L’exposition Italics, grâce aux bons offices de son commissaire Francesco Bonami, joue sur les contradictions et les oppositions qui ont agité sans répit les générations d’après 68, dans le plus pur esprit de ce lointain mois de mai, où l’on a porté l’imagination au pouvoir, où consommer était considéré comme la dernière des tares, où l’on s'est mit en rupture de tout ou presque. La rétrospective, qui s’étend du nord au sud de la péninsule et va de la date mythique de 1968 à celle, concrètement quotidienne, de 2008, couvre deux générations de créateurs et quarante années de découvertes.
1968-2008 : 40 ans d'histoire dans l'art italien
S’il s’agit d’une date parmi tant d’autres pour les artistes émergents dont beaucoup n’étaient pas encore nés, 1968 reste l’année de toutes les libertés et de toutes les ruptures pour ceux qui l'ont vécu avec la passion insouciante et l’impertinence rebelle alors dans l’air du temps. Après 68, la vie a repris, s’écoulant comme un long fleuve tranquille… du moins en apparence.
Puis viennent les années quatre-vingt, les yuppies et leur hédonisme reaganien, une société qui s’intéresse de moins en moins à l’art et de plus en plus au profit-roi. Dure époque pour les pionniers qui, avec obstination, poursuivent leur recherche … Quand leur succède la décennie quatre-vingt dix, les courants qui divisent le milieu artistique meurent pour renaître dans d’autres tendances, comme les néo-avant-gardes. Gestation douloureuse et souvent solitaire : la société se préoccupe davantage du marché de l’art, où les prix montent au zénith, plutôt qu’elle ne prête l’oreille aux vagissements de ses artistes nouveau-nés. Font-ils de l’Art ou de la communication publicitaire ? - s’interroge-t-on en ces temps où règne la "pub" en maîtresse incontestée. Puis s‘ouvre le XXIème siècle… Sans grande pompe, certes. Mais avec un nouvel espoir ?
Italics parcourt toutes ces étapes en exposant 160 d’artistes et plus de deux cents oeuvres. Dans ses salles se succèdent quelques grands noms de ce proche passé.
Le fait qu’une exposition de cette magnitude soit présentée non pas par une institution publique mais par un organisme privé comme le Palazzo Grassi à Venise montre le disfonctionnement environnemental de ces 40 dernières années durant lesquelles les artistes italiens ont dû travailler seuls pour développer le langage de leur création individuelle.


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