Les secrets de famille sont-ils nécessaires ou dévastateurs ?
Combien de familles se sont déchirées suite a des révélations fracassantes ? N’est-il pas préférable de cacher certaines choses ?
Philippe Grimbert, psychanaliste et écrivain, nous éclaire sur ce sujet.
- On parle beaucoup de secrets de famille. Beaucoup de gens connus notamment ont fait leur "coming out" dans un livre ou à la télévision. Qu’est-ce que cela traduit comme évolution ?
Cela paraît effectivement être un sujet d’actualité mais les secrets de famille sont aussi vieux que le monde. Les familles ont en fait cette fonction de secréter des choses. Les choses ont évolué dans le sens ou les psychanalystes et analystes ont commencé à penser à l’impact sur les enfants, sur leur destinée. Si les secrets de famille sont autant "d’actu" c’est qu’on a compris l’importance de leur impact sur certains sujets.
La découverte du secret de famille
- C’est souvent par hasard, de façon accidentelle, que l’on découvre un secret familial ?
C’est quand même beaucoup plus souvent accidentel. Au fond, il existe sur terre une catégorie de personnes au service de la vérité : les gaffeurs ! Et heureusement qu’ils existent…
- Est-il finalement plus difficile de dévoiler, volontairement, un secret que de le garder pour soi ?
Il est toujours difficile de garder un secret mais la vérité d’une histoire a toujours tendance à rejaillir ailleurs. Révéler volontairement un secret est aussi difficile car il faut pour cela énormément de courage. C’est plus rare que la gaffe. En fait, on a souvent honte, on est rongé par la culpabilité, c’est ce qui fait que le silence perdure.
- Les non-dits peuvent-ils devenir les maîtres silencieux de nos destins ?
Oui, cette formule est tout à fait véridique : "les non-dits peuvent effectivement devenir les maîtres silencieux de nos destins…" Le problème est que nous sommes orientés par les choses qu’on ne sait pas, et parfois beaucoup plus que par les choses que l’on sait. On parle là des forces inconscientes qui sont très puissantes, malheureusement.
La psychogénéalogie
- Que pensez-vous de la psychogénéalogie – de la démarche qui consiste à rechercher dans son histoire familiale un événement qui nous perturbe sans que l’on sache de quoi il s’agit ?
Je trouve ça très intéressant car Freud déjà, sans le savoir, a toujours parlé de psycho-généalogie. Je pense qu’il est toujours utile de faire son arbre généalogique. On a besoin de savoir comment une personne "vit sa généalogie" car "on ne sait jamais assez d’où l’on vient".
- Y a-t-il des cas ou il est préférable de garder le secret ou d’arranger un peu la réalité, notamment pour préserver un enfant ?
C’est compliqué. En fait, le non-dit fait souvent moins mal que le mensonge. Ce qui est terrible, c’est de mentir… Souvent, les enfants sentent qu’il y a quelque chose de bizarre alors ils posent des questions, mais leur mentir est une erreur. Il est mille fois préférable d’expliquer à l’enfant que c’est trop douloureux pour l’adulte que nous sommes de tout dire, que ce n’est pas encore le moment, qu’il est trop tôt pour lui révéler la raison de notre douleur, de notre tristesse. L’enfant est tout à fait capable d’entendre et de comprendre ça. Tout enfant qui pose une question est capable d’en entendre la vraie réponse.
- Pour rassurer nos lecteurs... tous les secrets ne sont pas dévastateurs, certains sont même inévitables, indispensables ?
On a besoin du secret pour se fabriquer une part intime. Il y a énormément de secrets qui fédèrent dans une société, dans un pays puis les secrets partagés avec des amis créent une complicité et un lien formidable.
L’important est de se défaire au maximum de ses secrets et en particulier de ceux qui ont un effet potentiel sur notre destinée.


















