Fin de partie est la pièce la plus aboutie de l'auteur et dramaturge irlandais Samuel Beckett. Elle est brillamment mise en scène par Charles Berling au Théâtre de l'Atelier jusqu'au 4 janvier 2009.
Pour Hamm, cloué dans son fauteuil à roulettes, les yeux fatigués derrière des lunettes noires, il ne reste plus qu'à tyranniser Clov. Alors qu'au fond de cet intérieur vide, les parents de Hamm finissent leur vie dans des poubelles, les deux héros répètent devant nous une journée visiblement habituelle. Ils dévident et étirent ensemble le temps qui les conduit vers une fin qui n'en finit pas, mais avec jeu et répartie, comme le feraient deux partenaires d'une ultime partie d'échecs. Ainsi, les mots triomphent, alors que les corps, dévastés et vieillis, se perdent.
Hamm et Clov usent du langage comme d'un somptueux divertissement, en des échanges exaspérés et tendres. Beckett a su avec jubilation écrire le langage de la fin, une langue au bord du silence, qui s'effiloche et halète, transparente et sereine, dernier refuge de l'imagination.
NOTRE SELECTION
Fin de partie de Samuel Beckett / Editions de Minuit / 128 p. / Janvier 2001 / 6,40 €
NOS INFOS
Fin de partie de Samuel Beckett, jusqu'au 4 janvier 2009 Mise en scène : Charles Berling Avec Charles Berling, Dominique Pinon, Gilles Segal, Dominique Marcas. avec la collaboration de Christiane Cohendy
Théâtre de l’Atelier 1, place Charles Dullin 75018 Paris Du mardi au samedi à 21h, matinées les samedi et dimanche à 16h Réservations : 01 46 06 49 24
Tarifs : De 7 à 41 €, selon les séries.
NOTRE CRITIQUE
Fin de Partie, s'ouvre sur l'impression que rien ne va commencer. Et l'on assiste peu à peu à une fulgurante leçon de théâtre dans cette dépouille sensée. On réapprend peu à peu que même le vide se met en scène. L’attente et l’absence tout autant.
Un seul acte, un décor minimaliste qui ne s'emplira pas, nulle narration ni d'intrigue a proprement parler... Cette béance donne au texte sa lourde mission littérale. Dans ce silence et ces points d’orgue si chers à Beckett, les mots se font attendre. Ils ne sont d'ailleurs pas toujours des mots mais des éructements abrasifs, des raclements. Il faut donc savoir se taire pour être entendu.
"Cette pièce est l’expression de la condition humaine dans toute sa réalité" selon Berling. Oui, parce que la fin est imminente, que la mort rode. Fin de partie est peuplée de déshumanité très humaine où la vie est vécue comme un handicap majeur. Trouver une distance à la vie, à son drame par le rire devient une obligation. Pourquoi rit-on alors que les situations sont si tragiques ? Comment Beckett parvient-il à faire que l'humour soit fils de la plus grande détresse ? En acceptant la fin et en s'abreuvant de ce sens anglo-saxon du tragi-comique où l'expression mourir de rire prend tout son sens...