Tourner la page des violences conjugales

Que ce soit un mois, un an ou bien dix ans, les violences conjugales laissent des traces, et pas uniquement physiques. Refaire sa vie, retrouver confiance en soi et en l'autre peuvent paraitre insurmontables après avoir vécu ce genre d'expériences. Les victimes de violences conjugales peuvent-elles oublier ? Peuvent-elles laisser derrière les humiliations et les souffrances ? Peuvent-elles aller de l'avant ?
- Peut-on réellement se relever de plusieurs années de violences conjugales ?
Si je n’y croyais pas je ne ferais pas ce métier ! Bien sûr on n’oublie pas ce que l’on a subit, mais il est possible de s’en servir. Il faut retrouver confiance en soi pour aller de l’avant. On le voit tous les jours. Lorsqu’elles arrivent à l'association l'Escale, elles sont extrêmement fragilisées, vulnérables, elles ont perdu toute confiance en elles, se sentent de mauvaises mères, ont honte. Physiquement la posture n’est pas la même, elles sont recroquevillées, moins jolies. Et quand elles repartent elles se tiennent droite, elles prennent soin d’elles. Mais c’est loin d’être facile, et il est essentiel de se faire aider.
- Comment faire lorsque la présence d’enfants oblige à garder un contact avec le compagnon violent ?
Les
femmes essayent d’éviter tout contact avec les hommes quand ils doivent
voir leurs enfants. Elles organisent des rendez-vous devant un
commissariat ou dans un lieu public. Mais la situation est très
compliquée, car les juges ne font pas aujourd’hui la scission entre
homme violent et bon père de famille.
Il faut savoir que
lorsqu’un père est jugé pour des violences à l’encontre des enfants,
c’est le juge des enfants qui statue et que dans le cas d’un divorce
c’est le juge aux affaires familiales. Il n’y a pas de lien
systématique entre le jugement devant le juge des enfants et le JAF.
Celui-ci peut totalement ignorer qui s’est passé dans le cabinet du
juge des enfants. En cas de violences avérées envers les enfants on
arrive quand même à pouvoir faire en sorte que les rencontres entre le
père et les enfants se fassent dans un lieu surveillé.
Cela devient très difficile dans le cas d’un homme pathologiquement violent, qui ne veut pas entendre la loi, et qui ne tiendra aucun compte des mesures mises en place.
- Est-il aisé de retrouver l’amour et de refaire confiance après avoir subi des violences conjugales ?
Il faut du temps, et avoir bien travaillé sur la question : être sereine et savoir ce qu’est un couple. Il faut réfléchir à cette notion de couple, à la façon dont on se représente son rôle de femme au sein du couple et comment l’homme se représente la femme.
- Certaines femmes sont-elles dans un schéma, à tomber amoureuse d’un même type d’homme violent ?
Il arrive que des femmes qui ont vécu dans la violence se retrouvent à nouveau dans une relation violente. Peut-être est-ce justement car elles n’ont pas pu travailler suffisamment sur elles et restaurer leur confiance. Sans ce respect pour soi-même, le risque de retomber dans une relation violente persiste.
- Porter plainte est-il nécessaire pour tourner la page ?
Nous encourageons toujours à porter plainte, pour que les violences soient reconnues, et pour que l’agresseur soit sanctionné.
Mais la plainte est parfois difficile à déposer. Certaines plaintes sont refusées. On respecte toujours la volonté des femmes et on ne les force pas. Ne pas porter plainte n’est pas un obstacle pour arriver à s’en remettre, car une plainte classée sans suite peut avoir un effet beaucoup plus destructeur.
- Les mesures actuelles d’aide aux victimes de violences conjugales sont-elles selon vous efficaces et suffisantes ?
Beaucoup de choses ont bougé dernièrement, avec la mise en place de tout un arsenal d’outils pour que les femmes puissent être protégées. La lutte contre les violences faites aux femmes a été décrétée grande cause nationale 2010, d’où une sensibilisation à ces problématiques. Tous les problèmes viennent de la mise en application de ces lois et de la volonté du législateur de les faire appliquer. Il y a un vrai travail à faire sur les représentations, sur la vision que le public a des violences et des femmes victimes. On a quand même beaucoup entendu "Elle le veut bien", "Si elle se fait battre elle n’a qu’à s’en aller", "Une petite baffe ca n’a jamais fait de mal à personne". Tout ce qui est véhiculé dans l’inconscient collectif.
Nous sommes quand même dans un pays où un député a assassiné sa compagne dans un contexte de violences conjugales , et qu’une minute de silence a été faite à l’assemblée parce qu’il s’était suicidé.
C’est sur ce travail de représentation que porte une partie de notre action. Pour faire changer les mentalités et opérer des changements avec le législateur. Nous faisons aussi un travail de formation important, auprès de la police, auprès des personnes en lien avec une population précaire, il y a des actions de sensibilisation dans les lycées et les collèges. Mais cela passe aussi par vous et moi, et la manière dont nous élevons nos enfants.
Alexandra Zawadzki, mis à jour le 13 décembre 2010
















