- Selon vous la conduite serait le reflet de la "fracture sociale", pouvez-vous nous expliquer dans quelle mesure ?
Je parle de fracture sociale car les individus peuvent se différencier et exprimer leur besoin de liberté. Il n’y a aucun garde fou, pas de règles, contrairement au monde professionnel par exemple.
Par la conduite, on a accès à une liberté totale et d’ailleurs, nombreux sont ceux qui méprisent très rapidement le code de la route. Il s’agit peut-être du dernier espace de liberté existant pour de nombreux citoyens conducteurs. En même temps, on peut jouer sur son image grâce à son véhicule, il peut nous aider à "paraître socialement". Certains mettent d’ailleurs tout leur argent dans leur voiture car ils apprécient l’image que celle-ci leur confère.
- Les ouvriers sont-ils de meilleurs conducteurs que les cadres ?
Effectivement, il y a d’abord la catégorie des cadres qui prennent les plus gros risques. Pour eux, se déplacer en voiture, c’est "du temps mort", du temps perdu car ils ne peuvent pas travailler en même temps comme dans le train ou l’avion. Ils veulent rentabiliser leur déplacement donc ils ne se consacrent pas complètement à l’activité de conduire. Ils continuent de réfléchir à leurs dossiers, leurs réunions, leur esprit est accaparé, ce qui est incompatible avec la conduite. Le pire, ce sont les femmes cadres car elles ont un maximum de choses à gérer : mari, enfants, travail… leur attention sur la route est altérée au plus haut point.
Il y a ensuite les ouvriers et employés qui appartiennent à ce que j’appellerai la position médiane. Ils s’efforcent d’être prudents mais plutôt pour des raisons matérielles : pour eux, la voiture est souvent indispensable pour travailler, puis ils redoutent le prix de l’amende. Pour eux, la conduite est vraiment une valeur qu’ils aiment transmettre. Le plus grand nombre de jeunes en conduite accompagnée ont des parents ouvriers ou employés. Enfin, il y a un métier dont les représentants ont "LE" comportement exemplaire sur la route : ce sont les agents de maîtrise. Ces personnes coordonnent 10 à 15 personnes dans leur travail et c’est pourquoi ils connaissent le prix de la valeur humaine. A bord du véhicule, ils transposent toutes ces valeurs humaines et psychologiques.