Retraite 2010 : un projet sur le grill

Après plusieurs années de balbutiements, le sujet épineux des retraites prend une large place en 2010. Qu’est ce qui attend les jeunes et les moins jeunes salariés français ? L’âge légal du départ à la retraite va-t-il évoluer ? Interview.
Pascale Coton, Secrétaire Générale adjointe à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens), milite depuis des années pour une retraite décente pour tous. Elle nous donne son point de vue sur un sujet plus que jamais brûlant. - La réforme des retraites est, en 2010, l’une des préoccupations majeures des Français. Quel est l’enjeu clé du sujet ?
C’est tout simplement de savoir si l’Etat va faire supporter le déficit de la branche vieillesse aux uniques salariés, c'est-à-dire de leur demander de travailler plus longtemps.
- De nombreuses voix s’élèvent pour repousser l’âge légal du départ en retraite. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes totalement contre le report du départ à la retraite de 60 à 62-63 ans. D’une part parce que le salarié qui a travaillé 41 ans doit pouvoir partir à 60 ans et que c’est à lui de décider de sa retraite. D’autre part, il paraît inadmissible de repousser le départ légal à la retraite car seulement 38% des seniors (60 ans et plus) sont en poste actuellement. Je ne vois, donc, pas l’intérêt de pousser ces personnes-là vers Pôle Emploi ou le congé maladie. Par ailleurs, la question du financement des retraites nous pose problème. La CFTC propose une augmentation de la CSG pour tous, de fiscaliser les entreprises qui sont défiscalisées, notamment par rapport aux heures supplémentaires. Enfin, nous souhaitons taxer les entreprises qui ne réinvestissent pas les bénéfices pour l’emploi.
- Le problème de la pénibilité du travail doit-il être tranché de façon clair dans la future réforme de retraite ?
C’est, à nos yeux, dangereux de dire à un travailleur : "tu as eu un travail pénible, tu vas partir plus tôt." Car cela déresponsabilise les entreprises par rapport à leurs salariés. Nous, à la CFTC, on ne souhaitait pas que le sujet de la pénibilité soit traité dans le cadre de cette réforme des retraites. Néanmoins, puisque la réforme se fait, on propose que les salariés proches de la retraite qui ont en emploi pénible actuellement partent plus tôt que les autres. Et on souhaite que les entreprises proposent des tâches moins pénibles physiquement à leurs salariés au bout de 10-15 ans. Sans baisser les salaires, bien sûr !
- A l’avenir, comment pourra-t-on arriver à trouver une solution pour les jeunes adultes d’aujourd’hui qui entrent sur le marché du travail sur le tard ?
Pour éviter que ces jeunes partent à la retraite à 70 ans, nous espérons qu’il y ait une reconnaissance des études et des mois de stage dans la cotisation. Pour autant, valider les années d’études ne veut pas dire forcément racheter financièrement ces trimestres-là. Il faut vraiment réfléchir à cette question.
- Quelles sont les grandes valeurs défendues par la CFTC à propos des retraites ?
L’équité, tout d’abord ! Chacun doit disposer d’un temps de vie suffisamment important après sa retraite. Et notamment ceux qui exercent des métiers pénibles doivent disposer d’une retraite dans de bonnes conditions de santé. Par ailleurs, le salarié qui a travaillé toute sa vie ne doit pas partir à la retraite avec un premier mois de pension inférieur au smic. Enfin, l’équité doit impérativement exister entre les hommes et les femmes. Pour cela, il faut sanctionner durement les entreprises qui discriminent les femmes au niveau des salaires.
- Enfin, peut-on craindre un status quo de la part de l’état concernant ce débat du sur les retraites ?
On n’a pas de crainte particulière mais on souhaite vraiment mobiliser le maximum de personnes afin de faire comprendre au gouvernement que le sujet de la retraite se négocie avec les syndicats et non avec la presse. Ce qui est sûr, c’est que ce projet va détruire la surcote de 5% dont bénéficie les salariés français qui travaillent après 60 ans. Si l’âge légal est malheureusement repoussé, ce petit plus salarial va disparaître et contraindre toutes les familles qui ont encore des enfants à charge à faire plus attention encore.
Stéphane Pocidalo, mis à jour le 30 juin 2010















