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"Il n'y a pas une manière unique de se vivre lesbienne"

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Sociologue et docteur en anthropologie sociale, Natacha Chetcuti a mené de nombreux travaux de recherche sur l'homosexualité féminine. Elle a accepté de répondre à nos questions sur ce sujet.


Qu’est-ce qu’être lesbienne ?


Il n’y a pas une seule et unique définition du lesbianisme, ni une manière unique de se vivre lesbienne. Il y a de multiples réalités. Il y a au moins deux processus que l’on peut remarquer : le fait de se nommer lesbienne (voire de se revendiquer dans une posture critique de l’hétérosexualité) et tout simplement la conjugalité avec une femme. Il n’y a pas une catégorie homogène, comme pour tous les groupes sociaux.


Se dire lesbienne, est-ce un acte politique ?


Ça dépend, ça peut l’être ou ne pas l’être... Il peut s’agir d’un acte politique lorsque c’est lié à une revendication collective, à un désir de reconnaissance. Se « dire » lesbienne peut aussi bien relever d’une démarche individuelle que d’une démarche collective. Il n’y a rien de systématique. En revanche, il est vrai que dans les années 80/90, se revendiquer lesbienne avait une résonance beaucoup plus politique que maintenant, car aujourd'hui le terme s’est banalisé, du fait notamment de sa diffusion sur Internet. Le terme « gouine » comme renversement de l’insulte est davantage repris dans les réseaux politiques.


Selon vous, bien vivre son homosexualité doit-il forcément passer par une légalisation du mariage ?


Ma position est, que dans un pays où le modèle unique est le mariage, je suis pour le fait que chaque individu ait la possibilité de se marier. Ce serait une incontestable avancée sociale d’avoir le choix. Dans un plus long terme, il serait bon de réfléchir à la question d’un droit universel qui ne serait non pas basé sur le modèle de la famille, mais sur le droit à la personne quelque soit l’orientation sexuelle. Mais pour l’instant, le droit au mariage serait un grand pas en avant.


Comment expliquer que le milieu professionnel soit encore un lieu où « la culture du secret est centrale » ?


Cela dépend des professions, des niveaux d’instruction. Comme souvent les lesbiennes sont liées aux professions dites « féminines » (enseignement, professions de la petite enfance…), il y a un fort potentiel de discrédit quant à leurs capacités professionnelles... Les gens ont une peur du prosélytisme, comme si les petites filles allaient à leur tour devenir lesbiennes ! Et dans les professions autour des médias ou du journalisme, un manque de féminité peut discréditer. Être lesbienne peut nuire.

Il y a également une peur chez les lesbiennes d’être définies uniquement en fonction d’une identité sexuelle. Cela peut créer des situations de harcèlement sexuel, chose que les hommes gay ne vivent pas de la même façon. Même dans les milieux artistiques, ces hommes ont une place beaucoup plus importante que les femmes. En 2011, j’ai rencontré des lesbiennes qui travaillaient dans le bâtiment, et c’était presque plus simple pour elles que pour celles qui ont des professions dites artistiques, considérées ordinairement comme plus tolérantes. Il y a à creuser là-dessus... La conclusion est que l’on doit observer le rapport entre niveau d’étude, capital « culturel », économique, situation sociale, degré de politisation et intégration du lesbianisme, afin de ne pas conclure à des interprétations trop rapides. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ça n’est pas toujours et seulement dans les milieux sociaux défavorisés que l’intégration lesbienne est la plus difficile.


Comment expliquez-vous que l’on parle aussi peu de l’homosexualité féminine en comparaison avec l’homosexualité masculine ?


On peut expliquer cela pour plusieurs raisons. La première est l’usage détourné de la catégorie lesbienne par le cinéma pornographique, qui instrumentalise une sexualité non hétérosexuelle au profit de la sexualité masculine. Il s’agit d’une non-reconnaissance qui double l’invisibilité dont sont victimes les femmes homosexuelles. On ne peut aussi pas nier les inégalités sociales et politiques vécues par les femmes en général, ce qui ne fait qu’accroître le fait que les lesbiennes restent dans une « non-catégorie ».

On voit bien par exemple que le quartier « Le Marais » (réputé pour être le quartier « gay » de la capitale) est en fait un quartier de visibilité lié aux lieux commerciaux tenus par des hommes en grande majorité. Les lesbiennes subissent les inégalités en tant que femme et en tant que lesbienne. On peut donc parler d’une double inégalité. Les hommes politiques gay sont plus visibles sur la scène publique que leurs homologues féminines. Les femmes sont un peu plus visibles lorsqu’il s’agit de questions autour de la filiation et de la maternité, et elles sont peu visibles lorsqu’elles dérogent aux règles sociologiques de la féminité. Les règles sociales conditionnent fortement les femmes et les stéréotypes inhérents au lesbianisme.


Propose recueillis par Cassandre Bournat, le 26/08/2012



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"Se dire lesbienne. Vie de couple,sexualité, représentation de soi", préface Michel Bozon, Éditions Payot, 20 €

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Vos commentaires
  • Posté le 2012-08-17 23:06:58

    Quand on lit la logique de votre commentaire, on se dit que vous non plus vous ne représentez pas la logique parentale naturelle ! Il y a tellement de mauvais parents hétérosexuels, j'ai du mal à croire que les parents homosexuels puissent être pire pour les enfants.


  • Posté le 2012-08-15 10:54:07

    J'aime les scenes de lesbianisme dans les films porno


  • Posté le 2012-08-15 19:33:04

    Il n'y aura jamais de fruit de leur relation .Adam et Eve ont eu des enfants ! Comment ceux-ci peuvent etre parents ? cela n'apporte que de la confusion aux enfants car meme les enfants a un point ou a un autre realiseront qu'il faut un homme et une femme pour avoir un enfant ! deux hommes et deux femmes ne representent pas la logique parental naturelle !


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