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Les maisons de famille, toute une histoire !

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Elles ont beau tomber en ruines, nous coûter "un bras" et devenir une pomme de discorde entre frères et sœurs, on les aime, nos maisons de famille. Quel est le pouvoir de fascination et de nostalgie de ces lieux de mémoire ? Faut-il les préserver ou les fuir ?...

Christine Ulivucci, psychothérapeute. Elle a fondé en 2004 l'Atelier de recherche sur le transgénérationnel. Elle a publié en 2008 Psychogénéalogie des lieux de vie, ces lieux qui nous habitent aux éditions Payot.



- Que représente une maison de famille pour ses membres ?


Selon l’histoire de chacun, une maison de famille peut renvoyer à des choses différentes. Pour certains, elle renverra à la famille de nos origines, à notre enfance, à nos ancêtres. Pour d’autres, la maison de famille sera celle que l’on a construit soi-même et dans laquelle on aime rassembler les membres de la famille. Ainsi donc, l’image que nous avons de la maison de famille renvoie directement à la perception que l’on a de notre famille et à la place qu’on y occupe.



- En quoi les maisons de famille sont-elles des supports de transmission et de mémoire ?


J’aime à dire que la transmission d’une maison renvoie à une valeur à la fois monnayable et symbolique. C'est-à-dire qu’on peut s’interroger sur la transmission à travers des biens qui ont une valeur et qui sont donc monnayables ou alors sur un aspect plus symbolique qui renvoie à la filiation, à la reconnaissance parentale. On reçoit effectivement une "reconnaissance" de la famille à travers cette transmission. On peut aussi à l’inverse manquer de reconnaissance si on est mis à l’écart d’une transmission.
Dans les moments de transmission de ces maisons de famille ressurgissent souvent des blessures liées à la nature des liens familiaux. Des choses enfouies apparaissent alors de manière concrète. Elles peuvent aller dans le bon ou le mauvais sens mais la transmission d’une maison de famille n’est jamais anodine pour ses membres.



- Quel type de lien les maisons de famille permettent-elles d’entretenir avec ses ancêtres ?


Comme il existe un inconscient individuel, il existe un inconscient familial : c’est le socle de l’approche transgénérationnelle. Le principe veut que certaines choses qui n’ont pas été élaborées et expliquées par le passé, peuvent resurgir après plusieurs générations et s’imposer à ceux qui vivent dans le moment présent. Ces symptômes peuvent passer par des lieux de vie. Ces choses sont souvent difficiles à vivre, en tout cas chez les gens qui viennent me consulter. Plus simplement, on entretient un lien avec ses ancêtres lorsqu’on occupe un lieu qu’ils ont habité. Souvent les habitudes familiales et la "culture du mode d’habiter" se transmettent grâce au lieu. En fonction de la manière dont ses ancêtres vivaient, on aura une facilité ou non à transformer un lieu, à le faire sien. D’autre part, l’harmonie dans la disposition d’un lieu peut refléter l’harmonie qui existe dans les liens familiaux.



- La vie dans la maison de famille a donc des choses à nous apprendre sur les relations familiales passées ou présentes ?


Oui, absolument. On parle là de l’agencement des pièces, de la manière dont la cohabitation s’organise, dont la circulation se fait entre les pièces. La place accordée à chacun dans cette maison de famille reflète invariablement la place qu’il occupe dans la famille. Au moment des rassemblements annuels par exemple, on attribuera telle chambre à un tel et ces répartitions seront chargées de sens. Elles peuvent donner lieu à des tensions, des conflits, car elles sont révélatrices de quelque chose de plus profond.
D’autre part, on ne verra pas la maison de famille du même œil selon que l’on y vit ou que l’on y passe que quelques séjours ponctuels. C’est encore plus compliqué lorsqu’on y a vécu et qu’on y revient par la suite. Il faut bien comprendre que la famille est en perpétuel mouvement et de ce fait la maison de famille est aussi un organisme vivant qui peut changer. Mais tous les changements ont en général une signification, ils peuvent aussi donner des clés sur la position et la considération d’un tel ou d’un tel au sein de la famille.



- La famille dans le reportage semble associer la maison à une série de rîtes par lesquels chaque membre de la famille doit passer : comme cette chaise de bébé que tous ont utilisé. Comment interprétez-vous cet attachement aux rites ?

En l’occurrence, on est dans une forme très poussée de continuité, de répétition. Il y a une nécessité pour chaque membre de la famille de répondre à une appartenance. Il y a une lignée dans laquelle on s’inscrit et cela passe par les plus petits, comme si on validait leur appartenance par ces rites. Cette famille semble très liée et surtout très attachée aux origines.



- Les meubles et les objets jouent-ils aussi ce rôle de témoins et de passeurs ?



Cette transmission là a toute son importance. Dans beaucoup de familles, il n’y a pas de maison à transmettre, les meubles et objets sont donc les seuls témoins de la vie passée de la famille. Ce sont eux qui après tout ont "animé" une maison. Je les appelle des "passeurs" car ils passent d’une personne à l’autre et sont réintroduits dans un autre cycle de vie en permanence. Contrairement à ce qu’on a tous intégré, un objet n’est pas du tout une chose "inanimée", c’est un témoin de l’existence.



- Pourquoi éprouve-t-on parfois le besoin irrépressible de revenir sur les lieux de son passé ?



On peut parler de "besoin irrépressible" notamment dans le cadre de thérapies. C’est le travail que j’effectue avec certains patients. On trouve souvent des réponses lorsqu’on revient sur des lieux de son enfance mais aussi, et c’est là que c’est le plus intéressant, sur des lieux que nous ne connaissons pas mais où des événements marquants pour notre famille ou certains de nos ancêtres se sont produits….
Plus simplement, certaines personnes qui ne sont absolument pas perturbées psychologiquement aiment à questionner leurs parents sur les lieux de naissance, de conception… cela révèle parfois des choses sur soi-même. En découvrant ces "premiers lieux" de notre vie, on comprend parfois beaucoup de choses sur soi qu’on ne soupçonnait pas.



- Certains ne se résignent pas à revendre une maison héritée même si elle leur pèse. Pourquoi ?


Ceci veut dire qu’une maison de famille renferme tout un passé familial qu’on se sent parfois en charge de reprendre et de perpétuer à l’identique en fonction de l’histoire familiale. Ce sera plus ou moins facile pour les uns et les autres. Souvent, les gens qui héritent de ce type de maison ne s’autorisent absolument pas à la changer car ils sont convaincus qu’ils casseront quelque chose sur lequel ils n’ont aucun droit. Ce que je tente de leur faire comprendre, c’est que la transmission et la filiation sont directement liées au changement qui intervient à chaque génération et de ce fait, ils ont le droit d’en faire quelque chose d’autre. La mémoire et la transmission ne tiennent pas exclusivement au "concret", c’est bien plus profond que ça.



- En quoi parler des lieux dans lesquels nous vivons nous amène finalement à parler de ce que l’on est ?


Le lieu où nous vivons est une sorte de seconde peau qui en apprend énormément sur nous même. C’est un miroir de ce que l’on est car on le choisit, on y agit, on le décore, on l’aménage… il peut donner une sensation de fluidité, de vide, de négligence, d’obstruction. La circulation y est fluide ou pas du tout… Le lieu peut-être lumineux ou sombre, ouvert sur l’extérieur ou pas du tout. Bref, notre lieu de vie en dit long sur nous, évidemment.



- Vous expliquez aussi que nous n’habitons pas forcément telle ou telle rue par hasard. Avez-vous des exemples ?


D’abord, le nom de votre rue peut renvoyer à un de vos traits de caractère. Dans mon livre je donne l’exemple d’un individu habitant dans la "rue des boulets" et qui a toujours eu la sensation de traîner un poids dans la vie, un autre qui vit "rue saint-sauveur" et qui a ce tempérament de toujours vouloir venir en aide…
Plus troublant, le nom de votre rue vous renvoie parfois à votre histoire familiale. Je cite l’exemple de cette femme qui s’est installée dans une "rue des peupliers" et qui s’est rendu compte que c’était le même nom que la rue où sa grand-mère avait dû quitter sa maison de force, un traumatisme pour la famille…



- Beaucoup n’arrivent pas à déménager, d’autres au contraire sont en perpétuel mouvement et déménagent sans cesse, que cela révèle-t-il ?


Tout ce qui est de l’ordre du déplacement ou de la fixité renvoie au passé, à son propre passé ou à celui de l’histoire familiale. Pour ceux qui ont vécu une enfance dans le déplacement permanent (à cause d’expulsions, d’un métier du père qui contraignait la famille à se déplacer) auront tendance à rester au même endroit pas peur de revivre quelque chose qu’ils ont mal vécu. A l’inverse, le fait d’avoir vécu trop de fixité dans son enfance ou dans sa jeunesse peut générer ce qu’on appelle le déplacement compulsif, en gros : "bouger pour pouvoir respirer".
Le comportement par rapport aux lieux de vie et à la mobilité peut aussi renvoyer à ce qu’on vécu nos ancêtres. Par exemple, les petits-enfants ou arrières petits-enfants de déportés peuvent être marqués et se fixer à un endroit sans vraiment savoir (consciemment) pourquoi.


Laurence Nyer

NOTRE SELECTION

Psychogénéalogie, des lieux de vie ces lieux qui nous habitent de Christine Ulivucci / Payot / mars 2008 / 18 €

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Vos commentaires
  • Posté par julie le 2010-01-29 17:22:25

    La maison de famille c'est le lieu pour se ressourcer. Pour ceux qui ont la chance d'en avoir une, c'est magique. C'est l'enfance.


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