Vers un cancer moins tabou...
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| Les mots soignent les maux |
| Extrait du livret |

Les mots offrent une thérapie certaine. Voila le parti pris du Laboratoire Merck Serono : chasser certains tabous et rendre neutres certains mots épineux liés au cancer. Après le tome "L'Alphabet des mots du cancer" paru en 2007, le suivant est paru en février 2009. Il présente une quinzaine de nouveaux mots écrits par le lexicologue Jean Pruvost. Nous le rencontrons pour évoquer cette aventure pleine d’espérance.
Jean Pruvost est professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise, dont il est vice-président. Il y enseigne en qualité de linguiste la lexicologie et la lexicographie. Nouveau directeur éditorial des éditions Honoré Champion, il dirige également un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise dédié aux dictionnaires et à leur histoire. Il nous fait le plaisir de répondre à nos questions. Une logique qui se base sur l’oncologie. Pouvez-vous nous en donner une brève définition ?
L’oncologie est un mot récent. Il faut attendre 1989 pour qu’il entre dans le Petit Larousse. C’est un mot qui est né en 1970 pour se substituer au mot "cancérologie" qui véhicule, lui, des idées assez négatives. L’oncologie est un terme plus neutre mais il a la même signification.
- Quel était votre horizon, votre visée pendant la rédaction de ce livret ?
Je me suis intéressé au substrat et à l’arrière plan historique et culturel des mots pour renforcer le lien entre le corps médical et les patients. L’objectif était de viser assez juste et assez vite. Je me suis senti en harmonie avec l’équipe avec qui j’ai travaillé en termes de linguistique pure mais aussi de compréhension du rôle de l’universitaire. Ni eux ni moi n’aimons le jargon. L’exercice était donc de ne pas être pesant mais de rester très sérieux. Et puis raconter une histoire utile, celle des mots, revient à mieux aborder la réalité.
- Comment expliquer l’importance primordiale des mots dans le traitement d’une maladie ? Quelle est cette vertu curative des mots ?
Il faut relativiser ce traitement car il vient à côté et est d’un ordre psychologique. Mais toutefois il reste essentiel. D’abord il convient de préciser quelques chiffres. L’adulte moyen possède autour de 12.000 mots. Mes étudiants en connaissent 35.000 mais la méconnaissance des mots est assez mal vécue. C’est un peu pour ôter tous ces tabous et éviter aux patients de demander le sens des mots que j’ai fait ce travail. C’est une sorte de médiation salvatrice pour traduire et bâtir des passerelles entre les patients et le corps médical.
- Justement, avez-vous eu des retours de patients ou du corps médical ?
Oui j’ai eu beaucoup de retours positifs de patients et du corps médical. Tous étaient étonnés de l’origine des mots. Si l’on reprend le mot "patient" lui-même, on note une évolution de la langue et le fait que l’idée de la souffrance s’impose moins. Sous le règne de Louis XIV "patient" signifie en effet : "celui qui est condamné à mort et que l’on va exécuter" ! Il faut attendre le XXème siècle pour que le sens du mot tombe sur celui que l’on connaît : "personne consultant un médecin". Pour vous donner un exemple concret, les patients ont été rassurés d’apprendre l’étymologie du mot cheveu. Il est défini comme cela dans le dictionnaire : "Poil long et délié qui vient de la teste des hommes et des femmes", il a la même racine que le mot comète en raison de la belle traînée lumineuse laissée par ce type d’astre, assimilable à un astre chevelu. Expliquer l’histoire du cheveu aide beaucoup psychologiquement les patients. Cela adoucit les mœurs… et les maux...
- Comment avez-vous fait le choix des mots pour constituer ce dictionnaire ?
J’avais un pouvoir de proposition sur les mots mais j’ai surtout été à l’écoute de la demande du laboratoire Merck. Il s’agit des mots entre les patients et les médecins… J’ai donc aimé que l’on me les impose d’une certaine façon.
- Ce dictionnaire a-t-il changé votre regard sur le cancer ?
Oui, car j’ai appris quelques mots… J’espère sincèrement échapper à cette maladie. Mais si j’apprends demain que j’ai un cancer je suis plus armé, plus cultivé, plus proche du médecin. Ce dialogue construit avec la communauté médicale est fort. Une chose est sûre, je pense plus au cancer qu’avant ! Enfin, je suis de nature optimiste…

















