était une osmose fantastique", dit-elle. Cependant, l’univers de la grand-parentalité n’est pas qu’un monde rose et sans nuage…. Certains témoignages sont poignants comme celui d’Elsa, une jeune grand-mère rejetée par sa fille à la naissance de son premier petit-enfant : "au moment de l’accouchement c’était la douche froide. Je peux dire que j’étais très malheureuse, très très malheureuse. Le matin quand j’ai appelé pour demander si je pouvais venir les voir, mon gendre a répondu : "Non, non, non. "Ma fille ne voulait pas me voir (…) J’étais devenue dans l’espace d’une journée une ennemie." En effet, nombreux sont les grands-parents qui souffrent de cette séparation.

Le fait que la grand-mère se retrouve au cœur de la famille contemporaine a son revers : elle est aussi au centre des conflits et des souffrances. Bien que cette notion ne soit pas nouvelle, le "mamie boom" offre malgré tout un visage plus souriant. Ces nouvelles sexagénaires épanouies, éclatantes et affichant avec naturel dix ou quinze ans de moins que leur âge sont aussi les premières générations de femmes libérées qui ont su maîtriser la maternité, conquis des droits et le marché du travail. Mères et maintenant grands-mères, elles ne font rien comme leurs aînées. Autonomes, elles aident leurs parents et leurs enfants, prennent le pouvoir et certaines n’hésitent plus à refaire leur vie. Elles recommencent une nouvelle vie à la maturité.


Le rôle de la grand-mère dans l’éducation des petits-enfants



L’éducation des enfants revient aux parents. Les grands-parents ne se désintéressent pas du sujet, mais considèrent que leur rôle est différent. Ils ne veulent plus jouer le rôle d’autorité qu’ils avaient en tant que parents et vont privilégier une complicité avec leurs petits-enfants, ce qui sera aussi une façon efficace de leur transmettre des savoirs et de les soutenir.

Il existe cependant une complémentarité entre les rôles sauf si les grands-parents en ont la responsabilité complète, ce qui est rare aujourd’hui. On estime quand même à 300.000 le nombre d’enfants élevés par leurs grands-parents en France.

Lorsque l’on parle du rôle des grands-parents, il ne s’agit pas d’éducation au sens strict, les parents en ont la charge. Et si des divergences de point de vue interviennent entre parents / grands-parents et enfants / parents, c’est qu’ils n’ont pas conscience de la complémentarité de leurs rôles respectifs. Cette dernière se révélera très utile à l’adolescence du petit-enfant, quand ses relations avec ses parents pourront devenir difficiles. La grand-mère peut-être alors en position de jouer un rôle de médiateur entre parents et enfants ou encore de "tiers séparateur" et amortir les éventuels conflits parents / enfants. Tel est le cas de Thérèse, 79 ans, une grand-mère de choc. Sportive et jeune d’esprit, elle joue la carte de la complicité : "Je parle de tout avec eux, j’anticipe leurs questions, notamment sur l’éducation sexuelle, en leur disant que des livres sont à leur disposition ".

Les grands-parents inscrivent les petits-enfants dans une suite de génération. Ils leur donnent des racines en quelque sorte. Littéralement " passeurs de vie " les grands-parents ne sont pas là pour éduquer mais pour éveiller l’enfant, y compris grâce à ces "savoirs invisibles" que sont un exemple, un récit, une conscience de soi et du temps que seules les personnes âgées peuvent transmettre aux plus jeunes. Ainsi Rose-Marie Thieblot, ne se sent pas responsable de l’éducation de sa petite-fille : "Je suis là pour en profiter, pas pour la gronder tout le temps. "Néanmoins elle tient à lui transmettre des valeurs morales quand elle sera plus grande : "J’aimerais qu’elle soit polie. Je n’aime pas les enfants mal polis."

En effet, si l’éducation de l’enfant passe par des devoirs scolaires et de règles de conduite, il est certain que d’autres savoirs, plus informels mais tout aussi importants, entrent en jeu dans le développement de sa personnalité. Il s’agit par exemple du savoir-vivre avec les autres, de la conscience de son propre comportement, du bien et du mal, bref, de la construction par l’enfant de sa propre personnalité à travers un dialogue avec les adultes : ses parents, ses professeurs, mais aussi, et au premier rang, ses grands-parents et naturellement sa grand-mère.

En revanche, si seuls 23,7 % des grands-mères ayant plus de 70 ans déclarent être volontaires pour s’investir dans l’éducation de leurs petits-enfants, celles-ci n’hésitent pas non plus à fixer des limites. " Ils me bouffent ", proteste Annick, grand-mère à 61 ans de quatre petits-enfants. Quant à Elsa, 70 ans, grand-mère d’un petit-enfant, elle apprécie ses moments de liberté : "On ne peut plus partir : c’est trop dur de trouver une bonne nounou ?" Elle ajoute, "Si on a besoin de moi, je suis là. Si on n’a pas besoin de moi, je suis contente ! Je peux aller faire autre chose." C'est-à-dire que même si la grand-mère cuisinière, voire gâteau est de retour, c’est avant tout pour le plaisir.


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