Le parfum, une histoire d'odeurs
Dans son livre "le parfum", Patrick Süskind écrit que "L'intention des parfums est de produire un effet enivrant et séduisant". Aujourd’hui, le parfum est un accessoire de mode et de beauté. Il est souvent considéré par les femmes comme une émanation de leur personnalité, leur petit truc en plus. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, et le parfum à longtemps eu un rôle sacré ou médicinal.
Le mot parfum est dérivé de "Par" et "fumus" qui signifie à travers la fumée. A l’origine, les premiers parfums étaient obtenus en brûlant des matières végétales de type écorce, racines ou résines. Le parfum, ou plutôt la notion de parfum à l’état pur est donc très ancienne. Au fil des époques, le parfum est peu à peu domestiqué par l’homme, jusqu’à être crée à partir de produits de synthèses, pour notre plus grand plaisir.
Un parfum de sacré
Des vases en albâtre, découverts en 4000 av JC, confirment l’utilisation très ancienne des parfums. En Egypte, les parfums étaient consacrés presque exclusivement au domaine sacré. Onguent, baume, pommade, encens, eau et huile parfumées étaient utilisées pour le culte des divinités et pour honorer les morts. Néanmoins, les parfums étaient aussi utilisées à des visées thérapeutiques et déjà dans des but de séduction, tant par les hommes que par les femmes. Cléopâtre était notamment une grande utilisatrice de bains parfumés, ou d’onguents pour le corps.
Les techniques de production sont alors rudimentaires : les ingrédients sont broyés, bouillis puis imprégnés de matière grasse. A l’époque on utilise surtout des racines, écorces ou résines, ou des matières d’origine animale, comme le musc. Le parfum le plus utilisé est l’encens.
En Grèce, outre les aspects religieux, les parfums sont utilisés à des fins médicinales (vertus aphrodisiaques, antiseptiques, ou digestives) et pour des purifications rituelles. Les grecs renouvellent la fabrication du parfum en ajoutant des huiles de fleurs. Ils inventent l’enfleurage : Le principe consiste à laisser macérer dans de la graisse ou de l’huile des fleurs, qui sont continuellement renouvelées, et ce pendant plusieurs semaines. Cette technique qui permet l’extraction du parfum floral sera utilisée jusqu’au début du 20ème siècle.
Etaient fort appréciées les fragrances comme l'encens, la myrrhe, la cannelle, la muscade, le nard, le safran. Iris, anis, sauge, marjolaine, lis et rose parfumaient les huiles. Les senteurs d'origine animale, ambre gris, musc et civette font alors leur apparition.
Corinthe passe pour être la première ville à avoir commercialisé les flacons de parfum, en terre cuite. Mais c’est sous l’empire romain qu’apparaissent les flacons en verre que nous connaissons aujourd’hui. Rome était grande consommatrice de parfums, et était même surnommée la capitale du parfum.
Le parfum au service de l’hygiène
Au moyen âge, sous l’influence judéo-chrétienne, les parfums sont peu utilisés, hormis lors des rites liturgiques.
Le parfum revient sur le devant de la scène après les croisades, sous l’influence des échanges avec les peuples arabes, tant pour les matières premières que pour les techniques de fabrication.
La découverte du nouveau monde amène de nouvelles senteurs, tel que la vanille, la café ou le poivre. Tandis que l’alambic, inventé par le peuple arabe, donne un nouveau souffle au parfum.
Mais c’est réellement à la renaissance que le parfum connait son âge d’or. Les techniques se modernisent : l’alambic est perfectionné et on utilise désormais la distillation à froid, et la découverte de l’alcool éthylique permet de remplacer les matières grasses comme support du parfum. Le premier alcoolat célèbre est l’Eau de la Reine de Hongrie (XIVe siècle), préparation à base de romarin, rose, fleur d’oranger, et d’essence de térébenthine.
Les règles d’hygiène sont à cette époque en déliquescence, et le parfum permet de couvrir les odeurs nauséabondes et de purifier l’air. Il devient très à la mode dans les cours d’Europe et bien sûr de France. Grasse, berceau du jasmin et des senteurs les plus prisées, acquière sa notoriété et devient la capitale du parfum.
Outre les corps, les objets sont abondamment parfumés : éventails, coussins, chapelets ou gants. Au début de de la parfumerie, le parfum était d’ailleurs commercialisé par la corporation des gantiers, détentrice du monopole. Les pomanders, pendentifs munis de perforations, et remplis de produits parfumés, sont très en vogue.
Le parfum comme accessoire de beauté
Au XIXème siècle, avec les progrès industriels et la fabrication en série, l’industrie du parfum explose en même temps que les grands magasins. Les premiers produits de synthèse font leur apparition, et le vaporisateur révolutionne les flacons de parfum. Le parfumeur Aimé Guerlain fabrique en 1828 le premier parfum à produits de synthèse. On accorde alors de plus en plus d’importance à l’emballage et au flacon. Le commerce des parfums s’organise et s’élargit de manière exponentielle.
Mais surtout, les règles d’hygiène sont bien meilleures, et les parfums gagnent leurs lettres de coquetterie et de sensualité. Au XXème siècle, les parfums deviennent de véritables icones de mode, symboles de la féminité par excellence. Le premier est le N°5 de Chanel, en 1925. On se souvient que Marylin avouait ne porter qu’une goutte de ce parfum pour dormir. La légende était née.
Outre la fragrance, le parfum devient presque un objet d'art en soi, avec l'intervention des cristalleries qui façonnent de merveilleux flacons, à l'image de Lalique. Bouteille et jus participent de manière égale à la réussite d'un parfum.
Aujourd’hui, le commerce du parfum est une véritable industrie qui génère beaucoup d’argent. Ils sont notamment très présents dans l’univers de la mode. Chaque année, plusieurs centaines de parfums sont crées, mais peu arrivent à durer. Les parfums les plus vendus sont issus de maison de couture. Dans le top 5 On peut citer bien sur le fameux N°5 de la maison Chanel, mais aussi "Angel" de Mugler, "J’adore" de Dior ou "Flower" de Kenzo. Quand à "Joy", de Jean Patou, c'est le parfum le plus cher du monde : il est constitué de pas moins de 10.000 fleurs de jasmin et 300 roses !
D’objet du culte, le parfum est devenu avec les temps un objet culte. Il est sans doute l'accessoire de beauté le plus personnel et le plus intime d'une femme. Bien souvent, un parfum rapelle des souvenirs, un peu comme une madeleine de Proust.
Et la tendance est aujourd’hui à la personnalisation de sa fragrance : on peut à sa guise le faire confectionner selon ses envies, mais aussi apprendre à le fabriquer.
Alexandra Zawadzki

De Collectif / Somogy / octobre 2007 / 300 pages / 49 €
De Annick Le Guérer / Odile Jacob / octobre 2005 / 300 pages / 29,50 €
















