"Il n'y a pas une manière unique de se vivre lesbienne"

Qu’est-ce qu’être lesbienne ?
Se dire lesbienne, est-ce un acte politique ?
Selon vous, bien vivre son homosexualité doit-il forcément passer par une légalisation du mariage ?
Comment expliquer que le milieu professionnel soit encore un lieu où « la culture du secret est centrale » ?
Cela dépend des professions, des niveaux d’instruction. Comme souvent les lesbiennes sont liées aux professions dites « féminines » (enseignement, professions de la petite enfance…), il y a un fort potentiel de discrédit quant à leurs capacités professionnelles... Les gens ont une peur du prosélytisme, comme si les petites filles allaient à leur tour devenir lesbiennes ! Et dans les professions autour des médias ou du journalisme, un manque de féminité peut discréditer. Être lesbienne peut nuire.
Il y a également une peur chez les lesbiennes d’être définies uniquement en fonction d’une identité sexuelle. Cela peut créer des situations de harcèlement sexuel, chose que les hommes gay ne vivent pas de la même façon. Même dans les milieux artistiques, ces hommes ont une place beaucoup plus importante que les femmes. En 2011, j’ai rencontré des lesbiennes qui travaillaient dans le bâtiment, et c’était presque plus simple pour elles que pour celles qui ont des professions dites artistiques, considérées ordinairement comme plus tolérantes. Il y a à creuser là-dessus... La conclusion est que l’on doit observer le rapport entre niveau d’étude, capital « culturel », économique, situation sociale, degré de politisation et intégration du lesbianisme, afin de ne pas conclure à des interprétations trop rapides. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ça n’est pas toujours et seulement dans les milieux sociaux défavorisés que l’intégration lesbienne est la plus difficile.
Comment expliquez-vous que l’on parle aussi peu de l’homosexualité féminine en comparaison avec l’homosexualité masculine ?
On voit bien par exemple que le quartier « Le Marais » (réputé pour être le quartier « gay » de la capitale) est en fait un quartier de visibilité lié aux lieux commerciaux tenus par des hommes en grande majorité. Les lesbiennes subissent les inégalités en tant que femme et en tant que lesbienne. On peut donc parler d’une double inégalité. Les hommes politiques gay sont plus visibles sur la scène publique que leurs homologues féminines. Les femmes sont un peu plus visibles lorsqu’il s’agit de questions autour de la filiation et de la maternité, et elles sont peu visibles lorsqu’elles dérogent aux règles sociologiques de la féminité. Les règles sociales conditionnent fortement les femmes et les stéréotypes inhérents au lesbianisme.
Propose recueillis par Cassandre Bournat, le 26/08/2012


















