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"C’est incroyable ce qu’un être humain peut faire !"

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Marie-Eve Laporte a la voix douce et claire. Son combat ? Celui de milliers de femmes contre le cancer. Celui du sein. Ennemi intime qu’elle a su vaincre alors qu’elle n’avait que 36 ans. Un livre est né de ses correspondances avec ses proches. Rencontre avec une femme puissante.

Marie-Eve Laporte, d’où vient le titre de votre livre : « Le Bulamel anti-tue-moral »?

Quand j’ai été diagnostiquée, mes parents et une amie m’ont dit qu’il me serait probablement très bénéfique d’écrire. L’idée d’un bulletin de santé envoyé par mail à tous mes proches est donc née. « Bulamel » c’est le BULletin de santé A Marie-Eve Laporte ». Pour le « Anti-tue-moral », ce jeu de mots vient du blog d’une de mes amies, Béatrice de Reynal, qui me l’a gentiment prêté !

Comment avez-vous découvert que vous aviez un cancer du sein ?

Lors d’une visite médicale du travail. C’était la rentrée et j’ai même failli ne pas y aller ! On m’a dit plus tard que cette visite m’avait probablement sauvé la vie. Le  médecin m’a palpé les aisselles et y a découvert une boule. Elle m’a immédiatement conseillé d’aller voir mon médecin traitant.

Vous l’avez écoutée ?

Le truc drôle c’est que j’ai littéralement effacé la nouvelle pendant le reste de ma journée ! J’ai passé huit heures au bureau, à faire des blagues avec mes collègues et ce n’est que le soir après avoir couché mes enfants, alors que j’étais en train de me démaquiller que j’ai réalisé qu’il fallait que je prenne d’urgence un rendez-vous chez mon médecin.

Que vous a-t-il dit ?

Il m’a pris immédiatement un rendez-vous pour une mammographie. Ce qui est amusant c’est qu’au moment de l’examen, l’assistante m’a demandé « vous vous êtes fait refaire les seins ? », et j’ai bêtement cru qu’elle voulait dire que j’avais une belle poitrine, mais en fait c’était à cause de la boule que j’avais.

Les examens se sont enchaînés rapidement ?

Oui, une biopsie a été programmée. Il était devenu très clair pour moi que j’avais un cancer. Trois semaines plus tard, le gynécologue appelle, j’étais au bureau en conversation avec l’Angleterre, « C’est un cancer je suppose ? »  Ai-je demandé. Il ne voulait rien dire par téléphone mais a fini par confirmer mes dires.

Quelle a été votre réaction ?

J’ai raccroché et j’ai repris la conversation avec l’Angleterre comme si de rien n’était. Une heure après je me suis effondrée. Je m’étais encore mise en mode bouclier. Les examens se sont succédés en un temps record, du fait de mon âge (36 ans). La chimio a commencé rapidement. J’étais désormais, dans l’action, à combattre la maladie et à tout faire pour guérir.

A quel moment avez-vous commencé à écrire vos « Bulamel » ?

Le ganglion a été décelé le 4 septembre, la confirmation du cancer le 25 et mon premier mail est parti le 6 octobre, à raison de toutes les deux semaines à peu près.

A qui étaient-ils destinés ?

A la famille, à mes amis, et puis à d’autres un peu moins proches… en fait j’ai découvert que beaucoup les faisaient suivre à d’autres gens et c’est comme ça que l’idée du livre est né. Beaucoup me disaient « Tu devrais en faire un livre ! ».

Avez-vous hésité avant de faire de vos mails un livre à part entière ?

Oui parce qu’il s’agissait de choses intimes et très personnelles. De plus, l’idée de me faire de l’argent sur la maladie me dérangeait beaucoup. Mais quand j’ai su que je pouvais reverser les droits d’auteurs à des associations de lutte contre le cancer, la démarche a pris tout son sens.

Qu’ont pensé vos proches de l’idée du livre ?

J’ai évidemment demandé leur autorisation, parce qu’il y a beaucoup de leurs réponses dans mon livre. J’ai fait le tri, j'ai enlevé les  « private jokes », et gardé uniquement les prénoms…

Quelles ont-été les réactions des lecteurs ?

C’est ce qui m’a fait le plus plaisir : le retour positif de gens que je ne connaissais pas ! Ils me disaient que ça leur avait redonné espoir, que ça les avait fait rire...

Y a-t-il eu des réactions négatives ?

Quelques-uns m’ont reproché d’être trop positive, trop sereine face à la maladie. C’est vrai que l’une des clés du combat est d’être entourée.  J’ai eu cette chance et mon récit n’est vraiment pas fait pour en rajouter à la douleur des personnes seules face au cancer. J’ai craqué parfois : ça n’a pas été une partie de plaisir ! Il est vrai néanmoins que les moments d’écritures étaient ceux où j’avais assez de pêche pour écrire.

En quoi la maladie vous-a-t-elle changée ?

Elle a changé les choses en profondeur ! Avant j’étais une femme active, avec trois enfants, à tout planifier et à  jamais se reposer. Et puis du jour au lendemain, je me suis retrouvé avec plein de temps sans savoir qu’en faire… La seule nuit blanche que j’ai passée n’était pas liée directement à la maladie mais à l’angoisse d’être arrêtée et de ne pas savoir quoi faire de mes journées.

Qu’avez-vous finalement fait de vos journées ?

J’ai appris à redécouvrir les choses ! Je me suis remise au piano, à beaucoup lire… Ca a changé mes rapports avec les gens, j’ai pu leur accorder plus de temps, plus d’intérêt…

Et professionnellement ?

Après mon cancer, j’ai changé de vie professionnelle ! J’étais directrice marketing, un travail très prenant et très bien payé, j’allais passer directrice générale mais j’étais en fait prisonnière d’un système. Au fond de moi je n’avais pas envie de continuer. Je suis devenue enseignante-chercheuse.

La question de la mort se pose évidemment ?

Oui, et bizarrement ça m’a fait un bien fou !  C’est  un sujet tellement tabou dans notre société. C’est une énorme erreur ! Affronter cette peur-là aide à vivre heureux. Nous sommes tous mortels et ce qui compte c’est ce qu’on fait de sa vie, pas nécessairement le temps qu’elle dure. Paradoxalement, cette maladie m’a donné une sérénité que je n’avais pas.  Et  c’est aussi pour ça que j’ai beaucoup aimé le dernier livre de David Servan-Schreiber, j’y ai trouvé beaucoup de sérénité.

Quel impact a eu votre parcours sur vos proches ?

C’est une autre chose qui m’a vraiment fait plaisir : ça a aussi changé des choses pour les gens qui m’ont accompagnée. Beaucoup de mes très bonnes amies se sont reconverties. L’une d’elle par exemple travaillait dans la haute finance et est désormais en passe de devenir guide de haute montagne. C’est incroyable ce qu’un être humain peut faire !


Propos recueillis par Emilie Lemoine

08/11


Jeu-concours pour gagner le livre de Marie-Eve  



altLe Bulamel Anti-Tue-Moral
Sortir plus forte du cancer du sein

par Marie-Eve Laporte
Mon Petit Editeur
13 euros
marie-eve-laporte.monpetitediteur.com







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Vos commentaires
  • Posté le 2011-09-09 22:18:06

    Très beau témoignage. J'ai lu le livre de Marie-Eve : il est sincère, plein d'humour, de profondeur, d'astuces et de vie. J'aurais aimé ici entendre la voix de Marie-Eve. Peut-être à bientôt pour d'autres confidences ?!


  • Posté le 2011-09-11 21:44:38

    La lecture de ce livre m'a boulversee -pourtant, je faisais partie de ceux qui recevaient les Bulamels et j'en connaissais donc le contenu. Marie-Eve a affronte une maladie qui nous fait tous peur avec energie, elegance et humour. Au-dela de cette epreuve, elle a su inspirer et donner courage a ceux qui l'entouraient. Je lui en suis extremement reconnaissante.


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