Bruno Cras présente Waltz with Bashir |
Présentation du film
NOS INFOS
NOTRE CRITIQUE Valse avec Bachir est un rêve. En témoignent les mouvements saccadés des personnages qui sous la plume de Folman sont comme des automates. Ils peinent à avancer comme dans un cauchemar où chaque pas est une lutte en apesanteur. Psychotrope, cette production est même plus qu'un rêve. C'est un trip LSD à la Coppola où les chambres de Saïgon ont cédé place aux rues libanaises et dont l'encre subjective de Folman y est en tout point maîtrisée.
Avec Valse avec Bachir un genre nouveau éclot sous nos yeux. Reste à savoir le nommer. L'animation, ici stylisation splendide et non esthétisante, est un support privilégié pour trouver la juste distanciation à l’horreur mais elle ne sied pas au documentaire. Contre toute attente, il s'agit assurément plus d’une enquête psychanalytique que d’un documentaire. Certes, le matériau repose sur des souvenirs dont la charge est évidemment politique, pour autant la classification générique de documentaire est impropre. Intéressant est le choix à ce sujet des deux protagonistes qui aident Ari Folman à retrouver le chemin de sa mémoire perdue : un journaliste et un psychanalyste... Les images pansent les plaies et aident son créateur à sortir d'un lourd trauma. Comme dans la psychanalyse, c’est la mise en récit qui compte, et non la neutralité. L’antidote cathartique devient donc cette énonciation colorée où le réalisateur semi-amnésique tend plus à être fidèle avec ses souvenirs qu’avec la réalité.
Les archives de cette guerre manquent, les souvenirs aussi. Partant d'un défaut de mémoire, le créateur n'a qu'une possibilité : réanimer la réalité. Valse avec Bachir s'impose ainsi comme un rachat par l'image, une transformation chaude et non directe des images réelles. Condamné à créer un personnage qu'il n'a jamais joué, le réalisateur se fait un film de sa propre existence et dessine, au sens fort, son rapport à la guerre. Nos yeux, nos oreilles l'accompagnent dans cette cure merveilleuse, avec un plaisir ému.
Léa Chauvel-Lévy
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