La retraite des femmes, inégale et injuste

Trop, c’est trop : face à la retraite, les femmes sont beaucoup plus vulnérables que les hommes. Les raisons ? La vie de famille et le travail partiel en autres. Le combat de la retraite des femmes est une lutte qui n’est pas prête d’être terminée…
Pascale Coton, Secrétaire Générale adjointe de la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) en charge de la protection sociale et des discriminations, se bat pour éradiquer les inégalités entre les hommes et les femmes. Voici quelques éléments pour mieux comprendre la retraite des femmes en 2010.- Les inégalités entre hommes et femmes perdurent au niveau des retraites. Comme se témoignent-elles ?
Il faut déjà comprendre la cause du problème. Les femmes ont des carrières beaucoup moins linéaires que les hommes à cause des enfants ou d’une personne devenue dépendante. Elles sont souvent obligées de faire des concessions dans leur travail, et notamment de passer à temps partiel lorsque la famille s’agrandit. Résultat : le salaire d’une femme à la retraite est 40 % plus faible que celui d’un homme. C’est un écart assez criant.
- Les retraites des mères de famille ont suscité un vif débat en 2009. A quoi ressemble aujourd’hui une retraite d’une mère de famille ?
La retraite d’une mère de famille avec un enfant est, en moyenne, de 708 € par mois contre 1.186 € pour un homme. Les femmes seules avec de jeunes enfants ont, quant à elles, un taux d’emploi stable de 10 %. Rendez-vous compte… Sachant qu’en France, on estime qu’une personne pauvre dispose d’un salaire de 908 € par mois, une mère de famille à la retraite est une personne très pauvre !
- D’ailleurs, près de 4 femmes sur 10 perçoivent moins de 600 € par mois pendant leur retraite (1 homme sur 10 dans le même temps). Existe-t-il alors un remède face à cette précarité des femmes seniors ?
Dès aujourd’hui, il faut continuer de renflouer le fonds solidarité vieillesse (FSV) dont dépendent toutes ces femmes. Le gouvernement doit faire remonter ce plafond de 708 € car personne ne devrait vivre en dessous de 908 €…
- La CFTC a toujours défendu les femmes et plus généralement l’égalité des sexes. Quelles actions menez-vous au quotidien pour favoriser le travail du sexe féminin ?
Chaque année, la CFTC calcule l’écart des salaires entre les hommes et les femmes afin de bien percevoir les inégalités . On observe aussi les écarts au niveau de la formation – qui est très significative – et le nombre important de femmes qui passent en travail à temps partiel. On fait donc notre maximum pour dénoncer ces inégalités qui sont injustes aux prud’hommes et à la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité). Aujourd’hui, les lois ne sont pas appliquées concernant les femmes et c’est bien ça le problème.
- D’un point de vue plus personnel, comment une femme comme vous est parvenue à occuper le poste de Secrétaire Générale adjointe à la CFTC. On ne compte, à ce jour, que deux femmes engagées dans le débat des retraites…
Je crois que ma réussite est due à mon caractère et à mon tempérament. Voici un exemple concret qui m’a amené à faire du syndicalisme en 1989. Mon père était bûcheron/scieur et avait pris sa retraite à 65 ans. Six mois plus tard, il décédait à cause d’une usure physique trop avancée. Avoir travaillé plus de 40 ans sans profiter d’une retraite bien méritée est une chose qui m’a beaucoup marqué. C’est une injustice humaine. Alors, lorsqu’on m’a proposé le poste de Secrétaire Générale adjointe en charge de la protection sociale, des discriminations et de la retraite, je n’ai pas hésité une seule seconde.
- Enfin, d’ici 40 ans, nos filles disposeront-elles d’une retraite décente ?
Je l’espère sincèrement ! Il faut que tous les projets qu’on mène serve à quelque chose. Le premier dossier que la CFTC a mené pour lutter contre les inégalités homme/femme date d’il y a 37 ans. Quand je relis notre histoire, j’ai l’impression que les mentalités ont un peu évolué mais pas tant que ça. Au niveau des entreprises, cela s’améliore par vagues successives. Pour concrétiser les efforts, il faut que les pouvoirs politiques soient beaucoup moins dans le discours et plus dans l’action. C’est le plus difficile…
Stéphane Pocidalo, mis à jour le 24 juin 2010

